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MAMANS ET ENTREPRENEUSES

«On est déjà toutes des superwomen»



Elfy Pins: «La casquette de maman amène d’autres facultés de gestion humaines.» (Photo: Maison Moderne)

Elfy Pins: «La casquette de maman amène d’autres facultés de gestion humaines.» (Photo: Maison Moderne)

Elles combinent vie familiale épanouie et vie professionnelle trépidante. Coup de projecteur sur ces mamans qui jonglent en permanence avec la work-life balance. La série continue avec Elfy Pins, fondatrice et CEO de Supermiro et de Helloboss.

Elfy Pins, âgée de 35 ans, est mariée et est la maman de Louis, 3,5 ans. Cette Française est également la fondatrice et CEO de Supermiro (un site et une application qui regroupent les sorties et autres expositions à Luxembourg) et de  Helloboss (sur le même principe que la première plate-forme, mais qui se concentre sur un agenda professionnel).

Comment c’était dans votre tête, lorsque vous avez voulu avoir des enfants et en même temps voulu poursuivre votre carrière?

Elfy Pins . – «J’avais lancé Supermiro en janvier 2015. Ça a très bien démarré juste avant l’été 2015 et j’ai décidé de me lancer dans l’aventure d’être maman dans le même timing. C’est une vraie question que je me suis posée en amont. J’avais déjà 32 ans et la question de l’âge se pose quand on est une femme et qu’on veut des enfants. Je me suis dit qu’il y aurait toujours une excuse pour ne pas faire d’enfant. Si je suis en plein recrutement, en formation, si l’entreprise grandit à l’international… Il y aura toujours quelque chose. Donc c’était autant le prendre dans mes valises dès le départ.

Je pense que le mot ‘mompreneur’ est un barbarisme qui a été créé pour désigner toutes ces femmes, comme moi, qui ne veulent pas choisir entre travail et progéniture, qui jonglent avec famille et entreprise, qui concilient vie de mère et carrière, qui font un pied de nez à ceux qui souhaiteraient les cantonner au foyer!

L’organisation du matin, plutôt chaotique ou psychorigide?

«Étant donné qu’il est petit, il faut le gérer dès le matin. S’assurer qu’il a tout ce qu’il faut pour affronter sa journée. Ce n’est pas trop le chaos, car c’est assez organisé. On est pris dans l’action et on ne se pose pas de question, on agit. Et c’est plutôt rodé. En dehors du fait de demander 10 fois ‘Louis, viens mettre tes chaussures, on y va’. Mais ça, je crois que c’est l’histoire de tous les parents.

La plus grosse contrainte?

«C’est de ne jamais avoir l’esprit libre. Quand je suis avec Louis, même quand je lui consacre un moment privilégié, il y a toujours le boulot qui vient interférer. Surtout psychologiquement, ça ne s’arrête jamais. C’est le plus difficile, car finalement les moments que je passe avec mon fils ne sont jamais à 100%, même si j’essaie de me dédier à lui complètement. Il y a aussi une capacité d’écoute et de tolérance qui est réduite, particulièrement le soir, après une journée de travail, face aux crises et à son caractère bien trempé! Je pense que j’ai beaucoup moins de patience que si je faisais un job ‘normal’.

Dans une famille normale, le couple doit être repensé à l’arrivée d’un enfant, mais avec une vie d’entrepreneur, c’est encore plus vrai.
Elfy Pins

Elfy Pins,  CEO,  Supermiro et Helloboss

La work-life balance, un doux rêve?

«Je pense que c’est un objectif qu’on se doit d’essayer d’atteindre dans la mesure du possible car c’est vraiment important à la fois pour soi-même et pour la famille. Dans une famille ‘normale’, le couple doit déjà être repensé à l’arrivée d’un enfant, mais avec une vie d’entrepreneur, c’est encore plus vrai. C’est donc un but ultime à essayer d’atteindre, mais est-ce que c’est un doux rêve? Dans les faits oui, en tout cas, pour moi, pour l’instant.

Mais je ne désespère pas d’atteindre un certain équilibre. J’ai quand même déjà réussi à passer un cap. Avant, j’ouvrais l’ordinateur tous les soirs pour bosser quand mon fils était au lit. Maintenant, je le laisse fermé dans 90% des cas. Bon, il reste toujours le téléphone, évidemment; et l’esprit qui ne s’arrête jamais, c’est déjà bien assez… [rires]

Votre demande aux responsables politiques?

«Ce que j’ai découvert depuis que je me suis lancée dans l’entrepreneuriat, c’est que le vrai luxe, c’est le temps. Et je ne vois pas comment une loi pourrait nous en donner plus. Quand on a un projet passionnant à gérer avec tous les hauts et les bas qui vont avec, le plus difficile, c’est de trouver du temps, que ce soit pour le faire avancer comme il se doit, mais aussi pour les enfants et enfin pour soi. Mais j’ai beaucoup d’idées pour travailler sur la ville de demain avec nos politiques.

Quand ça ne va pas, on pense à qui? On appelle qui?

«Ça dépend des sujets. Parfois, c’est l’oreille attentive de maman ou de ma petite sœur, c’est souvent aussi les ami(e)s qui ne sont pas tou(te)s à Luxembourg, donc ça papote souvent par téléphone. Évidemment, mon associé partage une grande partie des bas. Cela me permet de m’exprimer et de partager un certain nombre de problèmes. Lui demander de prendre en charge certaines choses aussi. Parce qu’à la fin, le rôle du CEO, c’est de travailler sur la vision de la boîte, recruter les meilleurs talents pour l’exécuter et s’assurer qu’il y ait de l’argent dans les caisses.

Mais dans les faits, je reste head of sales, head of marketing, product owner, RH, oreille attentive, ‘storytelleuse’, boute-en-train à mes heures pour la ‘Joyeuse Équipe’. Tout ce qui sort doit être validé. Dans une petite équipe, tout le monde a besoin d’input pour avancer. Parfois, je dis à mon associé que je n’en peux plus et il prend le relais sur certaines choses. J’ai un associé en or. Ça fait quatre ans qu’on bosse ensemble, je sais que c’est quelqu’un d’extrêmement fiable et sur qui je peux compter. Et ça, ça n’a pas de prix. Tous les entrepreneurs n’ont pas cette chance.

Je ne suis pas une maman qui passe son temps à la maison, donc ça demande beaucoup d’organisation.
Elfy Pins

Elfy Pins,  CEO,  Supermiro et Helloboss

Être maman, ça apporte quoi à l’entreprise?

«La casquette de maman amène d’autres facultés de gestion humaines. J’en avais déjà certaines, mais le rôle de maman en amène d’autres. Je ne suis pas une maman qui passe son temps à la maison, donc ça demande beaucoup d’organisation. C’est le côté entrepreneur qui m’a aidée pour ça. Et je pense que la clé et le chemin entre l’une et l’autre, c’est la motivation.

Comment faire pour trouver encore du temps pour s’occuper de soi?

«Je pense que ça passe par de grosses remises en question, régulières. S’interroger sur ce qu’il nous reste à la fin. Pour soi. Je n’ai pour ma part pas encore trouvé toutes les clés, mais j’avance. J’essaie de m’accorder des week-ends où je pars seule, ou parfois seule avec mon fils. Au quotidien, je me fixe des petits challenges personnels.

Là, je me suis lancé le défi de faire le semi-marathon en mai prochain avec mon équipe, alors que je ne suis pas du tout une coureuse. Ça va me demander des moments d’entraînement, face à moi-même, avec mes écouteurs. J’ai aussi toujours été passionnée par le cirque et j’ai découvert l’an dernier le trapèze volant. Je me suis donc lancé le défi d’essayer de ressembler à quelque chose sur un trapèze ou un tissu aérien [rires]. Alors que je n’ai ni les bras ni la condition physique pour ça.

J’ai commencé cet été en allant à l’école de cirque de Luxembourg pour voir ce dont j’étais capable. C’est d’autant plus un plaisir que je sais que ce n’est pas inné, donc je vais devoir franchir les étapes en m’entraînant. À la fin, si j’ai un petit résultat, ce sera une belle satisfaction personnelle. C’est comme ça que je m’occupe un peu de moi.

Baby blues et entreprise?

«Je n’ai pas traversé le baby blues; je peux donc difficilement en parler. Je suis passée par d’autres choses très complexes avec mon tout-petit, qui ont duré de longs mois, avec beaucoup d’incertitudes. Je pense que tout se gère, mais après ça dépend de comment tu es accompagnée, soutenue et de ton tempérament.

J’ai une philosophie de manager par l’exemple.
Elfy Pins

Elfy Pins,  CEO,  Supermiro et Helloboss

Votre conseil aux autres mamans?

«Je pense que les mamans doivent être conscientes, avant d’entreprendre, du niveau de ressources nécessaires, car ce n’est vraiment pas un long fleuve tranquille. Quand on parle des montagnes russes, c’est vraiment ça. Il faut savoir le gérer. Il faut pouvoir le gérer. Et il faut bien s’entourer aussi. Il y a également une grande part d’organisation et de volonté. Je pense qu’on peut tout faire. Maintenant, une maman seule, c’est plus compliqué si on veut tout gérer de front.

Ce qu’il ne faut pas faire?

«J’ai une philosophie de manager par l’exemple. Donc même si techniquement je pourrais rester deux demi-journées à la maison pour travailler avec mon fils ou aller le chercher plus tôt à la crèche, c’est quelque chose que j’ai du mal à faire. J’ai aussi besoin de cette discipline et d’aller au travail. J’essaie aussi d’instaurer un esprit d’équipe. Je n’ai pas envie qu’ils se disent que les patrons ne sont jamais là et se la coulent douce alors que ce n’est pas vrai.

Et l’homme qui partage votre vie dans tout ça?

«Le père de Louis est très présent. Il s’occupe beaucoup de lui. Il a la chance d’avoir un job où il peut être flexible. On dit souvent que derrière un grand homme se cache une femme. Je pense que c’est vrai pour tous les entrepreneurs qui fonctionnent bien, hommes ou femmes. Il faut être bien entouré, surtout quand on est parent. C’est essentiel d’avoir quelqu’un qui comprenne la mentalité autour de l’entrepreneuriat, l’investissement en temps et énergie que cela demande. Tout le monde n’est pas capable de le comprendre et de l’accepter.

Elfy Pins et son fils Louis. (Photo: Elfy Pins)

Elfy Pins et son fils Louis. (Photo: Elfy Pins)

Votre définition de la superwoman?

«Je crois que même sans être des entrepreneurs, on est déjà toutes des superwomen. J’avais sous-estimé la complexité de la vie dans ma jeunesse, mais il y a quand même beaucoup de rebondissements. Il y a beaucoup de choses qu’on croit acquises qui ne le sont pas du tout et qui bougent, changent, évoluent.

On doit sans arrêt faire face à des tonnes d’évolutions auxquelles on n’était pas forcément préparées. Déjà en étant une femme on est une superwoman; en étant maman, on est encore plus superwoman, et en étant entrepreneur, peut-être encore un peu plus. Je pense qu’on l’est toutes finalement.

Prochain défi, un autre enfant?

«J’ai déjà un deuxième bébé qui est né en avril avec Supermiro qui a accueilli Helloboss. Un petit frère ou une petite sœur pour Louis? Ce n’est pas prévu pour l’instant.»