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Entrepreneuriat social

«Une puissante source de solutions pour les enjeux sociétaux»



Pour Hedda Pahlson-Moller et son équipe, l'entrepreneuriat social détient la «clé pour aborder les problèmes d'une façon tout à fait différente – comme des opportunités». (Photo: Tiime)

Pour Hedda Pahlson-Moller et son équipe, l'entrepreneuriat social détient la «clé pour aborder les problèmes d'une façon tout à fait différente – comme des opportunités». (Photo: Tiime)

La quatrième édition du programme 1, 2, 3 Go Social se clôture ce soir avec une cérémonie officielle en présence de leurs Altesses royales le Grand-Duc héritier et la Grande-Duchesse héritière.

Lancé en 2011 par Business Initiative – aujourd’hui Nyuko –, le programme 1, 2, 3 Go Social répond aux besoins d’un secteur en pleine expansion: l’économie sociale et solidaire. Le programme consiste à accompagner les entrepreneurs en herbe à travers des formations, mais aussi du coaching personnalisé.

Sur les 24 projets déposés début 2015, 10 ont été retenus et neuf seront officiellement présentés ce mardi. La soirée sera animée par Hedda Pahlson-Moller, cofondatrice de The Impactory (devenu Nyuko) et CEO de Tiime, une initiative dont l’objectif est de créer de l’impact social, notamment en offrant des services aux investisseurs et aux entrepreneurs sociaux. Elle a répondu aux questions de Paperjam avec une partie de son équipe: Cécile Sevrain (CFO), Larissa Best (COO) et André Vale (responsable de la communication).

Comment en êtes-vous arrivés à rejoindre l’entrepreneuriat social?

«L’entrepreneuriat social s’est emparé de notre imagination comme une puissante source de solutions pour les enjeux sociétaux. Notre équipe a des antécédents variés allant de l’entrepreneuriat à la banque privée et la communication digitale en passant par la consultance fiscale. Nous avons rassemblé tout cela autour de notre passion commune pour créer et donner du corps à l’impact social positif – au Luxembourg et à l’étranger. Nous estimons que l’entrepreneuriat est une clé pour aborder les problèmes d’une façon tout à fait différente – comme des opportunités. Nous soutenons les individus et les organisations impliqués dans la résolution de défis sociétaux en s’appuyant sur un large éventail d’outils financiers et commerciaux. Nous mobilisons aussi du capital à destination de projets d’entreprises sociales afin de leur offrir le soutien financier qui permettra de dessiner leur modèle d’affaires en vue d’un impact social maximal.

Est-il plus difficile de réussir dans l’entrepreneuriat social que dans l’entrepreneuriat classique?

«L’entrepreneuriat demande beaucoup de travail la plus grande partie de la journée avec de nombreux défis quotidiens, opérationnels et stratégiques. L’entrepreneuriat social ajoute une autre couche de complexité dans l’équation parce qu’il requiert de se fixer sur la résolution d’un problème sociétal tout en restant financièrement viable. Ajoutez à cela le besoin de mesurer et de rendre compte de votre impact sans standards internationaux et avec des instruments financiers limités pour financer votre projet et vous voilà immergé dans le monde de l’entrepreneur social. Et ne parlons même pas de la structure de base légale la plus adaptée pour les entreprises qui peut être parfois ‘hybride’ (en partie lucrative et en partie non lucrative).

Le secteur social au Luxembourg est très fort mais il y a de la place – et un besoin impératif – pour des décideurs économiques et des entrepreneurs qui s’engagent dans la responsabilité de s’attaquer aux besoins de la société. C’est ce qu’on appelle le ‘profit with purpose’ ou ‘mission-based ventures’. Derrière la caricature du hipster, il y a un intérêt croissant du secteur privé pour le domaine de l’impact social. Par exemple, des multinationales comme Danone, Renault et Unilever recherchent activement des investissements à impact, c’est-à-dire des investissements dans des projets contenant une mission sociale et/ou environnementale. Leur succès va en inspirer d’autres et apporter beaucoup plus de capital dans ce secteur en croissance.

Les entreprises et les entrepreneurs sont en train de réaliser que ‘social’ et ‘durable’ ne sont pas simplement des mots temporairement à la mode, mais qu’ils font aussi du sens au niveau des affaires.

Tiime

L’efficacité économique est-elle accessible quand on parle d’économie sociale?

«Pourquoi ne le serait-elle pas? Un entrepreneur traditionnel identifie un besoin sur le marché et utilise la solution pour générer du revenu. Les entrepreneurs sociaux visent aussi la durabilité, et qu’ils distribuent leurs bénéfices ou non (encore une fois l’enjeu du statut légal), ils doivent avoir un modèle d’affaires viable pour réussir… Regardons des exemples d’entreprises sociales au succès éclatant: Ben & Jerry’s, Toms Shoes, Patagonia, Body Shop pour en nommer quelques-unes. Et il y a un nombre grandissant d’entreprises qui briguent la certification B Corps (label pour les entreprises à but lucratif répondant à des standards rigoureux en performance sociale et environnementale et en transparence, ndlr). Nous voyons une nette tendance des entreprises traditionnelles, fonctionnant selon les règles dominantes de l’économie, à se convertir en entreprises socialement responsables.

Les entreprises et les entrepreneurs sont en train de réaliser que ‘social’ et ‘durable’ ne sont pas simplement des mots temporairement à la mode, mais qu’ils font aussi du sens au niveau des affaires – nous voyons ainsi un changement majeur des mentalités: il n’y pas de raison que vous ne puissiez pas faire tourner une affaire florissante avec une vision à long terme tout en ayant des effets bénéfiques pour la société dans son ensemble. Évidemment, le secteur social traditionnel demeurera toujours car certains problèmes sociaux ne peuvent être réglés avec des idées génératrices de revenus comme les orphelinats, les soins aux personnes âgées, etc.

Quel conseil donneriez-vous aux entrepreneurs sociaux pour assurer leur réussite?

«Le même conseil que l’on donnerait à tous les entrepreneurs: faites ce qui vous passionne et ne renoncez pas si vous échouez. Continuez à essayer des solutions jusqu’à ce que vous trouviez le bon modèle d’affaires qui atteindra vos objectifs (sociaux et financiers). Entourez-vous d’une équipe formidable – des gens qui acceptent tous vos défauts. Utilisez votre passion pour gagner le cœur des autres gens. Si vous êtes impliqués dans votre vision et votre mission, votre persévérance vous fera surmonter les obstacles et vos chances de succès vont s’accroître avec le temps. Enfin, ne sous-estimez pas le pouvoir du réseautage et du partage – c’est une communauté qui peut apporter un grand soutien.

Le marché luxembourgeois a-t-il des spécificités qui le rendent plus ou moins propice au développement de l’économie sociale?

«Chaque marché est spécifique dans un sens et vous trouverez difficilement un modèle d’affaires que vous pouvez aisément transposer tel quel sur un autre marché. Le Luxembourg, comme le monde, s’éveille à cette nouvelle façon de penser. Hormis quelques exceptions, comme le Royaume-Uni et la France, l’économie sociale en est encore à un stade de développement précoce, et le Luxembourg est en train d’accélérer le rythme. Il y a encore beaucoup à faire mais les pièces commencent à se mettre en place, et ce grâce à des initiatives comme le programme 1, 2, 3 Go Social de Nyuko et le soutien d’Écosol (le département Économie solidaire, ndlr) du ministère du Travail et de l’Économie solidaire.»