ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Business en famille (7/10)

OST-Fenster SA et sa première transmission encadrée



Dès ses 15 ans, Lynn Hilger voulait reprendre l’entreprise de son père. Son frère, Sven, a pris la décision plus tard. Elle s’est concrétisée il y a trois ans. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Dès ses 15 ans, Lynn Hilger voulait reprendre l’entreprise de son père. Son frère, Sven, a pris la décision plus tard. Elle s’est concrétisée il y a trois ans. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Transmission, gestion quotidienne… Cet été, Paperjam vous emmène dans les coulisses d’entreprises familiales luxembourgeoises. La seconde génération à la tête d’OST-Fenster SA depuis son rachat a pris les rênes il y a trois ans, dans les règles de l’art, entre entretiens individuels et avis extérieurs.

En 1985, OST-Fenster SA n’était encore qu’une «petite menuiserie locale» de 1.000m2, âgée de 10 ans et située dans le centre-ville de Grevenmacher, raconte Sven Hilger, aujourd’hui président du directoire. Cette année-là, son père entre dans l’entreprise et devient directeur. Elle n’appartient pas encore à la famille mais à Marcel Weber. Ce n’est que quatre ans plus tard qu’il lui rachète. Pour vite la faire grandir. En 1991, il lance la construction du nouvel atelier de portes et fenêtres pour professionnels et particuliers, qui s’étale désormais dans la zone industrielle Potaschberg sur 5.250m2 avec le magasin, le dépôt, le hall de stockage, les bureaux et le showroom. L’effectif de 15 salariés s’est renforcé. «Maintenant, nous sommes 85.» Pour un chiffre d’affaires annuel de 11 millions d’euros. Et ce sont deux de ses enfants, Lynn et Sven, qui tiennent désormais les rênes.

La première a rejoint la société il y a neuf ans au service clientèle, après y avoir travaillé l’été. «J’ai commencé très tôt à penser à la reprise, vers l’âge de 15 ans.» La raison? «Nous avons toujours vécu cette vie d’entreprise familiale. Nous y avons passé beaucoup de temps, comme lors de journées portes ouvertes. Nous avons fait le tour du pays pour visiter les chantiers avec notre papa. C’était une envie personnelle.» Elle poursuit donc ses études dans la gestion avec cette idée en tête, et passe une maîtrise en management international au Canada. «J’ai fait mon travail d’études sur le marché québécois des fenêtres. Au cas où on aurait un jour l’occasion d’y exporter», blague-t-elle. «Mais en travaillant ici, je suis venue à la conclusion que nous avons assez de potentiel au Luxembourg.» Si elle n’avait pas fait cela, elle se serait dirigée dans le management hôtelier.

Deux cheminements différents

Pour son frère, «c’était un peu différent», relate-t-il. «Je n’étais pas très fort à l’école, alors je n’avais jamais pensé prendre un poste dans la direction.» Il suit un apprentissage de mécanicien industriel. «Le jour de mes derniers examens, je me suis demandé si c’était vraiment ce que je voulais faire. Je n’étais pas sûr et j’ai demandé à mon père s’il y avait un moyen, sans être patron, d’avoir un rôle dans l’entreprise familiale.» Sous ses conseils, il suit un apprentissage de menuisier et se spécialise dans l’extérieur, avec un brevet de maîtrise de vitrier. Suivi de deux années d’études comme ingénieur de construction bois. Pour enfin rejoindre l’entreprise, en 2011. «C’est une chance de travailler dans une société qui existe et a une renommée», justifie-t-il. Il commence par des sections techniques et devient chef de vente.

L’entreprise a été fondée en 1975 par Marcel Weber, rue Victor Braun à Grevenmacher. (Photo: OST-Fenster SA)

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Le père de Lynn et Sven Hilger la rachète en 1989 et commence la construction du nouveau site au Potaschberg.  (Photo: OST-Fenster SA)

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Passant de 1.000 à 5.350m2 aujourd’hui. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Dont 3.820m2 pour l’atelier de production. (Photo: OST-Fenster SA)

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Trois des quatre enfants travaillent dans l’entreprise, reprise en 2018 par Lynn et Sven Hilger. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

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Puis vient la transmission. «C’était un long chemin», se souvient Lynn Hilger. Plusieurs années en amont, le père a demandé conseil à des associations et à la Banque de Luxembourg, qui accompagne les entreprises familiales. Ce sont des personnes extérieures à OST-Fenster SA qui ont mené des entretiens avec les quatre enfants, «pour que tout soit structuré».

Kim, la sœur aînée, âgée de 38 ans et qui avait travaillé dans l’entreprise quelques années, a confirmé ne pas vouloir y revenir. «Pour elle c’était clair, mais pour notre père et nous, ça ne l’était pas.» Elle travaille en Suisse pour une entreprise allemande de compresseurs d’air. La plus jeune, Sarah, 30 ans, a quant à elle exprimé son souhait de travailler dans l’entreprise, mais sans fonction de direction. «Elle ne voulait pas non plus d’actions.» Elle s’occupe de la réception.

La génération 3, trop lointaine

Une fois les choses bien définies, Sven, 35 ans, et Lynn, 33 ans, ont racheté chacun 50% des parts de leur père, qui a pu partir à la retraite en 2018. Le frère gère la direction technique, la sœur la direction commerciale. «Nous avons des tâches bien partagées. Pour les grandes décisions, nous réfléchissons ensemble. Nous avons toujours un lien très étroit avec notre père, président du conseil», précise Lynn Hilger. Le tout, jusqu’ici, sans conflit, assurent-ils.

En revanche, pas de travail en couple, pour éviter tout problème. «À ce niveau, nous avons bien écrit les choses.» Leur mère travaillait dans une banque. Le mari de Lynn à l’Adem et l’épouse de Sven dans l’éducation.

Ce n’est pas un job, c’est une partie de notre vie.
Lynn Hilger

Lynn Hilger,  directrice commerciale,  OST-Fenster SA

Travailler en famille comporte des côtés positifs et négatifs. «Ce n’est pas un job, c’est une partie de notre vie. Je ne peux pas m’imaginer autrement», résume la sœur. «En vacances, en repas de famille, l’entreprise fait toujours partie des discussions. Mais on n’a connu que ça. Pour prendre du recul, je vois des amis, avec qui on a d’autres sujets de conversation.»

La prochaine transmission semble encore lointaine. «J’ai deux filles. Je vais les laisser faire leur chemin, c’est tôt», sourit Lynn Hilger. L’une a deux ans et demi, l’autre neuf mois. Son frère n’a pas d’enfants. «Si elles veulent reprendre, c’est leur choix», dit-elle. La porte reste donc grande ouverte.