PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Nicolas Mackel

«Une fragmentation des services financiers post-Brexit»



Interrogé sur la chaîne américaine CNBC, le CEO de Luxembourg for Finance a détaillé l’analyse de la situation dans l’industrie des fonds, plus de 18 mois après le référendum britannique sur le départ de l’UE. Et cette dernière est perçue comme «positive».

La décision des Britanniques de quitter l’UE aura eu pour conséquence «une fragmentation ou une multipolarisation des services financiers en Europe», à en croire Nicolas Mackel, CEO de Luxembourg for Finance, interrogé dimanche par la chaîne américaine CNBC. Car si la City occupait jusqu’à présent «le rôle de champion global face à New York ou Hong Kong», la situation est en passe de changer «dans un contexte post-Brexit», puisque «bon nombre d’institutions financières ont fait relativement tôt le choix de ne pas attendre la fin du processus en cours actuellement» pour s’implanter dans d’autres pays européens. Et donc, de conserver un accès au marché unique européen.

Selon Nicolas Mackel, les choix stratégiques effectués par les multinationales se sont faits «en fonction des types d’activités que ces institutions financières réalisent» et des environnements économiques mis en place à Dublin, Francfort ou Paris. Ce qui explique, pour la Place, la venue de sociétés actives «dans l’asset management, le wealth management et les assurances», autant d’activités auxquelles «l’écosystème luxembourgeois est parfaitement adapté».

Les services financiers sont une matière extrêmement complexe.

Pierre Gramegna, ministre des Finances

Considérant comme «une bonne chose» la fin de la concentration en un même lieu des différents acteurs des services financiers en Europe, «même si le Brexit en lui-même est quelque chose de peu réjouissant», le responsable de la promotion de la Place à l’international juge que la situation devrait permettre l’émergence, à terme, «de champions globaux au sein de l’économie européenne». Conscient que Francfort – «et encore moins Dublin, Luxembourg et Paris» – ne peut encore égaler la puissance de Londres dans le secteur financier, le Luxembourgeois voit d’un bon œil cette évolution, même s’il s’interroge sur la pertinence «d’avoir de petits champions globaux plutôt qu’un grand». «Toute la question est là», juge-t-il.

Cette interview intervient quelques jours après celle donnée par Pierre Gramegna (DP) à Bloomberg lors de son déplacement à Hong Kong, qui estimait pour sa part que la situation autour du Brexit «a été dramatisée de manière excessive». Pour le ministre des Finances, les problèmes actuels soulevés par le départ du Royaume-Uni de l’UE pour les acteurs du secteur financier devront être analysés «dans le cadre de la période de transition». Soit au cours des 24 mois qui suivront le 31 mars 2019, date officielle du divorce entre Londres et Bruxelles. «Les services financiers sont une matière extrêmement complexe qui a nécessité des décennies pour être intégrée dans un marché unique», rappelait le ministre luxembourgeois, qui assurait dans le même temps que «le business trouve toujours des solutions».