PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Sergey Pchelintsev, East-West United Bank

«Nous sommes une banque luxembourgeoise»



265949.jpg

Le CEO d’East-West United Bank, Sergey Pchelintsev, fait le point pour les 45 ans de la banque. (Photo: Eric Devillet)

Ce 15 septembre, East-West United Bank (EWUB) fête ses 45 années de présence au Luxembourg. Implantée par le gouvernement soviétique en 1974, elle appartient désormais au conglomérat russe Sistema. Sergey Pchelintsev, son CEO, fait le point sur son positionnement et ses ambitions au Luxembourg.

EWUB est une banque russe, mais dont le seul bureau est à Luxembourg. Comment expliquez-vous cette particularité?

Sergey Pchelintsev . – «Je dois vous corriger quelque peu. Nous sommes une banque luxembourgeoise dont les actionnaires sont russes. Nous avons une licence luxembourgeoise, nous sommes contrôlés par la CSSF. Nous avons effectivement des actionnaires russes, ce qui nous donne cette connotation. Mais cela ne définit pas notre modèle d’affaires.

Celui-ci est basé sur le fait que nous sommes une banque européenne positionnée au cœur de l’Europe. Et le Luxembourg est la meilleure localisation par rapport à ce business model. Nous n’avons en effet pas besoin d’autres filiales ou succursales. C’est sans doute un modèle du futur, la technologie permet désormais de s’en passer. En plus, cela nous évite des coûts importants et nous permet d’être plus efficients.

Si on revient aux origines de la banque, il y a 45 ans, pourquoi l’État soviétique a-t-il pris la décision d’ouvrir une banque au Luxembourg?

«J’avais quatre ans à l’époque, c’est donc difficile pour moi de connaître les vraies raisons [rires]. Mais de ce que je sais, le début des années 1970 correspond au début de l’exploration gazière en Sibérie. L’Union soviétique a donc développé un vaste projet de gazoduc vers l’Europe et avait besoin de technologie de pointe pour le mener à bien. Le Luxembourg étant, à l’époque, au cœur de l’industrie métallurgique, je suppose que cette position a joué pour l’installation d’une banque soviétique ici. C’est en tout cas ma vision des choses.

Chaque société qui est en contact avec la Russie ou avec des pays qui auparavant dépendaient de l’Union soviétique trouvera des services adaptés chez nous.
Sergey Pchelintsev

Sergey Pchelintsev,  CEO,  East-West United Bank

Aujourd’hui, peut-on dire, comme pour les banques chinoises, que vous êtes là avant tout pour faire le pont entre la clientèle russe et l’Union européenne?

«Ce n’est pas tout à fait la même chose. Nous offrons aussi des services aux entreprises, mais pas spécialement aux sociétés russes. Je parlerais plutôt de sociétés qui pourraient être en relations d’affaires avec la Russie. Chaque société qui est en contact avec la Russie ou avec des pays qui auparavant dépendaient de l’Union soviétique trouvera des services adaptés chez nous. Nous connaissons bien cet environnement, nous avons les connexions nécessaires et nous comprenons la stratégie des sociétés de ces pays mieux que n’importe qui.

Vos clients sont donc en lien avec la Russie?

«Pour la plupart, oui. Mais nous travaillons aussi avec des sociétés qui travaillent principalement en Europe, au Luxembourg ou au Royaume-Uni. On observe d’ailleurs que les sociétés britanniques sont de plus en plus intéressées par l’ouverture de comptes au Luxembourg. Notre force est de pouvoir offrir des services plus souples et notre management se montre très disponible par rapport aux clients. Tout cela nous permet de diversifier notre portefeuille de clientèle au-delà des relations avec les pays de l’ancienne Union soviétique.

En banque privée, nous servons généralement des clients dont le patrimoine est estimé entre 500.000 et 5 millions d’euros.
Sergey Pchelintsev

Sergey Pchelintsev,  CEO,  East-West United Bank

Comment décririez-vous vos clients?

«D’un côté, nous servons des sociétés de taille moyenne spécialisées dans l’investissement ou l’exportation. Elles viennent chez nous parce que nous leur offrons plus d’attention que ce qu’elles auraient reçu dans de plus grands établissements. La plupart ont en tout cas des activités transfrontalières.

En banque privée, nous servons généralement des clients dont le patrimoine est estimé entre 500.000 et 5 millions d’euros. Ce sont des gens qui souhaitent traiter avec une banque bien capitalisée, réglementée et dans un pays dont la juridiction est stable. Nous leur offrons un climat de confiance et c’est ce qu’ils recherchent avant tout.

Vous avez lancé une plate-forme en ligne en 2017. Il s’agit d’une évolution importante pour votre activité?

«Effectivement, nous avons lancé East-West Direkt, un nouveau produit basé sur internet. Cela permet à nos clients d’ouvrir des comptes et de faire des dépôts à distance. C’est stratégique pour différentes raisons. La première est que cela nous permet de bien diversifier les sources des dépôts au niveau européen.

Mais c’est aussi une belle opportunité de tester certaines technologies et de préparer le futur de la banque, qui sera de plus en plus basé sur des technologies innovantes. Cette plate-forme représente un test par rapport à un canal de distribution totalement digital. À l’avenir, nous pourrons proposer de nouvelles lignes de produits à partir de ce canal qui vont bien plus loin que les simples dépôts.

Les gens sont ouverts à faire du business avec nous et nous voulons nous montrer positifs par rapport à cette attitude.
Sergey Pchelintsev

Sergey Pchelintsev,  CEO,  East-West United Bank

Cette plate-forme concerne en priorité les clients luxembourgeois et allemands...?

«Oui, effectivement. Pour une banque de notre taille, c’est un marché suffisant.

Les Européens craignent toujours la Russie. Est-ce un problème pour vos activités?

«C’est évidemment compliqué pour moi de juger à quel point les Européens ont peur de la Russie, mais mon expérience personnelle me fait dire que ce n’est pas le cas. Encore moins au Luxembourg. C’est un pays qui a la réputation d’être ouvert aux citoyens d’autres pays et, en tant que citoyen russe, je me sens très bien accepté dans le pays.

Donc, non, je ne vois aucun problème à ce niveau. Les gens sont ouverts à faire du business avec nous et nous voulons nous montrer positifs par rapport à cette attitude. Dans le monde des affaires, nous sommes reconnus comme une banque européenne.

Nous voulons rester orientés vers la clientèle extérieure.
Sergey Pchelintsev

Sergey Pchelintsev,  CEO,  East-West United Bank

Où voulez-vous voir votre East-West United Bank dans cinq ans, pour ses 50 ans?

«Dans un monde aussi dynamique, un horizon de cinq ans, c’est très éloigné. Notre ambition est de doubler la taille de notre bilan et de quadrupler nos actifs sous gestion. Le bilan devrait donc atteindre 1,5 milliard d’euros et les actifs devraient se situer entre 2 milliards et 2,5 milliards. Ce sont des objectifs qui nous semblent tout à fait accessibles. Nous espérons aussi pouvoir développer notre gamme de produits et être nettement plus loin dans le processus de digitalisation.

Vous faites partie du holding russe diversifié Sistema. Vous jouez le rôle de banque pour les autres entreprises du groupe?

«Nous ne voulons pas être la banque qui sert les autres sociétés du groupe. Nous voulons rester orientés vers la clientèle extérieure. C’est également le choix de notre actionnaire. En tant qu’investisseur en private equity, il veut avant tout voir la valeur des différentes sociétés croître, et cela vaut pour nous également.»