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#EUROPÉENNES2019

Les nouveaux eurodéputés commentent leur victoire



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Tilly Metz (Déi Gréng) savoure le beau résultat de son parti et des Verts en Europe. (Photo: Nader Ghavami)

Les candidats choisis par les électeurs savourent encore un peu leur victoire et préparent déjà la prochaine législature, qui débutera le 2 juillet à Strasbourg.

Au lendemain de leur élection, les eurodéputés luxembourgeois se félicitent de leur victoire individuelle  tout en prenant acte d’un paysage politique européen en pleine mutation .

«Je suis très satisfait de mon score personnel, qui a plus que doublé par rapport à 2014», indique Christophe Hansen (CSV), 2e élu au Grand-Duché. «Ces quelques mois au Parlement européen (en remplacement de Viviane Reding , redevenue députée à Luxembourg, ndlr) m’ont servi à me faire un nom, puisque j’ai travaillé sur de grands dossiers comme le partenariat économique avec le Japon ou la directive Eau potable.»

Christophe Hansen relativise la dégringolade du CSV

L’eurodéputé en profite pour relativiser la dégringolade du CSV. «Il ne faut pas se référer à 2014, puisque nous avions deux sortants du Parlement européen et une sortante de la Commission,  M. Juncker  étant notre 7e candidat.» 16 points tout de même. «La campagne a été assez calme, peut-être en raison du deuil national et du fait que beaucoup ont voté par correspondance et n’ont pas participé au débat public.» De son côté, Isabel Wiseler-Lima se dit «très honorée» et mesure sa chance d’avoir été élue, elle qui s’était déjà présentée sur la liste chrétienne-sociale en 2014. «Je suis très contente, car c’est au niveau européen qu’il faut aborder les problèmes majeurs.»

«Je suis content, mais pas euphorique», décrit l’eurodéputé libéral Charles Goerens . «Le paysage politique est sérieusement secoué. Nous avons le bonheur de gagner un siège mais cela peut être remis en question», poursuit-il en référence à la perte de 16 points du CSV. «Mais j’avais redouté une progression encore plus forte de l’extrême droite.»

Pas de crainte d’un blocage du parlement

Nicolas Schmit (LSAP) se dit également «satisfait, mais pas euphorique», ayant pu conserver l’unique siège du LSAP, mais conscient de la confirmation du faible score socialiste réalisé en 2014 déjà.

Face à la percée des souverainistes et autres extrémistes de droite, les eurodéputés ne craignent pas un blocage du Parlement européen. «Le PiS de Pologne ne pourra jamais accepter une alliance avec Salvini (Ligue du Nord italienne, ndlr) qui demande une redistribution des réfugiés», souligne Christophe Hansen. Quant à Charles Goerens, il estime qu’il y a «peut-être une segmentation supplémentaire par rapport à la législature précédente, mais pas une atomisation. (…) Nous sommes habitués à travailler avec une majorité changeante.» 

Le DP a su parler aux Luxembourgeois.

Monica Semedo,  eurodéputée DP

Monica Semedo savoure aussi son élection. La soirée de dimanche, malgré le stress, est, selon elle, passée très vite. «C’était un grand plaisir de revoir toutes les personnes croisées lors des meetings, des réunions... La soirée est passée vite, grâce à eux. Mais il fallait tout de même du souffle jusqu’au moment où on a compris qu’on allait avoir ce second député. On peut dire qu’on a fait de notre mieux tout au long de la campagne et que nous avons été récompensés. Le DP a su parler aux Luxembourgeois», avoue-t-elle. Dans quelques semaines, c’est dans les dossiers qui relèvent du domaine social qu’elle aimerait s’investir.

Un domaine également brigué par Isabel Wiseler-Lima, déjà en charge de l’action sociale, des personnes âgées, du logement social, de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la politique d’intégration et de la jeunesse au sein de la Ville de Luxembourg dont elle est échevine depuis 2017. Un poste qu’elle va d’ailleurs céder «l’engagement nécessaire pour chacun des deux mandats les rend à mes yeux incompatibles», même si elle souhaite demeurer dans le conseil communal «pour garder la proximité avec les gens sur le terrain».

«J’ai fait campagne sur le combat contre la montée des nationalismes et des extrémismes et j’aimerais aussi travailler à ce niveau-là, prendre le taureau par les cornes et agir sur les conditions pour que l’État de droit soit respecté, si nécessaire à travers des sanctions», poursuit Mme Wiseler-Lima. «Notamment en faisant en sorte qu’on n’ait pas besoin de l’unanimité pour invoquer l’article 7» qui prévoit une suspension du droit de vote d’un État membre en cas de violation des valeurs européennes.

Tilly Metz fière du résultat de Déi Gréng

Les tractations ont d’ores et déjà commencé dans les groupes politiques européens afin de déterminer les coalitions à venir et la très attendue attribution des postes que sont la présidence du Parlement européen, celle de la Commission et celle du Conseil européen. 

Tilly Metz (Déi Gréng) sera d’ailleurs à Bruxelles dès demain, car c’est là-bas qu’aura lieu la première réunion des Verts afin d’attribuer les commissions aux différents élus. «Et comme il y a plus d’élus en Europe, il y aura plus de demandes», souligne-t-elle. Pour sa part, c’est vers l’agriculture, l’environnement et le marché intérieur que ses choix se portent. Reste à savoir si cela sera possible. 

Peu importe finalement, car «je suis surtout heureuse de notre beau résultat global, avec une belle progression. Il y a cinq ans, on nous disait qu’il allait être compliqué de garder notre député, et on a failli en avoir deux. Cela se joue à peu de choses.» Sans même parler des Verts en Europe, qui représenteront 18 députés de plus. «Il sera difficile de ne pas devoir compter avec nous», fait valoir Tilly Metz. Qui verrait bien une alliance entre son camp, le S&D, le Parti populaire européen (PPE) et l’ADLE.

Le futur Parlement devra aussi désigner le prochain président de la Commission. C’est officiellement le Conseil européen réunissant les chefs d’État ou de gouvernement qui doit se pencher, dès ce mardi, sur la proposition d’un nom pour la présidence de la Commission. Mais la partie ne sera pas jouée à l’avance, comme à l’époque où le PPE écrasait les autres formations.

«Rien n’est encore décidé, car la logique du ‘Spitzenkandidat’ n’est plus acceptée par une masse critique de représentants des États membres», souligne M. Goerens. «Je ne vois pas pourquoi ce serait toujours le même parti s’il n’atteint plus 30% des sièges. C’est le Parlement européen dans sa majorité qui décidera du successeur de M. Juncker

Charles Goerens soutient Vestager

Si les deux eurodéputés CSV défendent Manfred Weber, le poulain d’Angela Merkel et du PPE, «car il représente le groupe comptant le plus d’eurodéputés», Charles Goerens veut croire dans les chances de Margrethe Vestager, «qui a l’étoffe pour devenir une bonne présidente. Elle a fait trembler les grands de ce monde» à la DG Concurrence, rappelle-t-il. Une expérience d’autant plus précieuse que la Commission devrait s’atteler à «réajuster la fiscalité».

M. Schmit milite évidemment pour Frans Timmermans, le candidat socialiste, mettant en exergue sa gestion en tant que vice-président de la Commission de dossiers «compliqués en matière de respect des droits». 

«J’ai l’espoir que l’on pourra s’entendre rapidement sur un nom», poursuit M. Schmit. «Il serait négatif pour l’Europe d’entrer dans une phase de longues tractations politiciennes qui terniraient son image. Il faut vite s’entendre sur le nom d’une personne pouvant faire consensus et pour que la Commission puisse commencer ses travaux à la date prévue début novembre.»

Nicolas Schmit intéressé par l’emploi et les affaires sociales

Une Commission qui devrait le compter parmi ses membres, puisque le LSAP a obtenu le poste luxembourgeois à Bruxelles lors des négociations de coalition. «Tout le monde sait que j’ai un profil plutôt pour le poste de commissaire chargé de l’emploi et des affaires sociales – et beaucoup, au sein du groupe socialiste et des syndicats, aimeraient me voir à ce poste, mais j’ai malgré tout un profil plus large», avance prudemment Nicolas Schmit, déjà promis à la Commission en 2014 et évincé par l’arrivée de Jean-Claude Juncker à la tête de l’institution.