ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Réactions syndicales

L’OGBL redoute de faire des «boîtes de conserve»



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Liberty House est plutôt spécialisée dans les produits de base. Que se passera-t-il après les cinq ans de fourniture de produits par ArcelorMittal à Dudelange? La question reste entière. (Photo: Shutterstock)

Les syndicalistes en charge du site de Dudelange étaient très partagés, mercredi soir, après l’annonce du feu vert de la Commission européenne au rachat de cinq usines d’ArcelorMittal par Liberty House.

«On va faire des boîtes de conserve! Des produits sans aucune valeur ajoutée...» Le représentant de l’OGBL, Jean-Claude Bernardini, était assez amer, jeudi soir, à l’annonce de l’autorisation donnée par la Commission européenne à Liberty House de racheter les cinq usines d’ArcelorMittal, dont celle de Dudelange.

«Je suis assez étonné de la réponse de la Commission dans la mesure où le Comité syndical européen n’a toujours pas donné son feu vert ni d’autres instances. Et les questions que nous posons depuis le début restent toujours ouvertes... Nous avions envoyé une nouvelle lettre à Bruxelles il y a trois semaines», explique-t-il.

«À chaque fois que nous avons demandé des détails sur les contrats, Liberty House nous a dit qu’ArcelorMittal avait demandé la confidentialité et la Commission renvoyait vers ArcelorMittal, chacun se renvoie la balle. Quels investissements? Quels produits? Quel autre avenir que des produits de base?»

Si nous étions restés dans le groupe ArcelorMittal, les jours de Dudelange auraient été comptés.

Robert Fornieri,  secrétaire général adjoint, en charge de l’industrie,  LCGB

«De toute façon», renchérit le secrétaire général adjoint du LCGB en charge de l’industrie, Robert Fornieri, «je suis convaincu que si nous étions restés dans le groupe ArcelorMittal, les jours de Dudelange auraient été comptés.»

Non seulement le groupe n’a plus tellement investi dans cette usine, mais il a mis le paquet, de l’autre côté de la frontière, à Florange, qui fabrique les mêmes produits que Dudelange, sous la pression du président François Hollande et de son ministre de l’Économie, Arnaud Montebourg.

«Si les accords sociaux sont repris dans les conditions dans lesquelles ils ont été négociés avec ArcelorMittal, nous avons aussi obtenu que Liberty House fasse partie de la tripartite quand d’autres discussions devront avoir lieu», dit encore M. Fornieri.

Quid des intérimaires?

Les deux syndicalistes n’ont pas tout à fait la même vision de l’avenir des 300 employés du site, des CDI, des CDD et des intérimaires ou contractants extérieurs.

Pour le délégué du LCGB, «les intérimaires font partie de l’accord de cession et ArcelorMittal devrait les reprendre à son compte. Si ce n’était pas le cas, ce serait sa responsabilité. Il pourrait les redéployer sur d’autres usines du groupe qui sont en recrutement. Je n’ai pas vraiment senti d’opposition sur ce point.»

Pour celui de l’OGBL, la situation est loin d’être si claire. «Quand on a fait remarquer à Liberty House qu’on ne parlait pas de 230 personnes, mais de 300 personnes, ils nous ont répondu: ‘Ok, nous reprendrons les 300.’ Mais ça mérite un peu plus d’attention, de discussion et de calcul que cette seule phrase.»

Une stratégie en cours d’élaboration

«Au fond, ce n’est pas tellement différent de ce qui s’est passé quand Mittal a racheté Arcelor, ici, en 2006-2007. Malgré les promesses, malgré les papiers signés, peu a été réalisé. Ce qui nous rappelle que les craintes et les interrogations étaient justifiées», dit encore M. Bernardini.

Lorsque nous les avions rencontrés, en décembre, les dirigeants de Liberty House avaient annoncé qu’ils publieraient un plan stratégique dans les 100 jours qui suivront la remise des clés. «Des groupes de travail sont entrés dans des discussions techniques, mais ne sont pas encore assez avancés», confie M. Fornieri.