COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Ressources humaines

Débat national sur les quotas

Vers la discrimination positive



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La table ronde a rassemblé près de 300 personnes à Luxembourg Congrès. (Photo: Luc Deflorenne)

La table ronde consacrée aux «quotas de femmes dans les conseils d’administration» a donné lieu à des échanges mesurés puis passionnés sur une question éminemment symbolique, qui en appelle d’autres.

 

A l’initiative du ministère de l’Egalité des chances et de Femmes Leaders Luxembourg, on discutait, ce 8 mars au Congrès, de la représentation des femmes dans les conseils d’administration des sociétés luxembourgeoises cotées et de la nécessité, ou non, d’imposer des quotas.

Une loi sur le sujet revêtirait une importance symbolique puisqu’elle graverait dans le marbre la discrimination positive au Grand-Duché. Le gouvernement ne prendra donc pas de décision à la hâte mais écoutera les avis des parties prenantes. Françoise Hetto-Gaasch, ministre en charge du dossier, précisait: «Pour être sûr que c’est la bonne solution, il faut peser le pour et le contre.»

S’il s’agissait d’un combat et que celui-ci ne durait qu’un round, les quotas l’emporteraient aux points. Cependant, les positions ont été relativement mesurées au cours des discussions devant une audience largement féminine, le jour du 100e anniversaire de la Journée internationale de la femme.

Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne chargée de la Justice, des Droits fondamentaux et de la Citoyenneté, a entamé les débats via une vidéo préenregistrée dans laquelle elle affirmait que «la thématique lui tenait à cœur» et citait des rapports de Goldman Sachs et McKinsey selon lesquels les entreprises administrées par des conseils composés de femmes dégageraient «de meilleures performances économiques».

Pas question cependant d’imposer des quotas sans susciter un débat national. Or, ce mardi soir, l’assemblée, munie de boitiers de vote, approuvait l’idée. Elle était alors soutenue par certains panélistes, comme Françoise Folmer, l’ancienne présidente de la Fédération des femmes cheffes d’entreprise du Luxembourg: «Il est surtout question d’accélérer les choses. Il s’agit d'un symbole, mais je crois que les symboles peuvent faire beaucoup.»

Un panel partagé

Frédéric Genet, administrateur délégué de SGBT, abondait dans le même sens, tout en regrettant cet état de fait. «Un quota par voie légale, ce n’est pas la mesure d’une réussite, mais plutôt celle d’un échec. Même si je n’aime pas que les politiques imposent des choses aux entreprises, je suis plutôt favorable aux quotas de femmes dans les conseils d’administration, dans certaines entreprises et dans une certaine mesure.»

Les deux autres intervenants de la table ronde, Jacqui Robertson, global head of diversity chez ING Group, et Nicolas J. Ries, partner à AIMS Luxembourg, sans s’opposer frontalement aux quotas, manifestaient quelques réticences. La première préfère privilégier l’instauration d’objectifs chiffrés associée à un travail culturel pour faciliter l’accession des femmes aux plus hauts postes de décision. Le second sentait également «une nécessité de créer des équilibres à tous les niveaux, mais pas forcément par la contrainte».

Pourtant, à la fin des débats et après quelques effusions en provenance d’un public moins mesuré que les panélistes, la balance penchait en faveur des quotas sans lesquels il faudrait attendre «deux siècles avant de voir les femmes équitablement représentées aux conseils d’administration des entreprises», répétait-on lors des discussions.

Ces dernières ont d’ailleurs donné lieu à quelques digressions sur des sujets connexes non dénués d’intérêt, comme la redéfinition des rôles socioéconomiques des agents du foyer ou la législation traditionnellement conservatrice produite par le politique luxembourgeois.

Le débat sur une éventuelle loi imposant des quotas de femmes aux conseils d’administration des sociétés luxembourgeoises cotées (aujourd’hui sur 73 administrateurs, seuls deux seraient des femmes), sur le modèle de la loi française votée en janvier, pourrait donc secouer l’ensemble de l’édifice politique, économique et social luxembourgeois… Comme si on voulait se saisir du mikado gisant au-dessous du tas.

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