PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Économie

Yves Mersch inquiet pour le Luxembourg



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Yves Mersch (gouverneur de la BCL) juge « préoccupante » l’évolution de la production industrielle. (Photo : Luc Deflorenne/archives)

Dans le bulletin trimestriel de la Banque centrale du Luxembourg, son gouverneur indique que le pays n’échappera pas à la décélération économique alors que l’inflation progresse dangereusement.

« Le Luxembourg n’est nullement épargné par la décélération économique. » Tels sont les mots du gouverneur de la Banque centrale du Luxembourg, Yves Mersch, dans l’éditorial du premier bulletin de l’année publié par ladite institution ce jeudi.

En 2011, la croissance dans la zone euro, estimée à 1,5 % par la Banque centrale européenne n’est qu’un feu de paille. Elle fut principalement générée au cours d’un premier semestre teinté d’espoir. Au cours de la deuxième partie de l’exercice précédent, les agrégats économiques sont revenus au rouge. Et la BCE n’envisage pas d’amélioration. Elle prévoit une légère récession pour 2012 avec -0,1 % de croissance du PIB.

Le Luxembourg est évidemment concerné. Yves Mersch, qui se base sur des indicateurs de moyen terme, relève que le PIB luxembourgeois a reculé de 2 % entre 2007 et 2010. Entre le troisième trimestre 2008 et fin 2011, la production industrielle s’est repliée de 18,6 %... alors que celle de la zone euro n’a perdu que 7,5 %.

Il prend également en exemple les évolutions de la place financière : les résultats nets des banques ont baissé de plus de 30 % en 2011, la valeur nette d’inventaire des fonds, de 5 %.

La dégradation de la situation conjoncturelle s’est évidemment accompagnée d’une détérioration du marché l’emploi. Le chômage s’établit à 5,9 % à la fin janvier. En conséquence, l’indicateur de confiance des ménages luxembourgeois a subi un net repli en février (-6 sur l’indice).

Pour une règle d’or à la luxembourgeoise

Et Yves Mersch s’inquiète d’autant plus du durcissement de la crise que l’inflation a continué, elle, de grimper au Grand-Duché. Elle aurait plutôt tendance à chuter en période trouble, mais elle a affiché un taux de 2,7 % en 2011. « Depuis plus de deux ans, notre taux d’inflation est constamment plus élevé que dans la zone euro et dans les pays limitrophes », écrit-il. La tendance nuit donc à la compétitivité et aux exportations de biens, selon l’intéressé.

Le gouverneur de la Banque centrale invite donc à une prise de conscience collective. « Les autorités n’ont pas encore pris la pleine mesure de la dégradation de la situation, » signale-t-il en référence notamment au projet de loi de réforme des pensions basé sur des hypothèses de taux de croissance surévaluées, selon lui. Il enjoint donc le gouvernement à voter une règle d’or budgétaire « à la luxembourgeoise » qui permettrait de se conformer aux nouvelles règles européennes « d’une manière pleinement compatible avec les spécificités du pays ».