POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Xavier BETTEL au CONSEIL EUROPÉEN

«Nous n’allons pas choisir M. ou Mme Europe aujourd’hui»



Lors d’une réunion en marge du sommet, le Premier ministre, Xavier Bettel, comme ses pairs libéraux, a apporté son soutien à la candidature de la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager. (Photo: SIP)

Lors d’une réunion en marge du sommet, le Premier ministre, Xavier Bettel, comme ses pairs libéraux, a apporté son soutien à la candidature de la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager. (Photo: SIP)

Les chefs d’État et de gouvernement réunis mardi soir à Bruxelles ont posé les bases de la négociation qui doit mener à la désignation du président de la Commission européenne. Weber, Vestager, Barnier, Timmermans: chacun son candidat et ses raisons.

Manfred Weber est le «Spitzenkandidat» des conservateurs. Les conservateurs comptent le plus de députés européens dans l’hémicycle. Leur chef de file devrait donc devenir le président de la future Commission européenne.

Sans jamais le nommer dans son propos préliminaire, mardi soir, vers 22h30, à l’issue du conseil informel des chefs d’État et de gouvernement, la chancelière allemande, Angela Merkel, rappelle une position de principe, comme le fera le président italien du Parlement européen, également conservateur, Antonio Tajani, juste après.

Mais Mme Merkel a trop d’expérience de ces parties de poker européennes qui se terminent au bout de la nuit par un compromis négocié d’arrache-pied pour ne pas laisser ouvertes d’autres portes à la négociation qui s’entame.

Macron prend ses distances avec les Spitzenkandidaten

D’autant que le président français, Emmanuel Macron, a officiellement pris la problématique par l’autre bout, avant même que le conseil ne commence. Il faut, dit-il à sa descente de voiture, que les candidats «incarnent» les ambitions européennes, «qu’ils aient l’expérience pour le faire, puisque ce sont des responsabilités éminentes au niveau européen qui supposent d’avoir des expériences soit dans son pays, soit déjà en Europe».

Pas le Bavarois Manfred Weber, qui n’a jamais été ni ministre dans son pays, ni commissaire européen. Celui-ci avait montré sa bonne volonté dans la journée, en se disant prêt à des compromis. Il pourrait difficilement faire autrement, puisque, si le groupe conservateur reste le premier groupe du Parlement européen qui se réunira le 3 juillet, il devrait trouver un accord avec deux autres groupes, et non plus un seul, comme après les élections européennes précédentes.

Le président français nomme trois autres candidats potentiels dans la foulée, la commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager, le négociateur en chef pour le Brexit, Michel Barnier, et l’ancien diplomate néerlandais Frans Timmermans (S&D).

Dans l’après-midi, la conférence des présidents de groupe du Parlement européen avait appelé à respecter le principe des Spitzenkandidaten, et donc à s’en tenir à ceux qui s’étaient déclarés candidats avant les élections européennes du week-end dernier.

Les libéraux européens ont apporté leur soutien prudent à la Danoise Margrethe Vestager, dont le Premier ministre, Xavier Bettel , a salué la «compétence». La commissaire à la Concurrence a jugé que la situation restait «opaque et délicate» et rappelé qu’elle estimait que le poste devait revenir à une femme.

Un mois de négociations

S’ils veulent éviter d’affaiblir l’Union européenne, les chefs d’État et de gouvernement devront s’entendre d’ici le sommet européen du 20 juin.

Et le choix du président de la Commission européenne est un subtil équilibre à trouver entre les groupes politiques, mais aussi entre les «petits» pays européens et les «grandes nations» dans un contexte de partage de quelques hautes fonctions, comme celle du Conseil européen, celle de la Banque centrale européenne et le poste de «ministre européen des Affaires étrangères».

«Nous n’allons pas choisir M. ou Mme Europe aujourd’hui», a dit le Premier ministre, Xavier Bettel. Ce week-end, le chef de gouvernement avait admis à nos confrères de RTL.lu que le président français lui avait proposé le poste de président du Conseil européen, aujourd’hui occupé par le Polonais Donald Tusk.

«J’ai dit à mes collègues que j’étais très honoré de la confiance qu’ils m’accordaient, mais que je n’étais pas candidat pour ces postes.»

De son côté, non sans humour, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker , avait déclaré avant le conseil informel de jeudi soir: «La dernière fois, le Spitzenkandidat est devenu président de la Commission européenne. Cela devrait se passer aussi cette fois-ci.»