POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Catherine Poncin, médecin urgentiste

«Nous avons revu nos protocoles d’accueil»



Catherine Poncin: «Il y a eu de grosses modifications par rapport au travail de tous les jours, c’est clair. Mais même s’il y avait une forme d’urgence, le service s’est parfaitement adapté.» (Photo: Maison Moderne)

Catherine Poncin: «Il y a eu de grosses modifications par rapport au travail de tous les jours, c’est clair. Mais même s’il y avait une forme d’urgence, le service s’est parfaitement adapté.» (Photo: Maison Moderne)

Les services d’urgence hospitaliers se sont réadaptés pour faire face à l’épidémie. Sans stress ni anxiété pour l’instant, mais avec, pour leitmotiv, de ne pas s’exposer au virus.

Le Covid-19 a fortement bouleversé le fonctionnement des hôpitaux du Luxembourg, et notamment le quotidien des services d’urgence. Face à cette situation inédite, le personnel du service des urgences pédiatriques de la Kannerklinik de Luxembourg-ville a dû faire preuve de réactivité et de flexibilité. «Les premières adaptations étaient en lien avec le flux des patients et la manière de les orienter, selon qu’ils présentent ou non un risque d’être atteints du virus. Habituellement, le tri se fait selon l’échelle canadienne, qui va de 1, pour les cas les plus graves, à 5, pour ce qui est non urgent. Ce protocole a dû être revu», explique le docteur Catherine Poncin, médecin urgentiste.

Très vite, des consignes ont aussi dû être données à tous pour l’habillage avant une consultation, et le déshabillage après. «Il y a eu de grosses modifications par rapport au travail de tous les jours, c’est clair. Mais même s’il y avait une forme d’urgence, le service s’est parfaitement adapté.» Il a aussi été nécessaire de réfléchir à l’usage des locaux: quelle mission pour quel local dans le cadre de cette épidémie et de la venue possible de patients infectés? Sans oublier de nouvelles règles qui ont parfois surpris ceux qui s’adressaient au service. «Désormais, un seul parent peut accompagner un enfant», donne comme exemple Catherine Poncin.

L’enjeu était de faire face à la propagation du Covid-19 tout en assurant la prise en charge des patients habituels. «Le contexte fait que, désormais, les gens ne viennent aux urgences… que si cela est vraiment urgent. Auparavant, nous devions assumer différentes petites pathologies, à réorienter car sans gravité. Ce n’est plus le cas», poursuit Catherine Poncin. Qui souligne même que, «du coup, le service se concentre sur ce pour quoi il est là: les urgences. La réalité est plus ‘normale’ maintenant qu’avant.»  Par exemple, en janvier et février derniers, les équipes des urgences de la Kannerklinik ont géré une épidémie de grippe et de RSV. «Nous étions à flux tendu et avions même du mal à trouver de la place pour les patients. C’est moins difficile ici, avec le Covid-19.»

La mobilisation de l’hôpital n’a été ni stressante, ni anxiogène.

Catherine Poncin,  Médecin urgentiste,  Kannerklinik de Luxembourg-ville

Une plateforme d’e-learning

Face à un phénomène en évolution constante, les équipes prennent aussi du temps pour se renseigner et enrichir leurs informations. «En tant que médecin, on se renseigne beaucoup, en effet. Les premiers rapports des pédiatres de Wuhan commencent d’ailleurs à être disponibles. C’est précieux.» Les infirmiers et infirmières, de leur côté, se tiennent prêts, si cette nécessité survenait, à aller renforcer les équipes d’autres services. «L’hôpital a, pour cela, mis en place une plate-forme d’e-learning. On sait que des services pourraient être réunis, un recensement de tous les moyens a été effectué. La mobilisation de l’hôpital n’a été ni stressante, ni anxiogène, et c’est important. On reçoit aussi beaucoup de reconnaissance de la part de la direction, cela fait plaisir.»

Catherine Poncin rappelle enfin que, «si on se sent malade, il ne faut pas paniquer, et appeler son médecin traitant ou la hotline mise en place». Mais ne pas se précipiter à l’hôpital, où le personnel qui est en première ligne est aussi très exposé à la contamination. «Pas seulement les médecins ou les infirmiers, mais tout le personnel.» Si l’entraide est nécessaire, la solidarité l’est tout autant. Le personnel de soins est évidemment prêt à se mobiliser encore plus. Charge à chacun de ne pas l’exposer inutilement au virus. Car, rappelle le docteur Poncin, «pour des soignants, le risque d’être infecté est très important».