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Méfiance

Vote électronique, qui s’y risque en Europe?



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Selon le Premier ministre Xavier Bettel, sans vote électronique, «la surface d’exposition à des cyberattaques se trouve fortement réduite.» (Illustration: Jeler)

À l’heure des smartphones et du haut débit, les bulletins papier restent encore souvent de mise lors des élections. En cause, les risques de cyberpiratage facilités par la non-sécurisation des machines à voter.

Le vote électronique est à prendre avec des pincettes. Qui en Europe a aujourd’hui la volonté de le mettre en place?

L’expérience américaine a de quoi faire froid dans le dos lorsque l’on sait que les services secrets US ont la quasi-certitude que les machines à voter ont été approchées par des hackers pour le compte de la Russie en 2016. À tel point que peu de temps avant l’élection de Donald Trump, les États-Unis ont mis en garde les dirigeants russes contre toute action de ce type qui entraînerait une riposte directe (1).

À l’approche des élections européennes de mai prochain, peu de pays ont la volonté de rééditer cette pratique. Au Luxembourg, le Premier ministre Xavier Bettel est formel, sans vote électronique, «la surface d’exposition à des cyberattaques se trouve fortement réduite».

Les urnes numériques ne font pas l’unanimité

En France, les machines à voter sont autorisées depuis 1969 et utilisées lors des élections locales et régionales dans certains bureaux de vote. Les Pays-Bas, pourtant à la pointe sur le sujet dans les années 2000 avec un taux de vote informatisé supérieur à 90%, ont décidé de jeter l’éponge en 2008.

En cause, les failles de sécurité des machines de marque Nedap largement employées sur le territoire, mais aussi en France et en Irlande. Ce dernier pays les a mis au rebut en 2012 après la publication d’un rapport réalisé par une commission indépendante et indiquant que leur système de sécurité pouvait être facilement contourné pour modifier le comptage des voix. De son côté, le Royaume-Uni n’a jamais mis en place le vote électronique pour les mêmes raisons.

L’Estonie a adopté le vote par smartphone

Si les machines à voter trouvent grâce auprès de certains pays de l’Union européenne, il s’agit simplement d’urnes électroniques dont les résultats sont recueillis au sein des bureaux de vote. Le fait que ces ordinateurs ne soient pas connectés à un serveur central limite grandement les risques de piratage.

Avec la révolution numérique, l’idée d’une forme décentralisée de vote électronique fait son chemin. Il ne s’agirait plus de participer aux scrutins en se rendant dans un bureau de vote pour appuyer sur l’écran d’une urne numérique, mais bel et bien d’exprimer son choix depuis son ordinateur ou son smartphone.

Résolument engagée dans un processus de numérisation des services publics, l’Estonie a mis en place ce système depuis 2005. Les habitants du pays peuvent voter avec leur smartphone en toute sécurité. Le dispositif s’appuie sur l’utilisation d’une carte d’identité à puce doublée d’un lecteur de carte connecté à un ordinateur.

Deux codes secrets sécurisent le vote, le premier servant à identifier le citoyen, le second à signer électroniquement. La sécurité constitue le dernier frein au déploiement du vote connecté à l’échelle des scrutins nationaux (le mode est en revanche employé dans le cadre de référendums locaux ou de consultations professionnelles ou en entreprise).

Pour se protéger des conséquences d’une cyberattaque, l’État balte a ouvert une ambassade numérique sur le sol luxembourgeois. Ainsi, l’Estonie dispose d’une copie de ses données numériques sur des serveurs situés en dehors de son territoire national. Une mesure parmi d’autres, destinée à assurer la conformité des scrutins et à rassurer les citoyens.

(1) «Cyber, la guerre permanente» par Jean-Louis Gergorin et Léo Isaac-Dognin aux éditions du Cerf (2018).