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TECHNOLOGIES

Data centers et leadership luxembourgeois

«Une stratégie pour fidéliser de nouveaux acteurs»



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Philippe Bovy, associate partner – IT Advisory chez KPMG Luxembourg.

La vision des pouvoirs publics, un régulateur à l’écoute des besoins du marché, la mise en place d’une infrastructure de qualité et l’exécution d’une feuille de route claire ont doté le pays d’une plate-forme TIC ayant fait ses preuves en attirant de nombreux acteurs allant des Gafa aux start-up.

Digital Lëtzebuerg est une initiative pilotée par les pouvoirs publics et supportée par un écosystème de prestataires de services couvrant les différents composants de la chaîne de valeur du monde digital.

Pour preuve, le Grand-Duché de Luxembourg peut se prévaloir de disposer de près de 22 data centers, dont un tiers répondent à la catégorie Tier IV (99,995% de disponibilité), soit 25% des data centers certifiés Tier IV à travers le monde. À cela s’ajoute une infrastructure réseau de qualité, avec près de 23 routes de fibres reliant le pays avec le reste de l’Europe, assurant une connectivité haut débit et un maillage internet optimal.

Le fait d’avoir pu attirer de grandes sociétés de l’économie numérique telles que PayPal, Amazon ou Skype sur son sol ne relève pas uniquement de la présence d’infrastructures de pointe, mais est renforcé par la capacité du Luxembourg à attirer du personnel qualifié pour les métiers-clés de la chaîne de services ICT, tels qu’architectes, data scientists, gestionnaires des opérations et des services ICT…

La stratégie nationale 'Digital Lëtzebuerg' permet aux autorités de maintenir une infrastructure de pointe.

Philippe BovyPhilippe Bovy, Associate partner – IT Advisory (KPMG Luxembourg)

Lancée en 2014, la stratégie nationale «Digital Lëtzebuerg» permet aux autorités de maintenir une infrastructure de pointe, mais également de jouer un rôle de catalyseur sur les initiatives et les moyens mis en œuvre.

Cette politique favorisant l’entrepreneuriat se concrétise par la mise en place d’un tissu économique dynamique où se mêlent des incubateurs et des start-up innovantes. L’importance du secteur financier luxembourgeois, combinée à l’évolution rapide du contexte régulatoire, force les acteurs à s’adapter aux nouvelles règles en permanence.

Ces conditions ont stimulé la création de nombreuses fintech offrant des solutions innovantes (par exemple dans le cadre de la nouvelle norme PSD2). On voit aussi que la présence d’un régulateur qui joue son rôle de gendarme, tout en étant engagé auprès des entreprises concernant les enjeux de la digitalisation, est le garant du développement de cet écosystème technologique.

La CSSF veille à la mise en place des règles de bonne gouvernance, de transparence et de protection tant réclamées par un secteur financier pourtant prudent lorsqu’il s’agit d’innover.

De nouvelles initiatives se mettent en place pour assurer la continuité de la stratégie «Digital Lëtzebuerg».

Le gouvernement luxembourgeois s’est donné l’ambition de positionner le pays comme acteur incontournable dans le domaine du high performance computing.

Philippe BovyPhilippe Bovy, Associate partner – IT Advisory (KPMG Luxembourg)

Le gouvernement luxembourgeois s’est donné l’ambition de positionner le pays comme un acteur incontournable dans le domaine du high performance computing (HPC). Il souhaite créer un centre de compétences HPC ouvrant l’accès à des ordinateurs surpuissants, le but étant d’attirer une nouvelle catégorie d’acteurs économiques qui nécessitent des capacités de calcul hors normes (plusieurs pétaflops) pour l’exécution d’algorithmes et modèles.

Les sociétés actives dans les secteurs tels que la recherche scientifique, l’espace, la climatologie, la santé, la génétique… sont particulièrement ciblées par la disponibilité de telles plates-formes. 

La mise en place de ce centre de compétences, combinée à une infrastructure de qualité, fait partie des atouts pour pouvoir accueillir au Luxembourg le futur HPC que la Commission européenne a l’ambition de déployer d’ici 2023, ceci afin de permettre à l’Europe de rester dans la course avec les Américains et Chinois. Entre-temps, la récente décision de la Commission d’établir au Luxembourg la société EuroHPC, qui va gérer ce futur HPC, est déjà un signal encourageant de la dynamique en place. 

Les implications de cette démarche sont multiples. Outre la venue d’organisations grandes consommatrices de puissance de calcul, de nombreuses start-up verront le jour dans des domaines tels que la modélisation, la valorisation, la contractualisation et la gouvernance de données.

De la même manière, il est fort probable que ces nouveaux services soient proposés à travers des API (application programming interface), permettant à des développeurs, où qu’ils soient, d’intégrer ces données dans de nouvelles applications.

L’autre initiative concerne le concept d’ambassade digitale. Il s’agit ici d’une première mondiale tant au niveau technique que juridique.

Philippe BovyPhilippe Bovy, Associate partner – IT Advisory (KPMG Luxembourg)

Ces API seront monétisées à travers de nouveaux services et feront l’objet d’une nouvelle économie à part entière.

L’autre initiative concerne le concept d’ambassade digitale. Il s’agit ici d’une première mondiale tant au niveau technique que juridique dans la mesure où un gouvernement (estonien) délègue à un pays tiers (le Luxembourg) la responsabilité de la gestion de ses données critiques dans le cadre d’un scénario de continuité en cas d’incident.

Le Luxembourg a été choisi par l’Estonie comme partenaire de confiance, non seulement en raison de la disponibilité de ses centres de données à haute sécurité sur son territoire, mais aussi pour sa capacité à garantir la sécurité et l’intégrité des systèmes d’information estoniens.

Sachant que l’Estonie est notamment reconnue pour ses avancées dans le domaine de l’e-society et de la digitalisation de ses services publics, le choix du Luxembourg comme data hub ouvre d’autres perspectives de développement non seulement par rapport à d’autres États, mais également vis-à-vis des entreprises souhaitant garantir la sauvegarde de leurs données critiques au sein de l’Union européenne.

Le prochain gouvernement aura la chance d’hériter d’une dynamique bien en place. À lui d’en tirer le meilleur et de définir la stratégie Digital Lëtzebuerg pour les prochaines décennies.