ENTREPRISES & STRATÉGIES

Responsabilité sur le web

Veiller sur son existence numérique



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Jan Guth (à droite) et ses acolytes tiennent à l’indépendance et à la neutralité: «Nous ne travaillons qu’avec des organisations qui partagent nos convictions.» (Photo: Sven Becker)

Militant pour un usage citoyen et égalitaire du web, le Chaos Computer Club Lëtzebuerg (C3L) rassemble des «hackers responsables» depuis 2008. À l’initiative du Repair Café ou aux commandes de l’émission Entr0py sur Radio Ara, l’asbl partage son expertise et propose ses conseils techniques.

L’aventure du Chaos Computer Club démarre en Allemagne en 1981. À Berlin et Hambourg, une poignée d’activistes milite alors pour moins de surveillance publique dans tous les domaines de la vie sociale. La démarche fait boule de neige et inspire d’autres groupes militants en Europe et aux États-Unis. Le Chaos Computer Club Lëtzebuerg (C3L) naît ainsi en mai 2008. «On a démarré dans un café avec des events dédiés au coding, pour ensuite proposer des démos techniques et différentes tables rondes, explique Jan Guth, jeune président de l’association et éducateur de profession. Les hackers forment une communauté très étroite. Il y a une grande solidarité, on apprend tous beaucoup les uns des autres.» Plusieurs événements, y compris à l’étranger, émaillent l’année du groupe: la Conspiracy Night, les réunions du Book Club ou encore la Science Fiction Movie Night, mais aussi des grands rendez-vous IT comme les conférences Hack.lu ou les congrès du Chaos Computer Club allemand. «Le volet social est très important, affirme Jan Guth. Notre espace est d’abord un lieu de rencontre et de découverte.»

Si le fondateur de l’asbl est parti vers d’autres cieux, le C3L compte aujourd’hui une dizaine d’organisateurs, dont quelques étudiants, informaticiens et éducateurs. Intrigués par les nouvelles technologies et leurs usages, les membres viennent de tous les secteurs. «Notre asbl cible tous ceux qui veulent être actifs dans les droits des citoyens. Nous sommes avant tout une organisation locale à taille humaine où ils peuvent avoir droit au chapitre et s’impliquer.» La cotisation est fixée à un euro symbolique.

Sans local durant deux ans, le Club, ombrelle pour d’autres projets comme le Repair Café, vient de s’installer au cœur du Limpertsberg. Située avenue Victor Hugo, la nouvelle surface permettra d’organiser plus d’activités, notamment des ateliers pour les enfants. En travaux pour le moment, le hacking space sera inauguré le 15 octobre. «Le point commun entre toutes nos activités est la défense des libertés individuelles et le respect de l’autre.» Dans la même logique militante, c’est aussi le Chaos Computer Club qui gère les serveurs Tor au Luxembourg. Tor? Un logiciel permettant un anonymat sur le net, notamment à l’aide d’un browser indépendant. Nourri grâce aux dons et à l’énergie de bénévoles, le réseau est mondial. Le chapitre luxembourgeois est, selon ses promoteurs, responsable de 5% du trafic global.

Le «hacking citoyen» se définit comme une réflexion autour de la manière dont toute personne peut limiter le contrôle des instances publiques, y compris en ligne, et ainsi défendre ses droits fondamentaux. La philosophie repose sur une sensibilisation massive des utilisateurs, au centre du hacker manifesto. Pour le Club, cela démarre par l’éducation des plus jeunes. «Nous voulons apprendre aux enfants qu’il n’y a pas que Microsoft. L’accès à l’information et le droit à la participation sont des enjeux démocratiques. Nous faisons toutes sortes d’expérimentations, notamment avec le wifi, pour créer et partager des alternatives aux outils qui s’imposent à nous. Nous avons, par exemple, notre propre Skype.»

Vulgariser l’actualité des technologies fait partie des objectifs de l’émission Entr0py diffusée sur Radio Ara. «Le ton est avant tout pédagogique. Expliquer aux internautes dans un langage simple et accessible comment protéger leurs informations sensibles et leur faire prendre conscience de leurs droits sont au cœur de nos missions.»

Plusieurs partenaires, dont la CNPD (Commission nationale pour la protection des données) ou la Ville de Luxembourg, ont choisi de solliciter les lumières des jeunes hackers, qui travaillent aussi avec des acteurs culturels comme la radio 100,7. Et Jan Guth de spécifier: «L’indépendance et la neutralité sont nos valeurs les plus précieuses. Nous ne travaillons qu’avec des organisations qui partagent nos convictions.» Les interventions peuvent concerner la manière de sécuriser des caméras de surveillance, des présentations sur l’oubli numérique ou le danger des fameuses «métadonnées» – les informations attachées aux données – ou encore des avis sur la sécurité des outils.

«Nous nous retrouvons sur le terrain de la prévention, explique Nathalie Hanck, head of communication chez Axa, partenaire de l’asbl depuis quelques mois. Nous réfléchissons en interaction avec eux pour choisir les bons axes. Ils nous apportent une bouffée d’air frais et un enthousiasme très stimulant. Ils savent ce qui parle aux plus jeunes. Disposer d’une telle expertise est précieux pour une société comme la nôtre.»