POLITIQUE & INSTITUTIONS

Jeunes et entrepreneurs

Vers le 7e CYEL



La 7e cérémonie de remise des prix du concours CYEL (Creative Young Entrepreneurs Luxembourg) se déroulera le 5 juin au Parc Belle-Vue. Une initiative lancée par JCI Luxembourg pour récompenser les visions innovantes de jeunes entrepreneurs. paperJam vous proposeles trois finalistes en portrait.

Qu’ils concernent une nouvelle entreprise ou une structure existante, les 10 projets présentés au jury du concours Creative Young Entrepreneur Luxembourg (CYEL) 2013 ont, une fois de plus, démontré que l’esprit d’entreprendre offre des perspectives intéressantes pour ceux qui osent prendre des risques. «Les différents projets étaient très peu comparables, mais nous avons eu le plaisir de constater que ces jeunes gens présentaient des idées très originales et faisaient preuve d’assurance à l’égard de leur projet, ce qui est important, notamment pour trouver des partenaires financiers, déclare Patrick Wies, associé chez KPMG Luxembourg et président du jury 2013 composé d’acteurs du monde économique et académique local. Je suis convaincu que certains projets vont faire leur chemin et que l’on en entendra parler à l’avenir.» Au terme d’une séance de sélection organisée le 24 avril dernier, le jury a sélectionné trois entrepreneurs sur base de leur talent de persuasion, de la complétude de leur dossier ainsi que de leur esprit entrepreneurial. Voici les trois finalistes, auxquels un prix «coup de cœur» devrait s’ajouter durant la cérémonie.

La révolution chirurgicale en 3D

Nom: Scalais

Prénom: François

Société: Neo Medical Systems

Création: 2009

Nombre d'employés: 5 associés

Secteur d’activité: équipements médiaux pour le bloc opératoire

Ancien employé de grands noms du secteur médical, François Scalais a senti que le moment était venu, à l’âge de 35 ans, de voler de ses propres ailes. «Ma dernière expérience a nourri mon esprit d’entrepreneur et m’a donné l’envie de lancer ma propre société.» Ce diplômé de médecine de l’Université catholique de Louvain, également titulaire d’un MBA de l’école de commerce Solvay (Bruxelles), reconnaît qu’un certain courage est nécessaire. «Il faut une grosse dose de confiance en soi car on n’imagine pas à quel point c’est stressant, notamment en raison des investissements financiers nécessaires.» Outre la fourniture de tout le matériel «classique» pour équiper un bloc opératoire, Neo Medical Systems, active au Luxembourg et en Belgique, ambitionne de réaliser une révolution autour de la technologie 3D. «L’émergence de la chirurgie mini-invasive montre le besoin de développer une nouvelle génération d’écrans en trois dimensions qui ne nécessitent pas le port de lunettes lourdes, fatigantes pour la vision et non stériles.» Avec la collaboration d’un partenaire allemand, l’entreprise s’est lancée dans une course technologique pour concrétiser un prototype final sur base des premiers retours des chirurgiens qui ont pu tester une première version du produit. «Nous effectuons beaucoup de démonstrations dans les hôpitaux et nous recherchons actuellement les fonds complémentaires pour finaliser le développement.» Cette recherche de capital, partagée par d’autres candidats au concours CYEL, pose à nouveau la question de la capacité à produire des technologies innovantes en Europe. «Contrairement aux écrans de cinéma où l’image est sortante, la chirurgie en 3D se base sur une image rentrante qui donne de la profondeur et qui est donc moins agressive pour les yeux. Je suis convaincu que cette technologie sera adoptée par tous d’ici cinq ans.» La différenciation par une image de marque originale pour le secteur a certainement pesé dans la balance du jury. Neo Medical Systems entend en effet miser sur un look proche du secteur du luxe et décliné en actions de marketing et de communication.

Être créatif dans un secteur réglementé

Nom: Muller

Prénom: Laurent

Société: Muller & Associés

Création: 2006

Nombre d'employés: 50

Secteur d’activité: services financiers

«Nous devons être créatifs dans un marché qui ne l’est pas», résume Laurent Muller, fondateur, avec son frère Frédéric, de la société Muller&Associés. Le timing imposé par le jury du CYEL pour se présenter – sept minutes, ni plus ni moins – se révèle être bénéfique. «Cela permet d’aller droit au but et d’être précis. J’ai souhaité montrer au jury comment nous avions pu passer d’une étape du projet à une autre.» En rachetant le fonds de commerce de la fiduciaire créée par son père, l’idée était de réorienter ses activités dans un contexte réglementaire changeant. «Nous nous sommes positionnés comme un fournisseur global de services financiers en misant sur une approche créative autour de secteurs de niche et de produits réglementés.» La société s’est ainsi intéressée aux fonds alternatifs, moins rentables pour les grandes banques. Ces dernières se sont d’ailleurs montrées intéressées de recourir à un prestataire de services prenant en charge ce créneau. Cette créativité va aussi de pair avec une empathie pour le client. «Pour notre activité de fiduciaire, par exemple, je me mets à la place du client pour fixer nos propres exigences.» Issu de la sphère industrielle à l’entame de son projet entrepreneurial, Laurent Muller a souhaité créer des satellites autour d’une structure principale pour se prémunir des risques éventuels. «Nous avons séparé nos différentes entités légales pour limiter les risques. Nous sommes en phase de croissance, notre autofinancement est une sécurité supplémentaire, mais nous voulons rester prudents.» Les activités connexes se sont développées dans les services informatiques ou encore les énergies renouvelables. Optimiste, le chef d’entreprise garde un œil ouvert en permanence sur le marché. Celui qui est par ailleurs l’un des créateurs de la société de participations Sting attache une importance au networking auprès des différents acteurs luxembourgeois. Il fait également partie du collectif «5 vir 12», montrant un souci de réflexion autour des défis que le Luxembourg doit relever pour assurer sa pérennité.

La science, en mode libre accès

Nom: Simon

Prénom: Virginie

Société: MyScienceWork

Création: août 2010

Nombre d'employés: 15

Secteur d’activité: édition scientifique

L’open access (libre accès à l’information) dans l’édition scientifique, favorisé par internet et les réseaux sociaux, conduit à une véritable révolution. Des millions de références, dont de nombreux articles, sont désormais accessibles à une très large audience alors que leur consultation nécessitait auparavant des abonnements… souvent onéreux. C’est dans ce contexte qu’a germé l’idée de MyScienceWork, une plateforme d’accès à de l’information scientifique au sens large. «Je me suis rendu compte durant ma thèse que je passais souvent plus de temps à rechercher l’information plutôt qu’à la traiter», déclare Virginie Simon, cofondatrice (avec Tristan Davaille) et CEO. La jeune femme, qui s’est intéressée aux nanotechnologies à l’Université Pierre et Marie Curie, a développé son entreprise autour d’un moteur de recherche dédié au monde scientifique. «Trois mots clés définissent le projet: réseau social professionnel, open access et multidisciplinarité.» Lancée en France en 2010, la plateforme MyScienceWork a pris ses quartiers au Kirchberg fin 2012 en raison de la volonté de ses créateurs de lui donner une dimension plus européenne et, si possible, d’effectuer des levées de fonds. En quelques mois d’existence dans une forme aboutie, l’outil dénombre plus de 50.000 inscrits et devrait permettre de nouer de nouveaux partenariats locaux, d’autant que l’Université du Luxembourg vient d’opter pour une approche collaborative en rejoignant une plateforme de l’Université de Liège: ORBi. «La science ne peut pas être humaniste si elle n’est pas partagée. Un article scientifique publié en open access est 30 fois plus cité que s’il était publié dans une revue traditionnelle.» Cette perspective ouvre la voie à de nouveaux développements pour l’entreprise qui capitalise sur des services annexes au contenu (vulgarisation scientifique, offres d’emploi, banners…) pour augmenter son chiffre d’affaires. La participation au CYEL apportera peut-être de nouveaux prospects. «Nous avons un besoin de visibilité, et de nous faire connaître au Luxembourg.»

Quel que soit le résultat, les trois finalistes auront tous certainement déjà gagné sur ce terrain.