PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Virtual Currencies Working Group

Une tirelire bien réelle



Chris Marcilla (à droite) préside le working group qu’a notamment rallié Xavier Buck aussi. (Photo: Luc Deflorenne / archives)

Chris Marcilla (à droite) préside le working group qu’a notamment rallié Xavier Buck aussi. (Photo: Luc Deflorenne / archives)

Dans le giron de l’Apsi, un pool de professionnels s’est branché sur la promotion ciblée des monnaies de type bitcoin. Il s’agit de préparer la Place à attirer les acteurs internationaux et, d’emblée, leurs quartiers généraux. Les coulisses bruissent de gros enjeux et de grands noms dans les starting-blocks.

Tout le monde en parle, parfois sans en mesurer les enjeux. Le bitcoin est leur porte-drapeau mais, fondamentalement, les monnaies virtuelles touchent l’ensemble de la chaîne de valeur financière, voire d’une économie aussi globale qu’elle est technologique. Au Luxembourg, la méfiance de la Place s’estompe peu à peu mais il y a encore un travail de conviction à opérer.

En février dernier, la CSSF (Commission de surveillance du secteur financier), tout en rappelant son rôle en la matière, prenait pour la première fois une position officielle sur la monnaie électronique, dont les échanges sur la toile ressemblent furieusement à une niche à suivre de près.

C’est ce que pensent aussi les acteurs qui se sont rassemblés, de manière quasi informelle, dans le Virtual Currencies Working Group né au sein de l’Apsi (Association des professionnels de la société de l’information). Sa première sortie, relativement discrète, a été réservée au dernier Apsi Day printanier. «Il s’agissait de faire le point sur les fintech. Mais au-delà, il y a de solides enjeux pour le pays, sa place financière et son économie numérique, ses acteurs dans un vaste écosystème; des enjeux liés aux monnaies virtuelles, à la désintermédiation, aux technologies de transactions décentralisées, aux devises scripturales non conventionnelles, aux échanges interbancaires, à la régulation et au clearing, aux actes de consommation les plus courants…» Chris Marcilla plaide avec force: promu président de ce working group, l’homme, qui a contribué de l’intérieur à l’essor du paiement numérique – au sein de Flashiz notamment –, est en pointe du combat. «Il y a une vitesse d’évolution inouïe et des montants investis colossaux. Autour des monnaies virtuelles et de la finance électronique, on n’est plus dans une logique de bulle. Il y a de l’expérience accumulée. Et des perspectives énormes.»

Pour le groupe issu de l’Apsi, qui rassemble déjà des acteurs en vue, comme l’avocat d’affaires Jean-Louis Schiltz, les entrepreneurs Xavier Buck ou Laurent Kratz, mais aussi des représentants de l’audit et du conseil, des assurances, des fédérations et clusters ou de l’Université, le Luxembourg doit se positionner. Et attirer.

La CSSF considère les monnaies virtuelles comme de la monnaie électronique, sans que forcément les premières tombent sous la définition qu’en fait la directive européenne de septembre 2009 sur l’accès à l’activité des établissements de monnaie électronique, son exercice et la surveillance de ces établissements. Mais la CSSF souligne que «nul ne peut s’établir au Luxembourg pour exercer une activité du secteur financier sans en avoir obtenu l’autorisation» du ministre des Finances.

À l’échelle locale, Nexunity, la start-up de Diekirch mue par le jeune Max Wolter, entend créer une plateforme européenne, un bureau de change pour convertir le bitcoin en monnaie sonnante. L’exemple en appelle d’autres. Une poignée d’opérateurs européens et américains, de bitcoins ou autres monnaies virtuelles, ont déjà approché l’ABBL et la CSSF en vue d’installer leur plateforme au Grand-Duché. «Car il faut voir plus haut, confirme Chris Marcilla, et se positionner en hub, en terre d’accueil pour les headquarters de grands groupes venus notamment des États-Unis et d’Asie.» Au Luxembourg, capitale des crypto-monnaies, cela aurait de l’allure et de l’horizon, autant dans l’émergence de devises que de revenus mondiaux à centraliser ou à optimiser, par exemple.

Ainsi la BCL, certes prudente, n’a pas interdit aux fonds luxembourgeois d’investir dans le bitcoin. «Oui, il y a un cadre régulé applicable et c’est un atout, relance le président du Virtual Currencies Working Group. Il y a un savoir-faire et nous sommes ici au croisement de deux mondes intéressants, la finance et les technologies, tous deux inscrits dans la diversification et la promotion du pays.»

Le groupe, en bonne intelligence avec les stratégies nationales, veut jouer le partage d’informations pour faciliter l’accès aux banques et rassurer les intermédiaires, développer la sensibilité au bitcoin et à ses clones possibles, défricher les peurs logiques face à l’exposition au risque en instaurant un véritable management spécialisé…

On ne parle plus de chimères. On évoque l’intérêt, d’une manière ou d’une autre, d’Inotribe, un géant du conseil et des services en business technologies, de la Bitcoin Foundation, de Blockchain, LoanCoin ou Ledger. Certains emblématiques CEO, fondateurs ou investisseurs se croiseront à Luxembourg, notamment dans les allées de l’ICT Spring d’ici quelques jours. Les promoteurs de la Place ne l’ignorent pas et joueront l’effet d’émulation.

De fait, les grands de la monnaie virtuelle ont déjà bien capté l’intérêt que pouvait représenter la Place luxembourgeoise, qu’il ne faut plus mettre sur leur carte, mais défendre en tant que destination premium. Car évidemment le Grand-Duché n’est pas le seul à avoir l’intention de jouer des coudes.