PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Annonces de la BCE

«On atteint les limites de la politique monétaire»



La BCE va débloquer une enveloppe supplémentaire de 120 milliards d’euros consacrée aux rachats de dettes («quantitative easing», QE) pour les neuf prochains mois. (Photo: BCE)

La BCE va débloquer une enveloppe supplémentaire de 120 milliards d’euros consacrée aux rachats de dettes («quantitative easing», QE) pour les neuf prochains mois. (Photo: BCE)

La Banque centrale européenne a pris une série de mesures accommodantes vis-à-vis du secteur bancaire, pour soutenir l’économie dans le contexte du coronavirus. Mais les marchés ont dévissé, peu convaincus par l’ampleur des mesures.

«C’est une conférence ratée, qui a suscité une grande déception. Pour la première fois, la Banque centrale n’a rien pu faire pour rassurer les marchés», commente Nicolas Forest, global head of fixed income et membre du comité exécutif chez Candriam.

Dans le contexte de la pandémie de coronavirus et après l’annonce de la Fed de baisser ses taux de 50 points de base, l’issue du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) était particulièrement attendue jeudi 12 mars.

En laissant ses taux inchangés (taux principal à 0%, taux de dépôt à -0,50%), la BCE a en effet surpris et fait plonger les marchés. Christine Lagarde, présidente de la BCE, s’est pourtant employée à détailler son arsenal de mesures , pour faire en sorte que les banques européennes puissent continuer à financer l’économie réelle malgré les effets économiques liés au coronavirus.

Parmi ces mesures, la BCE réduit ses exigences en matière de capital et de liquidités pour les banques, ce qui permettra à ces dernières d’avoir davantage de latitude. La BCE précise tout de même dans son communiqué qu’elle attend qu’elles «utilisent les effets positifs de ces mesures pour soutenir l’économie, et non pour augmenter les distributions de dividendes ou les rémunérations variables»...

Soutien au prêt

De plus, une nouvelle vague de LTRO (opérations de refinancement à long terme) sera déclenchée à titre temporaire jusqu’en juin, «pour apporter un soutien immédiat en termes de liquidité au système financier de la zone euro», explique la BCE.

«Bien que le conseil des gouverneurs ne voie pas de signes importants de tensions sur les marchés monétaires ou de pénurie de liquidités dans le système bancaire, ces opérations serviront de filet de sécurité efficace en cas de besoin», précise-t-elle.

Dans le cadre des prêts ciblés de long terme (TLTRO III), des conditions plus favorables seront appliquées de juin 2020 à juin 2021 à toutes les opérations TLTRO III en cours pendant cette même période. Ces opérations permettront de soutenir les prêts bancaires, en particulier en direction des PME.

«Le taux d’intérêt de -0,75% sur les prêts TLTRO aux banques est une innovation importante, car c’est la première fois que la banque centrale prête aux banques à un taux inférieur à son principal taux directeur. Dans un sens, il s’agit d’une réduction ciblée des taux», analyse Paul Diggle, économiste principal chez Aberdeen Standard Investments, dans un communiqué.

La BCE débloque enfin une enveloppe supplémentaire de 120 milliards d’euros consacrée aux rachats de dettes («quantitative easing», QE) pour les neuf prochains mois, ce qui permettra de maintenir les coûts d’emprunt des États et des entreprises à des niveaux très bas.

Pas d’innovation

«Ce sont certes des mesures accommodantes, mais certainement pas innovantes. Il ne s’agit que d’extension de mesures déjà existantes (LTRO, TLTRO et QE), qui ne permettent par ailleurs pas de faire face à un risque récessif», déplore Nicolas Forest.

«Christine Lagarde n’a finalement été qu’une pâle imitation de Mario Draghi, avec des annonces techniques et technocratiques, qui ne sont pas à la hauteur de la situation. Le problème n’est pas tant d’avoir laissé inchangés les taux directeurs que d’avoir annoncé la mise en place de mesures conventionnelles pour une situation qui ne l’est pas», ajoute-t-il.

Les annonces de la BCE, cumulées aux impacts économiques de la pandémie, et à la décision surprise de Donald Trump de suspendre pour 30 jours l’entrée des Européens aux États-Unis, ont fait dévisser les marchés.

Les bourses européennes ont clôturé dans le rouge jeudi soir: le CAC 40 a fini à -12,28% (la plus forte chute de son histoire), le DAX à -11,43%, le Bel 20 à -14,21% (également une chute historique), la Bourse de Londres à -10,87%, et celle de Milan à -16,92%. 

«Ces annonces sont une déception par rapport aux attentes du marché (les marchés anticipaient une baisse de 10 points de base du taux de dépôt, ndlr), et cela envoie le signal que la BCE elle-même pense qu’elle est au bout du chemin lorsqu’il s’agit de réduire les taux d’intérêt», estime Paul Diggle.

Nicolas Forest va dans le même sens: «La politique monétaire ne constitue plus un filet de sécurité. On atteint là ses limites.»