ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Semi-retraite

Wurth: «Je ne quitte pas la vie active»



Michel Wurth: «J’aurai davantage de temps pour me consacrer à mes mandats de président de la Chambre de commerce et de l’UEL.» (Photo: Luc Deflorenne)

Michel Wurth: «J’aurai davantage de temps pour me consacrer à mes mandats de président de la Chambre de commerce et de l’UEL.» (Photo: Luc Deflorenne)

Ce mercredi, le dirigeant luxembourgeois, tout juste âgé de 60 ans, a pris sa retraite en tant que membre du comité exécutif d’ArcelorMittal, après 35 années d’activité au sein du groupe, dont 18 ans en tant que membre du comité de direction. Mais il ne disparaît pas pour autant de la scène économique luxembourgeoise. Bien au contraire.

Monsieur Wurth, vous étiez le dernier représentant luxembourgeois dans le comité de direction du groupe. Est-ce que ça veut dire qu'avec votre départ, ArcelorMittal perd définitivement le peu d’identité luxembourgeoise qui lui restait? 

«Si je raisonnais en tant qu’historien, sans doute je considérerais qu’il s’agit d’une rupture sur un plan historique. Mais la réflexion doit être tout autre. C’est une évolution normale. L’internationalisation du groupe a toujours été indispensable pour son développement. Cela s’est fait par étapes, avec les acquisitions d'usines en Allemagne, puis les grandes alliances avec Aceralia et Usinor et enfin la fusion avec Mittal Steel.

Mais ce qui s’est passé pour l’Arbed, devenue ArcelorMittal, s’est passé pour l’économie luxembourgeoise en général. Aujourd’hui, 80% de ceux qui travaillent dans l’économie privée ne sont pas luxembourgeois.

Oui, ArcelorMittal n’est plus une société luxembourgeoise au sens sociologique du terme, mais elle n’en est pas moins une société internationale avec son siège au Luxembourg et dont le Luxembourg profite de manière tout à fait valable.

Il n’est évidemment pas impossible qu’il y ait un autre dirigeant luxembourgeois au comité de direction dans le futur. Mais il devra se battre de la même façon que n’importe quel autre dirigeant venant de n’importe quel autre pays pour accéder à ce poste. D’où l’intérêt, aussi, dans chacun des pays où ArcelorMittal a une forte implantation, d’avoir un représentant local pour travailler en relation avec le groupe. Ce sera désormais le cadre de ma mission.

Vous êtes entré à ce qui s’appelait encore l’Arbed en 1979. Aviez-vous un plan de carrière déjà défini?

«À l’époque, l’Arbed produisait 10 millions de tonnes d’acier sur un total mondial de 600-700 millions de tonnes. Penser que j’allais être dans le comité de direction d’un groupe qui ferait 100 millions de tonnes sur un total mondial de 1,5 milliard de tonnes était évidemment inimaginable.

La sidérurgie luxembourgeoise traversait une grave crise à l’époque et elle a su mener sa reconversion dans des filières intégrées et la filière électrique. Le secteur représentait 25.000 emplois lorsque j’ai commencé. Il n’en reste plus que 5.000, mais la transition s’est faite sans aucun licenciement pour raison économique.

Vu du côté des syndicats, cette évolution n’est guère appréciée avec la même valeur…

«Il est toujours difficile d’argumenter sur des critères économiques lorsque le débat glisse sur le terrain politique. Nous savons que les méchants, c’est nous. En 1982, lors de la désindexation de l’économie avec la dévaluation du franc belge, toute la cause des malheurs du pays a été mise sur le dos de la sidérurgie. Oui, bien sûr, l’État a sauvé la sidérurgie. Mais quand on fait le bilan de sa participation et de la plus-value générée lors de la fusion de 2006, on constate que toute cette aventure a été une plutôt bonne affaire financière pour l’État.

Il faut bien voir que la production d’un produit fini prenait 9h30 lorsque je suis arrivé à l’Arbed. Il ne faut plus qu’une heure aujourd’hui. Il faut s’adapter à cette évidence, sinon on meurt. Notre modèle luxembourgeois a doublement réussi: non seulement nous ne sommes pas morts, mais nous restons le siège du premier groupe sidérurgique mondial. Et si nous avons pu le faire sans le moindre licenciement économique, c’est à la fois par la qualité du dialogue social, car personne n’a voulu jouer la politique du pire, et aussi parce que l’entreprise a toujours su démontrer que pour survivre, il fallait être compétitif. Cela restera toujours un facteur clé si le Luxembourg veut encore se prévaloir de son modèle économique à l’avenir.

Comment vivez-vous cet instant de fin de carrière professionnelle?

«Je le vis très bien dans la mesure où cela se prépare depuis longtemps. Il y a deux ans, j’avais fait part à Monsieur Mittal de mon intention de réfléchir et il y a un an, j’ai pris ma décision. Mon souci était de réussir mon départ de la vie exécutive, mais pas de la vie active. Dans les faits, je vais encore travailler jusqu’au 2 mai dans le cadre d’une importante réunion de la direction générale à Londres.

Ensuite, comme je suis le président du conseil d’administration d’ArcelorMittal Luxembourg, je continuerai, à ce titre, de m’occuper des relations entre le groupe et le Luxembourg. Je devrais, par ailleurs, être nommé administrateur d’ArcelorMittal lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires, le 8 mai. Je ne resterai donc pas inactif.

Je garde, aussi, mes autres mandats dans l’économie luxembourgeoise (président de la Chambre de commerce et de l’Union des entreprises luxembourgeoises, notamment, ndlr) et le fait d’être désormais libéré de mes obligations exécutives fait que je vais avoir davantage de temps pour me consacrer à ces responsabilités qui sont très importantes. J’aurai aussi, évidemment, davantage de temps pour ma famille et pour les loisirs.»