POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

Un an après son lancement

La nouvelle ambition de la House of Startups



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Le directeur de la Chambre de commerce, Carlo Thelen, et la CEO de la Host, Karin Schintgen, ont retracé une première année riche en développements et une nouvelle ambition. (Photo: Matic Zorman)

La House of Startups a un an et de nouvelles ambitions: fédérer la Grande Région pour imposer cet espace d’innovation de 1.500 start-up au service de 11 millions de personnes de quatre pays entre Paris et Berlin, a dit sa CEO, Karin Schintgen, lundi, pour le premier anniversaire.

Un an après le lancement de la House of Startups (Host), une seule chose n’a pas changé, rue du Laboratoire: la position du gouvernement vis-à-vis d’une nouvelle version de la loi Rau qui permettait jadis d’obtenir un petit bonbon fiscal contre un investissement.

Malgré les demandes répétées de tous les acteurs, le gouvernement poursuit son analyse d’impact d’une éventuelle mesure destinée à faciliter l’accès aux capitaux des entrepreneurs de la «start-up nation». Aucun d’entre eux ne peut passer les grilles de risques des établissements bancaires traditionnels et tous doivent s’en remettre à des business angels et venture capitalists sollicités à tous les carrefours.

Pour le reste, la Host a connu des développements tous azimuts, sous la conduite expérimentée de Karin Schintgen , déjà aux commandes du Lux Future Lab. Sur ces 6.000m2, loués par la Chambre de commerce à la Host, qui sous-loue ensuite à ses quatre incubateurs (Luxembourg-City Incubator, Luxembourg House of Financial Technology, International Climate Finance Accelerator et Hub@Luxembourg), plus de 100 start-up, dont 19% d’entrepreneurs luxembourgeois.

Le Brésil candidat à un coup de main

Plus de 1.000 visiteurs viennent découvrir l’écosystème de la capitale chaque mois, a expliqué Mme Schintgen. «Dont une délégation du Mato Grosso (le plus gros État du centre du Brésil), qui est venue nous demander de créer un environnement comme celui-là chez elle.»

- Au LCI, au rez-de-chaussée, les 36 start-up sélectionnées par Martin Guérin dans les urbantech, le commerce, le tourisme, la logistique, l’environnement ou la construction, doivent apporter des solutions à la capitale.

- La Lhoft de Nasir Zubairi affiche complet. Une dizaine de start-up sont même sur liste d’attente. Aux deuxième et troisième étages, les 127 start-up, fintech, regtech, insurtech ou fundtech composent ce «hub de l’innovation au service de la place financière».

- À l’ICFA, l’accélérateur qui agit en amont pour l’industrie des fonds accompagne 10 gestionnaires de fonds d’investissement, après deux appels à projets la première année.

- Au Hub@Luxembourg, première structure d’incubation à l’étranger du Crédit Agricole, trois start-up sont déjà là et d’autres devraient les rejoindre. Amélie Madinier, devenue officiellement le CEO début avril, doit attirer des start-up plus mûres des 28 structures françaises vers le Luxembourg. Dans des domaines très larges qui vont de l’aérospatial à la smart city, en passant par la cybersécurité, le maritime ou les technologies vertes, par exemple.

«Il ne s’agit pas de marcher sur les plates-bandes des acteurs privés qui sont aussi nos membres», a rappelé le directeur de la Chambre de commerce, Carlo Thelen . «Mais de collaborer! Ensemble, on est plus forts!»

Une fédération bienvenue

L’Inclu, un «incubateur club», a vu le jour à la Chambre de commerce et s’est réuni deux fois, pour dégager deux problématiques aussi fortes que récurrentes: la simplification administrative (procédure, fiscalité, ressources humaines, accès aux financements) et l’acquisition de talents.

Et les deux têtes de la Host l’assurent: la création par Jérôme Grandidier et Luxfactory de la Fédération luxembourgeoise des start-up est une bonne chose. «Nous en sommes membres, ils sont membres de notre écosystème. Nous avons des problématiques complémentaires et d’autres identiques et cela nous donne plus de poids dans le rapport avec le politique», a précisé le directeur de la Chambre de commerce.

Au-delà du «remplissage», critère qui permet de mesurer le succès ou pas de l’endroit, Mme Schintgen a rappelé de son côté que ces entrepreneurs bénéficiaient aussi d’une couche de services, avec la Fund Raising Boutique, pilotée par Nicolas Valaize (deux levées de fonds pour Adapti.me et Salonkee et trois en cours), avec le LAB (un bootcamp pour start-up plus mûres qui a réuni 40 start-up pour son premier événement, en marge de l’ICT Spring) et le Check Point (où les entrepreneurs peuvent rencontrer des experts dans six domaines).

Les grandes entreprises sont elles aussi embarquées dans l’aventure au sein du Luxembourg Open Innovation Club géré par Émilie Bechet, où 35 entreprises et leurs équipes de recherche ou d’innovation peuvent exprimer leurs besoins ou leurs expériences en technologies. Un nouveau module, des call conferences, permet de répondre à des questions plus spécifiques et ponctuelles, le tout sous l’œil bienveillant des autres acteurs spécialisés (Luxinnovation, Technoport, Lux Future Lab, Paul Wurth Incub, Neobuild).

EU-Tribe, la tribu de la Grande Région

«En deux heures de temps – le temps qu’il faut pour traverser Paris quand ça ne roule pas –, je suis impressionnée de voir ce que nous pouvons trouver dans la Grande Région. Plus de 40 incubateurs, des universités, des centres de recherche et des start-up qui ont parfois quitté nos incubateurs sans que nous puissions les suivre et tirer parti de leur expérience», a dit la CEO de la Host.

EU-Tribe, déjà présentée à l’ICT Spring, est la naissance d’un écosystème à cheval sur quatre États européens et donc quatre marchés potentiels aux subtilités locales. L’idée est d’offrir des solutions de coworking sans frontières, mais aussi de pouvoir présenter le marché à des entrepreneurs qui ne sont pas forcément actifs sur ces nouveaux marchés.

«Nous voudrions en faire un porte-feuille de 1.500 start-up de la Grande Région avec des solutions technologiques, un ‘knowledge exchange’ (pour connecter les univers de recherche) et un ‘tech thinker’ (où chacun viendrait exprimer librement problèmes et solutions, compétences et profils recherchés)», a précisé Mme Schintgen, qui évoque un «espace de l’innovation entre Paris et Berlin», et 11 millions de consommateurs potentiels.

Un an après son lancement pour 500.000 euros de budget annuel par la Chambre de commerce, la Host et ses sept employés continuent de faciliter, de fédérer et d’être force de proposition, les trois «F» de Carlo Thelen. Et comme la maison des start-up ne peut pas pousser les murs, elle va forcément améliorer ses propositions de valeur. Au gouvernement de participer à rendre son paysage plus attractif.