POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Référendum britannique

Une situation électorale complexe



Les résultats du référendum britannique tombés, il va falloir maintenant prendre le temps de les analyser «avec prudence et modération» explique le politologue Philippe Poirier.

Appelé à commenter à chaud les résultats du référendum britannique sous un angle territorial, Philippe Poirier – enseignant-chercheur à l’Université du Luxembourg –  a indiqué ce vendredi matin que «la seule chose qui est claire est le vote de toutes les circonscriptions écossaises», à travers lequel les électeurs se sont prononcés à 62% pour le maintien de l’Écosse dans l’Union européenne.

En y regardant de plus près, il note que le parti au pouvoir, l’indépendantiste Parti national écossais (SNP), a reçu dans sa défense du «remain» le soutien de forces électorales qui lui avaient manqué lors du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, organisé en septembre 2014 et sanctionné par un «non» de près de 55% de l’électorat écossais.

«Il s’est donc constitué ce jeudi une nouvelle coalition», poursuit Philippe Poirier, «souhaitant que cette question de l’indépendance de l’Écosse – pour éventuellement se maintenir dans l’Union européenne – se pose à nouveau».

Du côté de l’Irlande du Nord, pro-européenne elle aussi à 56% selon le verdict des urnes, «il convient d’être plus prudent», ajoute le politologue qui observe une opposition des résultats entre circonscriptions électorales à dominance catholique, en faveur de l’Europe, et les circonscriptions dans lesquelles dominent les protestants, favorables au Brexit.

Première conséquence de ce résultat nord-irlandais, pouvant rappeler les heures les plus sombres qu’a connu l’Ulster, le Sinn Féin, ancienne vitrine politique de l’Armée républicaine irlandaise (Ira), a réclamé un référendum sur une Irlande unifiée, bien qu’il ne représente qu’à peine 25% des députés nord-irlandais au palais de Stormont.

Évoquant ensuite les résultats du référendum au Pays de Galles et en Angleterre (53% d’électeurs favorables au Brexit de chaque côté), Philippe Poirier parle de «votes complexes» avec, parfois, des oppositions entre villes et zones rurales.

Ce fut notamment le cas à Cardiff, au Pays de Galles, à 60% en faveur du maintien à l’Union européenne, ou encore à Londres, qui s’est elle prononcée à 59,9% pour le «remain».

«Mais là encore, ces résultats doivent être nuancés au moment de l’analyse», plaide le politologue.

Sur le grand Londres, il souligne  ainsi que certains quartiers périphériques notamment à l’est de la ville, multiculturels ou socio-professionnellement marqués, se distinguaient de ce vote, en ayant choisi de rejoindre le camp du «leave».

«Les résultats sont là, mais tout ceci démontre qu’il convient d’être prudent avec leur interprétation», conclut-il. «C’est une situation électorale complexe. On ne peut se contenter de n’observer que des taches rouges ou des taches bleues.»