POLITIQUE & INSTITUTIONS

Réforme au sein de l’Ana

Vers une externalisation de l’approche du Findel



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La mise en place du ciel unique européen nécessitera l’externalisation de certains services aériens. (Photo: Licence CC)

Face à la hausse du trafic et la nécessité de répondre à de nouvelles normes européennes, le MDDI et la direction de l’Administration de la navigation aérienne (Ana) plaident pour le recours à une solution externe. Ce que plusieurs voix dénoncent.

L’avenir du Findel et sa nécessaire réorganisation en lien direct avec sa croissance étaient au cœur de la réunion de la commission du développement durable, ce jeudi. Technique, la réunion visait à détailler le projet de mise en place de synergies de ressources dans le cadre du projet de ciel unique européen. Destinée à mettre en place des règles communes de gestion du trafic aérien au sein de l’UE, la mesure ne sera pas sans effet au Grand-Duché puisqu'elle nécessite à la fois une nouvelle certification de la partie aérodrome du Findel et l’externalisation de certains services aériens.

Selon les plans dévoilés jeudi par François Bausch (Déi Gréng), ministre du Développement durable et des Infrastructures, la première partie de la réforme sera confiée à l’Ana, qui changera de nom pour l’occasion pour devenir l’Administration de l’aérodrome et de la navigation aérienne. La seconde devrait être confiée aux aiguilleurs allemands de la DFS, qui se verraient confier la gestion des opérations d’approche du Findel. En totalité ou en partie, les discussions n’ayant pas encore permis d’aboutir à une conclusion définitive à l’heure actuelle. Le directeur de la société, propriété à 100% de l’État allemand, doit d’ailleurs être entendu au cours du mois de juillet par les députés. Belgocontrol, également officiellement sur les rangs pour cette reprise d’activité, serait pour sa part hors jeu, selon plusieurs acteurs du dossier.

Une économie de 40 millions d’euros sur 10 ans.

John Santurbano, directeur de l'Ana

«La synergie est la condition sine qua non permettant d’assurer le développement futur du Findel», assure François Bausch, qui précise que son but «est non seulement d’améliorer la sécurité de l’aéroport pour le mettre au niveau des standards mondiaux, mais aussi de veiller à ce que nous bénéficiions des personnels avec les qualifications nécessaires.» Car selon les données présentées jeudi, l’Ana souffre également d’un déficit d’agents capables de mener à bien le contrôle aérien pour un aéroport qui doit dépasser très bientôt le cap des 3 millions de passagers. «Au cours des six dernières années, nous avons réussi à former et recruter trois contrôleurs aériens alors que nos besoins s’établissent à neuf personnes», note John Santurbano, directeur de l’Ana.

Un argument lié à la taille du marché de l’emploi luxembourgeois auquel s’ajoute un calcul qui table sur «une économie de 40 millions d’euros sur 10 ans» pour l’Ana en cas de mise en place de l’externalisation. Et ce en dépit des investissements réalisés pour «moderniser 75% du matériel actuellement utilisé» et la mise en place d’un nouveau service né de la mise en service prochaine du radar au sol, installé pour 6 millions d’euros.

Une transition de coopération internationale en matière de circulation aérienne.

Claude Wiseler, ministre du Développement durable et des Infrastructures (2010)

«Quand nous demandons le détail de ces calculs, nous nous confrontons à un silence car le ministre et le directeur de l’Ana se retranchent derrière des clauses de confidentialité», affirme Serge Wilmes (CSV), membre de la commission parlementaire. Même remarque de la part de David Wagner (Déi Lénk) qui pointe également du doigt «l’absence de l’écoute d’un autre son de cloche dans ce dossier». Une référence aux aiguilleurs de l’approche de la Laca, fermement opposés à toute externalisation, considérée comme «une atteinte à la sécurité et à la souveraineté nationale». Et Serge Wilmes de réclamer «plus de transparence car le choix du gouvernement semble fait, mais nous peinons à le suivre, faute d’éléments tangibles dans un dossier qui soulève bon nombre de questions».

Pour rappel, l’intégration du Luxembourg dans le ciel unique européen, dans un bloc où cohabiteront l’Allemagne, la Belgique, la France, les Pays-Bas et la Suisse, a été validée en décembre 2010 via la signature du traité Fabec (Functional Airspace Block Europe Central). Signé pour le Grand-Duché par Claude Wiseler (CSV), alors ministre du Développemement durable et des Infrastructures, le traité devait, selon le communiqué de l’époque, inscrire le pays dans «une transition de coopération internationale en matière de circulation aérienne.»