ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Coopération

Organiser la mobilité transfrontalière de demain



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Jonas Vogt: «Nous recueillerons l’avis et l’expérience des navetteurs sur l’utilisation de notre service avant, pendant et après les essais opérationnels qui dureront environ six mois en 2021.» (Illustration: Shutterstock)

La mobilité du futur doit être sûre, respectueuse de l’environnement et flexible. Elle doit aussi être simple, peu coûteuse et accessible à tous afin de maintenir et favoriser le développement du marché du travail transfrontalier. Dans ce contexte, l’automatisation et la mise en réseau intelligente du transport routier jouent un rôle central.

À ce jour, toutes les pistes d’amélioration du flux de travailleurs transfrontaliers sont à prendre en considération. Une proposition intéressante, via le projet TERMINAL, vise à mettre en place un minibus électrique automatisé entre la France et l’Allemagne.

Embouteillages de plus en plus fréquents, discussions autour de l’agrandissement des voies d’autoroute, avantages du tram, gratuité des transports dès mars 2020: de nombreux sujets en lien avec la mobilité sont au cœur des préoccupations des quelque 200.000 navetteurs transfrontaliers qui se rendent chaque jour au Luxembourg pour y travailler.

Pour la majorité d’entre eux, la voiture reste le moyen de déplacement privilégié, que ce soit pour des raisons géographiques, culturelles ou encore de praticité. À en croire la saturation des routes, bien connue des travailleurs frontaliers, il paraît primordial que de nouvelles options de mobilité soient trouvées rapidement.

Des solutions innovantes de part et d’autre de la frontière

C’est pour répondre à de meilleures conditions de mobilité qu’a été lancé, en début d’année, le projet TERMINAL. Avec un budget global d’environ 3 millions d’euros, financé à hauteur de 1,8 million d’euros par le Fonds européen de développement régional (FEDER) par l’intermédiaire du programme Interreg VA Grande Région, TERMINAL vise à tester une ligne de bus transfrontalière fonctionnant avec un minibus automatisé électrique en conditions de circulation réelles.

Ce projet est une première européenne. Outre le fait de résoudre les défis techniques du point de vue de la communication entre ingénierie de bus et la technologie du trafic, il a aussi pour objectif d’étudier les exigences du cadre juridique, ainsi que celles des navetteurs.

Dans le cadre de ce projet, nous allons passer en revue tous les éléments nécessaires à la mise en place d’une telle mobilité transfrontalière.
Jonas Vogt

Jonas Vogt,  ingénieur à l’École supérieure de technique et d’économie de la Sarre

Il prévoit également de recueillir des données sur la mobilité à la demande, c’est-à-dire la possibilité de commander un bus indépendamment d’un horaire fixe, ainsi que d’étudier comment les véhicules automatisés et de tels services de mobilité à la demande peuvent être intégrés au système de transport public existant. L’Université du Luxembourg est d’ailleurs en charge de ce volet et testera en ce sens un véhicule automatisé.

«Dans le cadre de ce projet, nous allons passer en revue tous les éléments nécessaires à la mise en place d’une telle mobilité transfrontalière, y compris les exigences légales et l’acceptation par les utilisateurs», précise Jonas Vogt, ingénieur à l’École supérieure de technique et d’économie de la Sarre (htw saar).

«Nous recueillerons l’avis et l’expérience des navetteurs sur l’utilisation de notre service avant, pendant et après les essais opérationnels qui dureront environ six mois en 2021», précise-t-il.

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Jonas Vogt, ingénieur à l’École supérieure de technique et d’économie de la Sarre. (Photo: École supérieure de Technique et d’Économie de la Sarre)

Cette initiative, pour laquelle la htw saar est chef de file, est considérée par la ministre sarroise des Affaires économiques, de l’Emploi, de l’Énergie et des Transports, Anke Rehlinger, comme «une figure de proue pour la mobilité du futur dans la Grande Région».

Elle est portée par six partenaires opérationnels, parmi lesquels figurent le ministère de l’Économie, du Travail, de l’Énergie et des Transports de la Sarre, l’Université de Kaiserslautern, l’Université du Luxembourg via le SnT, l’Interdisciplinary Centre for Security, Reliability and Trust, l’Utopian Future Technologies SA (Kussbus) et l’Université de Lorraine.

Une stratégie de partenariat et de concertation en Grande Région

Le projet TERMINAL s’intègre dans un autre projet d’envergure transnational: le site expérimental numérique pour la conduite automatisée et connectée, inauguré le 3 avril dernier à Schengen.

Établi conjointement par le ministère de l’Économie et par le ministère du Développement durable et des Infrastructures, en collaboration avec leurs homologues français et allemands, le site expérimental numérique pour la conduite automatisée et connectée traduit la volonté commune des trois pays de promouvoir le développement et l’expérimentation de différentes technologies dans un contexte réel et transfrontalier.

«Avec le projet 5G-CroCo porté du côté luxembourgeois par Post Luxembourg, TERMINAL est un des projets directement incorporés au site expérimental. Nous utilisons ce site pour faire des essais de conduite automatisée et des tests pratiques en conditions réelles. Nous prévoyons aussi d’essayer le véhicule automatisé de l’Université du Luxembourg, notre partenaire opérationnel au Luxembourg», explique Jonas Vogt.

Lors de l’inauguration officielle du site expérimental numérique pour la conduite automatisée et connectée, Étienne Schneider , vice-premier ministre et ministre de l’Économie du Luxembourg, a souligné «l’importance cruciale que ces nouvelles formes de mobilité fonctionnent partout en Europe et au-delà des frontières».

La conduite autonome et électrique apportera certainement des solutions concrètes à ces défis, mais préalablement à un déploiement massif dans la rue, il est important de valider ces technologies naissantes .

Anthony Auert,  manager du Luxembourg Automobility Cluster,  Luxinnovation

En effet, des véhicules automatisés et connectés circulant dans plusieurs pays différents sous-entendent de nombreux défis à relever, tels que l’harmonisation des réseaux routiers, des panneaux de signalisation, des limitations de vitesse, et plus largement des règles de circulation. Seule une stratégie de partenariat et de concertation transnationale pourrait aboutir à un développement efficace du transport public transfrontalier, et les partenaires du projet TERMINAL en sont conscients.

Pour Anthony Auert, manager du Luxembourg Automobility Cluster, la mobilité au sein de la Grande Région doit aussi faire face à des défis comme la réduction de l’empreinte carbone ou l’amélioration de la fluidité du trafic. «La conduite autonome et électrique apportera certainement des solutions concrètes à ces défis, mais préalablement à un déploiement massif dans la rue, il est important de valider ces technologies naissantes.

Dans cette optique, le projet TERMINAL et le site expérimental transfrontalier supportent efficacement l’émergence de la mobilité de demain», estime-t-il.

Je pense qu’il est réaliste d’avoir des véhicules hautement automatisés pour les transports publics ou les livraisons sur des itinéraires prédéfinis dans les 10 prochaines années.
Jonas Vogt

Jonas Vogt,  ingénieur à l’École supérieure de technique et d’économie de la Sarre

Les résultats de ce projet multidisciplinaire et global sur la mobilité prendront la forme d’un manuel sur la mise en place de services de transports publics automatisés transfrontaliers destiné aux opérateurs de transports dans les zones rurales. Des recommandations d’actions en matière de modèles de mobilité innovants seront également apportées aux responsables politiques et aux divers prestataires.

Le Statec précisait récemment qu’en 30 ans à peine, le nombre de navetteurs transfrontaliers avait été multiplié par six. En 2018, ils composaient ainsi près de 45% des salariés du pays. Face à cet afflux toujours plus grandissant de travailleurs majoritairement français, allemands et belges, des solutions innovantes doivent donc être trouvées de part et d’autre de la frontière.

Jonas Vogt est confiant: «Les véhicules totalement automatisés, c’est-à-dire fonctionnant sans conducteur, n’apparaîtront probablement qu’en 2040-2050. Mais je pense qu’il est réaliste d’avoir des véhicules hautement automatisés pour les transports publics ou les livraisons sur des itinéraires prédéfinis dans les 10 prochaines années. À l’heure actuelle, il est légalement interdit de conduire un véhicule automatisé sans conducteur responsable, c’est pourquoi le cadre juridique doit d’abord être modifié. Cette question doit être traitée au niveau de l’Union européenne.»

Pour plus d’informations, consultez le site internet du projet .

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(Illustration: DR)