LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Sorties

entre nature et œuvres d’art

Le parc Dräi Eechelen aux couleurs de l’automne



Le parc Dräi Eechelen commence à se parer de couleurs automnales. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Le parc Dräi Eechelen commence à se parer de couleurs automnales. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

L’aménagement paysager de Michel Desvigne autour du Mudam et du Musée Dräi Eechelen est aussi à découvrir à la saison des feuilles rousses.

Alors que le week-end devrait nous offrir un peu de répit après quasiment deux semaines de pluie, pourquoi ne pas aller se mettre au vert à deux pas du centre-ville de Luxembourg? Haut lieu de pique-niques estivaux avec sa vue imprenable sur le Grund et la ville haute, le parc Dräi Eechelen se prête bien aussi aux promenades d’automne, avec feuilles mortes à ramasser, ou à fouler joyeusement pour les plus jeunes, et œuvres d’art originales à découvrir pour tous.

Point de départ: l’entrée du Mudam, en contrebas de la place de l’Europe. De ce côté, le musée de Ieoh Ming Pei se fait forteresse et laisse plutôt à voir les douves de l’ancien fort Thüngen, dans lequel il s’insère. «Michel Desvigne a pris en considération la forêt d’arbres anciens qui entoure le site et créé une esthétique de lisière de forêt, de passage entre des zones dénudées et minérales, les arbres de hauteur moyenne et les arbres plus vieux et plus hauts», explique Delphine Harmant, médiatrice au Service des publics du Mudam. «C’est pourquoi les pavages sont par endroits ajourés, et les pavés soulevés par les racines des arbres sont peu à peu retirés», histoire de laisser libre cours à la reconquête de l’espace par la nature.

Les yeux du visiteur s’arrêtent sur un bloc de pierre massif posé au bord du chemin pavé. Il s’agit de la trace d’une performance artistique. «Maria Anwander, artiste autrichienne en résidence au Casino Luxembourg au printemps 2012, a organisé la dépose, sans aucune autorisation, de ce bloc de pierre à chaux de 2 tonnes au beau milieu de la place d’Armes, comme un cadeau à la Ville.» L’inscription «The Present» est bien inscrite sur le bloc, en référence au cadeau, mais aussi au travail de l’artiste sur le temps. Ainsi que la composition et les dimensions de l’œuvre, comme le cartel de n’importe quelle peinture ou sculpture exposée dans un musée. «L’artiste court-circuite le parcours traditionnel d’une œuvre» pour parvenir à la consécration que représente l’affichage dans un musée, et ainsi «questionne le monde de l’art contemporain en utilisant ses rouages», explique Mme Harmant.

Le Mudam se détache des arbres lorsqu’on arrive de la place de l’Europe en passant derrière le Meliá. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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«The Present» rappelle la performance artistique de Maria Anwander.  (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Le buste de Philippe V tourné en mangeoire à oiseaux (Fernando Sánchez Castillo) surmonte un socle en acier effet rouille.  (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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L’un des «Privileged Points» de Nairy Baghramian a été installé dans une douve, offrant un univers de jeu supplémentaire aux jeunes visiteurs, tout en dialoguant avec le bâtiment, comme les anciens remparts. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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La promenade longe l’ancien fort Thüngen. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Le promeneur peut jouer à se perdre dans le dédale des fortifications. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Le promeneur peut jouer à se perdre dans le dédale des fortifications. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Le promeneur peut jouer à se perdre dans le dédale des fortifications. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Continuons de longer le Mudam sur un chemin déjà jonché de feuilles mortes. On pourrait passer sans s’arrêter devant ce buste de Philippe V posé sur un socle en acier à l’effet rouillé. Là encore, le rapport au temps est interrogé par l’artiste, Fernando Sánchez Castillo: ces bustes émaillant les parcs ne sont-ils pas, au fil du temps, devenus invisibles aux yeux des passants, et davantage le repaire des oiseaux cherchant un promontoire? D’où le titre de «Bird Feeder» (mangeoire pour oiseaux), qui révèle le secret de l’œuvre: un réservoir à graines se cache réellement dans le socle, et une vis infinie fait remonter des graines qui sortent sous la couronne du défunt monarque.

Les trois tours reconnaissables du Musée Dräi Eechelen se détachent au fil de la promenade. Surmontées d’un gland doré, symbole de résistance et de solidité, elles devaient marquer l’entrée du Mudam, qui se dresse derrière l’ancien dépôt de munitions. Toutefois, le bâtiment a finalement été dédié à l’histoire militaire du Grand-Duché, «qui était quand même la petite Gibraltar du Nord», rappelle Mme Harmant, de la forteresse Vauban au fort Thüngen, du nom d’un général autrichien, héritages d’un passé tourmenté.

Pour autant, les deux édifices s’imbriquent et forment un tout harmonieux, les verrières du Mudam donnant une impression aérienne et légère, à l’opposé du bastion enfoui dans le sol, tandis que les tourelles du Mudam font écho à la destinée militaire du vieux fort.

Le verre du Mudam reprend les codes militaires du site historique. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Le musée des Trois Glands porte le nom de ces fruits réputés pour leur résistance, une qualité militaire. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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L’ensemble formé par les deux musées interroge le passé et le futur. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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L’ensemble formé par les deux musées interroge le passé et le futur. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Au pied des trois tours s’étend la prairie, havre très prisé pour les bains de soleil et apéritifs sur l’herbe, l’été. Elle garde en automne un panorama saisissant sur le Grund et la ville haute, de l’autre côté du Pont Rouge, tout en laissant à voir le camaïeu de couleurs rousses de la forêt alentour.

L’esplanade du Mudam donne à voir la ville haute par-delà le Grund. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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L’esplanade du Mudam donne à voir la ville haute par-delà le Grund. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Les tours de Notre-Dame se détachent par-delà la vallée de la Pétrusse. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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De ce côté, le ministère de l’Économie et la Banque centrale du Luxembourg sont à repérer. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Les visiteurs peuvent aussi se glisser dans la forêt sur des chemins dont le pavage laisse la nature reprendre ses droits. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Vieilles pierres et verrières alternent ancrage historique et architecture plus légère. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Les forteresses Vauban rappellent que le Grand-Duché était surnommé «la petite Gibraltar du Nord». (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Les stèles de Ian Hamilton Finlay renvoient au temps et au déclin des civilisations. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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«Trophy», l’œuvre iconique de Wim Delvoye, interroge le promeneur sur ces animaux immortalisés dans une position d’accouplement très humaine. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Au pied de la prairie, des pierres sont enfoncées dans l’herbe, telles des stèles brisées et polies par le temps. Il n’en est rien: il s’agit de l’œuvre de Ian Hamilton Finlay, un artiste écossais marqué par la Deuxième Guerre mondiale, durant laquelle il a combattu du haut de ses 17 ans. Elle donne à lire, en latin, langue d’un empire effondré, la citation de Saint-Just: «L’ordre du présent est le désordre du futur.» Une phrase d’autant plus frappante que l’œuvre datant de 1990 et déclinée dans des formats différents a été installée dans le parc quelques jours après le début du confinement. «Cette phrase paraît fataliste, mais elle peut aussi être générationnelle et nous faire réfléchir à la façon dont on doit penser l’ordre d’aujourd’hui pour qu’il ne génère pas le désordre de demain», remarque Mme Harmant.

Entre le bon air frais et ces pensées philosophiques, reste une œuvre, incontournable, à contempler: les fameux cervidés de Wim Delvoye, comme surpris en pleins ébats sous les arbres, dans une position très humaine, face à face et échangeant un baiser. «Ces animaux parlent de nous, d’un des tabous les plus importants de notre société», souligne Mme Harmant. De quoi clore une promenade dominicale ou une pause déjeuner au vert avec humour.

La visite du parc Dräi Eechelen est programmée tout l’été et peut s’effectuer sur réservation le reste de l’année en envoyant un e-mail à visites@mudam.com .