POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

JOHANN-DIETRICH WÖRNER à L’ASTEROID DAY

«On devrait récupérer le drapeau américain!»



Le directeur général de l’Agence spatiale européenne, Johann-Dietrich Wörner ne déteste pas faire bouger les lignes. L’espace implique de nouvelles responsabilités, collectives, a-t-il insisté. (Photo: ESA)

Le directeur général de l’Agence spatiale européenne, Johann-Dietrich Wörner ne déteste pas faire bouger les lignes. L’espace implique de nouvelles responsabilités, collectives, a-t-il insisté. (Photo: ESA)

La troisième édition de l’Asteroid Day au Luxembourg s’est ouverte vendredi à midi au Cercle Cité avec une énorme blague du patron de l’Agence spatiale européenne, Johann-Dietrich Wörner. Puis des débats passionnants.

Rusty Schweickart a failli s’étrangler. La légende américaine, qui a participé à l’aventure Apollo 9, venait juste de philosopher à voix haute sur la petitesse de la Terre quand on regarde la planète bleue depuis l’espace, quand le directeur général de l’Agence spatiale européenne a lancé des «hostilités» aussi amicales que parlantes.

«Je suis contre le fait que nous retournions sur la Lune. Nous devrions y retourner pour récupérer le drapeau que les Américains y ont laissé!», lançait-il, provoquant un «oh» de stupeur de son voisin au physique de Clint Eastwood. Ce que l’Allemand voulait souligner, c’est un changement complet de paradigme: au lieu d’une course à l’espace dictée par la Guerre froide et financée sur des fonds publics, l’espace est devenu un terrain de jeu multipolaire où les sociétés privées et le secteur public collaborent.

Dans la grande salle du Cercle Cité, son lustre et ses tentures magnifiques, la cinquantaine de personnes venues assister à cette émission de six heures en live retransmise partout sur la planète, ont dû se dire que l’Asteroid Day 2019 commençait fort.

Une évolution naturelle de l’Homme

Le CEO de la Luxembourg Space Agency, Marc Serres, a mis tout le monde d’accord, rappelant l’implication du Luxembourg dans le domaine spatial en évoquant l’aventure SES puis «la vision à long terme sur les ressources de l’espace». «Nous voudrions faire comprendre les dangers et les opportunités. Les ressources de l’espace doivent nous permettre de poursuivre l’aventure en n’ayant pas besoin de tout emmener depuis la Terre, ce qui coûte cher.»

Une logique «évolutionniste» naturelle, indiquait M. Schweickert, qui a toujours de la famille en Alsace. «De nos expéditions, nous avons appris que nous avons atteint les limites dans l’utilisation des ressources de la Terre. Il est temps d’évoluer dans un univers toujours plus lointain et pas de ramener des matériaux sur Terre pour créer de nouveaux problèmes.»

La meilleure des compétences pour l’espace est la curiosité!

Johann-Dietrich Wörner,  directeur général,  Agence spatiale européenne

La technologie évolue très vite. La Lune serait un excellent trépied vers l’ailleurs, soulignent les speakers de cette table ronde, puisque la Lune regorge d’eau, qui pourrait devenir de l’eau potable, de l’oxygène ou de l’hydrogène capable de servir de carburant aux fusées du futur. Sans parler du «far side of the Moon», s’amuse encore M. Wörner, «le dark side of the Moon, c’est du Pink Floyd!».

«La meilleure des compétences pour l’espace, pour amener la collaboration globale à un niveau satisfaisant, est la curiosité!»

Le Luxembourg montre son écosystème

«Les pouvoirs publics doivent mettre en place l’infrastructure sur laquelle le privé va se greffer», lui répondait l’astronaute américain. «L’innovation vient toujours des jeunes et il faut leur donner l’espoir qu’il y a des opportunités! Alors ils travailleront avec enthousiasme.»

Le patron de l’ESA redevient très sérieux, un instant. L’Agence, explique-t-il, repart de scratch à la fin de chaque période de programmation. En novembre, il va revenir devant le conseil des ministres de l’ESA avec des dizaines de projets sur lesquels les politiques devront décider d’apporter les financements ou pas. Ce n’est qu’ensuite que l’Europe saura à quel point elle veut compter dans un monde qui bouge à toute vitesse.

Programme luxembourgeois de formation, du plus jeune âge au futur master en entrepreneuriat de l’espace dès la rentrée, directeur du musée d’histoire naturelle qui abrite exposition et animations pour cet événement, passage au Science Center de Differdange, «Kids Reporters» qui font des micros-trottoirs pour mesurer combien notre connaissance des astéroïdes est limitée, le Luxembourg fait ce qu’il fait de mieux: organiser un événement majeur, retransmis dans près de 200 pays. Marc Serres dresse l’image d’un pays multilingue, ouvert aux affaires, qui prépare toujours son fonds d’investissement dans l’espace.

Au tour des enfants, samedi

Les experts entrent dans le dur des discussions. Sur ces dizaines de milliers de bouts d’astéroïdes qui s’écrasent sur Terre chaque année sans faire trop de dommages, sur ce risque tous les cinq ans d’un crash un peu plus important ou encore sur le projet Hera européen.

Dans la grande salle du Cercle Cité, plus personne ne bouge. Tous suspendus à la passion qui transpire des orateurs. Les autres salles, transformées en coulisses de cette émission de télévision inédite, sont pleines. Ce samedi, entre 13h30 et 15h30, l’ambiance risque d’être plus animée avec les deux heures réservées à la rencontre avec des astronautes.

Pour aller plus loin:

Le site internet de l’ Asteroid Day .

Le site internet de l’Agence spatiale européenne et  sa page consacrée au projet Hera .