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«Nous prêtons depuis toujours de manière responsable»



Yves Biewer soutient la décision de la CSSF concernant les crédits hypothécaires. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Yves Biewer soutient la décision de la CSSF concernant les crédits hypothécaires. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Après une année 2020 stressante, les banques se préparent à une nouvelle année, pleine de défis. Nouveau président du comité de direction de la Banque Raiffeisen, Yves Biewer fait le point sur les enjeux.

Quel est votre avis sur les nouvelles limitations en matière de crédit hypothécaire qui devraient entrer en application ce 1er janvier?

Yves Biewer. – «Nous trouvons toutes ces limitations relativement raisonnables. Je pense qu’il ne faut pas oublier que ces mesures sont décrétées au début de l’année prochaine par le régulateur pour éviter le surendettement des clients. Je dois dire que la Banque Raiffeisen n’a pas attendu ces règles. Nous prêtons depuis toujours de manière responsable.

Quelle est votre politique en matière d’octroi de prêts hypothécaires?

«Le premier critère que l’on regarde lorsque l’on fait l’analyse d’un dossier de crédit, c’est la capacité de remboursement du client. Un apport de fonds propres est toujours plus que souhaité. Je voudrais aussi dire que la majorité des banques qui octroient des prêts au Luxembourg dans le domaine immobilier le font d’une manière responsable. C’est quelque chose que j’apprécie.

Le Covid a impacté les revenus de nombreuses personnes et notamment des indépendants. Constatez-vous des tensions en matière de remboursements?

«Très clairement. J’observe une véritable insécurité dans certains domaines d’activité. Une chose importante, selon moi, est que nous accompagnons et suivons nos clients de manière très rapprochée. Nous faisons cela depuis toujours. Nous voulons être le partenaire de nos clients. Si on connaît bien son client et qu’on le suit de très près, il y a moyen d’éviter certaines situations difficiles, qui peuvent s’anticiper. C’est un peu comme dans un couple. Dans un partenariat, il y a une confiance mutuelle, mais il y a aussi des moments où il faut se regarder dans les yeux et définir les limites.

Quelles réponses apportez-vous aux clients qui viennent vous voir?

«Je dois dire que le gros de la clientèle à un comportement raisonnable. Vous avez toujours des exceptions, des gens qui se laissent tenter par la surconsommation et qui risquent de se retrouver dans une situation proche du surendettement.

Un client surendetté pose à terme des problèmes à lui-même, mais aussi aux banques. Lorsque des clients viennent nous voir, dans la mesure où les demandes sont raisonnables, nous les aidons, bien évidemment. Mais nous ne pouvons pas aider tout le monde. Certains clients étaient déjà en difficulté avant la crise et celle-ci a amplifié les difficultés.

Comment voyez-vous évoluer le paysage bancaire retail ces prochaines années?

«C’est une question qui m’est souvent posée. Il y aura une évolution dans ce domaine, très clairement. Il suffit de citer la digitalisation, qui va prendre de l’ampleur. Elle joue, déjà aujourd’hui, un rôle relativement important au niveau de la manière dont les clients accèdent aux services des banques. Et il faut aussi tenir compte du volet de la gestion des processus, qui se fait en coulisses de façon digitale.

Cela aura-t-il fatalement un impact sur les réseaux d’agences?

«Il faut s’attendre à une consolidation au niveau des réseaux d’agences des différentes banques retail. Il suffit de regarder ce qui se passe dans les pays qui nous entourent. Personnellement, je ne pense pas que les agences physiques vont disparaître totalement. Le contact humain, dans certains moments-clés, est, à mon avis, important pour beaucoup de clients. Maintenant émerge une clientèle qui aura moins besoin de ce contact physique.

Pour les jeunes, le smartphone est l’accès à leur banque, pour ne pas dire leur banque.

Craignez-vous l’émergence et la concurrence de nouveaux acteurs non bancaires?

«De nouveaux acteurs sont déjà sur la Place et concurrencent les banques. Je pense à certaines fintech dans le domaine des paiements, mais aussi aux entreprises de la grande distribution qui offrent des crédits à leurs clients. Enfin, il y a bien sûr les Gafa, qui ont une grande emprise sur leur clientèle. Ils peuvent s’attaquer à un marché comme le Luxembourg. Ce sont des acteurs qu’il faudra prendre très au sérieux.

Comment pouvez-vous résister à de tels acteurs globaux?

«Par le contact humain. Il restera important pour une banque comme la nôtre. Nous continuons à miser sur ce contact humain.»

Cet article a été rédigé pour l’édition datée de  janvier  qui est parue le 17 décembre 2020.

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