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Claude Muller, LIH

«Les prochaines vaccinations pourraient être un mix»



Y a-t-il un intérêt à faire sa dose de rappel avec l’arrivée du variant Omicron? Oui, selon Claude Muller, du Luxembourg Institute of Health (LIH). (Photos d’archives: Miikka Heinonen; Anthony Dehez. Montage: Maison moderne) 

Y a-t-il un intérêt à faire sa dose de rappel avec l’arrivée du variant Omicron? Oui, selon Claude Muller, du Luxembourg Institute of Health (LIH). (Photos d’archives: Miikka Heinonen; Anthony Dehez. Montage: Maison moderne) 

L’arrivée du variant Omicron et les doutes quant à l’efficacité du vaccin contre ce dernier ne remettent pas en question la dose de rappel, selon Claude Muller du LIH. Elle sert contre le variant Delta, prédominant à l’heure actuelle, et n’empêcherait pas une nouvelle injection lorsque les laboratoires en auront élaboré une nouvelle version.

Il y a une semaine , l’Afrique du Sud signalait à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le variant B.1.1.529, communément appelé Omicron . Depuis, plus de 200 cas ont été détectés à travers le monde selon la plateforme Gisaid . Aussi bien en Afrique du Sud (128 cas) qu’au Portugal (13), en Allemagne (5) et en Belgique (1). Côté français, un cas a été identifié, à l’île de la Réunion. Pour l’instant, rien à signaler au Luxembourg. Doit-on s’inquiéter? Continuer la vaccination avec les sérums actuels ou attendre une version mise à jour? Les réponses de Claude Muller, épidémiologiste au Luxembourg Institute of Health (LIH).

À quel point les vaccins contre le Covid utilisés actuellement sont-ils efficaces contre le variant Omicron?

Claude Muller. – «Il est considéré comme variant préoccupant parce qu’il présente plus de 30 mutations dans sa protéine Spike, celle à la surface du virus par laquelle il peut infecter la cellule humaine. C’est beaucoup par rapport aux autres. Par exemple, le Delta n’en a que huit. Concrètement, certains anticorps, de personnes vaccinées ou ayant eu le virus, pourraient ne plus être efficaces pour neutraliser le virus. On serait donc moins sûrs de leur protection.

Est-il plus dangereux ou transmissible que les précédents variants?

«Quand il a des mutations, le virus peut changer ses propriétés. Il peut se lier plus ou moins bien à son récepteur. S’il se fixe mieux, cela veut dire que l’infectiosité augmente et qu’il se répartit mieux dans la population. Pour l’instant, on ne peut pas le dire. Même si, en général, les virus ont tendance à devenir plus infectieux parce que cela leur donne un avantage vital (selon le Laboratoire national de santé, ‘les données préliminaires suggèrent un comportement clinique similaire, sans symptômes inhabituels et incluant des cas asymptomatiques’, ndlr).

Quelles sont les chances qu’il arrive au Luxembourg?

«Cela peut aussi bien arriver demain que dans plusieurs semaines. Maintenant qu’on sait qu’il est dans les pays voisins, le risque de l’introduire au Luxembourg est évidemment grand car nous avons un flux important de personnes traversant chaque jour les frontières.

Le variant Omicron remplacera-t-il le Delta comme variant majoritaire?

«S’il est plus infectieux, il y a de grandes chances que, tôt ou tard, il remplace le Delta et, comme lui, se répartisse rapidement à travers le monde. S’il est au même point infectieux, il se peut très bien que les deux co-circulent.

Les laboratoires travaillent déjà sur une nouvelle version de leurs vaccins ciblant le variant Omicron. Ne serait-il pas, dès lors, plus judicieux de l’attendre avant de faire sa dose de rappel?

«Non, absolument pas! Les vaccins que nous avons augmentent l’immunité et la protection contre les variants qui sont prédominants dans le monde (au Luxembourg, tous les cas détectés lors des dernières semaines étaient attribués au variant Delta selon le dernier rapport du LNS publié le 26 novembre, ndlr). Et probablement aussi, au moins à un certain point, contre Omicron, même si ce n’est pas une garantie. Si on a une certaine immunité sur le fond, il y a de bonnes chances que cela protège au moins contre une maladie sévère issue de ce variant.

Il n’y a aucune raison de ne pas faire la troisième dose en vue d’un vaccin qui viendra seulement dans deux à quatre mois (Pfizer et BioNTech ont annoncé un délai de 100 jours, Moderna plusieurs mois, ndlr).

Que se passe-t-il si on fait sa dose de rappel et que, deux semaines plus tard, le nouveau vaccin contre Omicron sort?

«Si Omicron est vraiment différent et échappe à l’immunité, alors il peut être considéré comme un virus différent. C’est comme une vaccination contre un autre virus, il n’y a donc aucun problème pour la faire juste après sa dose booster.

Et si le variant n’est pas fortement différent?

«On n’a pas besoin d’attendre beaucoup de temps pour faire la quatrième dose adaptée à Omicron.

Que deviendront les anciennes doses après la sortie du nouveau vaccin?

«Si Omicron continue de circuler avec le Delta ou qu’on a peur que le Delta revienne parce que l’immunité est en diminution, les prochaines vaccinations pourraient être un mix des deux: un vaccin contre le Delta et un vaccin contre Omicron. On fait déjà cela pour d’autres vaccinations pédiatriques avec jusqu’à six vaccins contenus dans la même seringue (par exemple, le vaccin hexavalent contre le tétanos, la diphtérie, la poliomyélite, la coqueluche, les méningites à Haemophilus influenzae b et l’hépatite B, ndlr).

Si la prochaine fois qu’on fait un rappel, il n’y a qu’Omicron qui circule, ce serait un monovalent. Dans tous les cas, le variant Delta ne va pas disparaître d’un jour à l’autre. On fait comme lorsqu’un stock approche de sa date de péremption et qu’on en a trop: on offre les doses restantes à d’autres pays qui en ont besoin.

On a beaucoup parlé des effets de la seconde dose du vaccin de Pfizer, plus violents que ceux de la première. Cela dépend bien sûr du sérum utilisé et de la situation de chaque personne. Mais que peut-on dire des effets de la dose de rappel?

«Je ne connais pas de data concernant les effets de la troisième dose.»