PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Un label pour l'assurance vie

Une belle charte à jouer



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(Photo: Julien Becker)

Promue par l’Association des compagnies d’assurances (Aca), la charte de qualité sur l’assurance vie est un outil de promotion et de visibilité pour la Place.

Adoptée en mars dernier, elle continue à trouver des signataires et fait l’objet de toutes les attentions depuis l’extérieur.

La clientèle internationale fortunée reste une cible vitale pour les spécialistes luxembourgeois de wealth insurance.

Inspirée de la charte de qualité ICMA (International Capital Market Association) en private wealth management, qui présente les principes directeurs de bonnes pratiques adoptés par le secteur de la banque privée transfrontalière, la charte de qualité sur l’assurance vie promue par l’Aca (Association des compagnies d’assurances) adopte ces principes, et les adapte aux caractéristiques spécifiques du secteur de l’assurance vie et de la gestion de patrimoine.

Car il est évident que l’assurance vie fait partie intégrante des pourvoyeurs, de plus en plus importants au demeurant, de produits financiers, particulièrement ciblés pour une clientèle internationale fortunée. À ce titre, le secteur «vie» du Luxembourg a tout intérêt à faire preuve, hors des frontières, d’une visibilité accrue et d’une transparence assumée. «C’est un des moteurs qui ont poussé à l’élaboration de notre charte, explique Christian Eilert, directeur de l’Aca. Et il faut noter que l’impulsion initiale est venue de quelques-uns de nos membres, ce qui démontre bien que le secteur, au Luxembourg, était complètement demandeur.»

En réalité, la charte, adoptée en mars dernier, a valeur de courroie de distribution. «Il fallait un véhicule, une mise noir sur blanc pour finaliser ce qui se fait déjà concrètement. Nous sommes dans la logique du ‘comply and explain’, poursuit M.Eilert. On s’inscrit dans une démarche similaire et complémentaire à celle du monde bancaire et, plus généralement, à celle de la place financière luxembourgeoise. L’intérêt est aussi de montrer, au travers de cet engagement des signataires, que l’on va au-delà de ce qui est rendu obligatoire par les textes législatifs. Il s’agit de se montrer, pas de se cacher, parce qu’il n’y a rien à cacher. Et le faire d’initiative, sans attendre qu’une directive ou un contexte nous y oblige, relève du geste fort à portée internationale.»

Ainsi, la charte devient un outil de communication et, mieux, de conviction, à ranger dans la panoplie régulièrement déployée au cours de missions de prospection, sous l’égide de Luxemboug for Finance par exemple. La charte, dit le texte, «constitue une recommandation de norme volontaire minimum (…). Elle est conçue pour être conforme à toutes les réglementations au niveau international, européen et national, et pour compléter les directives et principes relatifs à la lutte contre le blanchiment d’argent tels que les Principes de Wolfsberg en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et les Recommandations générales du Groupe d’action financière (…). Elle a pour objectif d’établir dans un seul et même document les normes élevées d’intégrité, de transparence et de professionnalisme que les compagnies qui l’ont signée observent dans leurs relations avec leurs clients, confrères, superviseurs et régulateurs.»

On ne peut être plus clair. Et la clarté, en la matière, est une vertu cardinale. «Adhérer à la charte est une profession de foi dans le métier, estime Mario da Costa, membre du comité exécutif d’IWI (International Wealth Insurer). C’est un volet plus formel qui balise les bonnes pratiques que nous appliquons dans notre quotidien. Au-delà de notre vision du métier, c’est aussi un engagement à l’égard du client et de nos partenaires de distribution. Pour ces derniers, qui sont des maillons importants dans la chaîne de valeur, c’est aussi un support, une manière d’expliquer, de rassurer, voire de se rassurer par rapport à un fournisseur. C’est un atout commercial, mais c’est aussi un atout dans la relation privilégiée de travail avec les assureurs d’un côté, dans la relation de confiance avec le client final, de l’autre. En adhérant à la charte, on adopte un label strict et engageant.»

Parmi les arguments fondamentaux que met en avant la charte, il y a la description des différentes fonctions des compagnies d’assurance vie ainsi que «les règles de conduite et procédures internes mises en œuvre par elles pour assurer une conduite appropriée avec les parties prenantes externes. Il est entendu que l’établissement des règles et procédures internes appropriées et le respect de la charte de qualité d’une part et desdites règles et procédures internes d’autre part relèvent de l’entière responsabilité de la direction des sociétés.» Les compagnies doivent d’ailleurs certifier elles-mêmes qu’elles ont souscrit à la charte et qu’elles la respectent. C’est donc bien le signal clair d’un engagement rigoureux à respecter les normes les plus strictes du secteur, notamment dans la protection des intérêts de leurs clients.

«On n’ajoute pas vraiment de contraintes à notre manière de travailler, poursuit M.da Costa. Il n’y a rien de révolutionnaire sur le fond. Mais la forme est importante. On a là un document public, clair, transparent. Si le secteur était demandeur, ici à Luxembourg, c’est aussi une question de contexte et d’évolution perpétuelle du marché, qui vit une internationalisation sans cesse plus grande. Cela apporte aussi une plus grande complexité, dans la gestion de dossiers internationaux, vis-à-vis de réglementations pointues. L’exigence de professionnalisme induite par le contexte du marché se reflète dans ce label. Le savoir-faire, nous l’avons. C’est une façon de le faire savoir.»

Manifestement, les compagnies signataires de la charte (rapidement, 25 d’entre elles y avaient adhéré et d’autres s’y préparent) portent un intérêt réel à son contenu, qui a été pris très au sérieux. Il se dit ainsi que le texte a été traduit avec beaucoup de soin – il est proposé en français, en anglais et en allemand – et signé, après lectures et relectures attentives dans les services juridiques et les conseils d’administration, hors du Luxembourg, où les grandes décisions sont souvent prises pour les compagnies internationales. Autant dire que nulle compagnie ne signe (et ne signera) ladite charte à la légère. C’est d’autant plus vrai que le document est public (il est publié sur le site internet de l’Aca et sur ceux de ses signataires s’ils le désirent), avec une liste des assureurs qui y ont souscrit.

Il est prévu, aussi, que le statut de la charte soit régulièrement revu de manière, au prix d’une veille attentive, à en assurer la conformité avec les évolutions des réglementations applicables et les normes de qualité des compagnies. «La présente charte reflète, outre les lois et réglementations en vigueur dans le secteur de l’assurance vie, l’esprit dans lequel ses signataires entendent agir sur le territoire luxembourgeois et sur différents marchés européens dans le secteur de la distribution d’assurance vie», dit le texte.

«C’est un signe fort du secteur tourné vers l’étranger, résume Mario da Costa. Le business model est clair et il le prouve.» «La transparence et la coopération n’empêchent pas la confidentialité, la qualité et la sécurité, poursuit Christian Eilert. On est dans la promesse, quand on pratique le service immatériel. Suivre les valeurs de la charte, c’est aussi s’engager à confirmer la promesse. C’est un vecteur de confiance.»

«Un des objectifs de la charte est de rencontrer l’accélération du processus en cours, la segmentation croissante des fournisseurs, selon les compétences et les standards qui s’imposent», ajoute Mario da Costa. Car les types de clientèle ciblés sont internationaux, exigeants, fortunés, habitués à des standards de qualité. «La charte est un sous-jacent à la commercialisation de produits et solutions luxembourgeois tailor-made. Nos experts ont démontré leurs compétences», résume Christian Eilert.

Le moment pour faire naître ce document n’était ni anodin, ni imposé. «On aurait pu attendre que le régulateur nous pousse ou attendre les nouvelles directives en matière de lutte contre le blanchiment et l’évasion fiscale, souligne M.Eilert. Mais on veut être précurseurs. Nous sommes fiers de la réactivité de nos membres.» Lesquels pourront se focaliser sur l’important, le cœur de métier et l’intérêt des assurés, quand d’autres, ailleurs peut-être, en seront à réagir au contexte en mutation. On sent que l’on est dans une période d’investissement pour les compagnies qui doivent maintenir la qualité à long terme. Et chacun, dans le secteur, mesure les enjeux pour un Luxembourg très largement ouvert à (pour ne pas dire dépendant de) l’étranger.

C’est aussi pour cela que la charte elle-même, loin d’être figée, prévoit d’être évolutive. Aussi souple que le marché. «La démarche est celle d’une place professionnelle, prête à progresser encore, à s’imposer. J’aime à croire que nous sommes à la pointe, glisse Mario da Costa. C’est un indicateur de dynamisme pour l’assureur luxembourgeois. On sait faire bien, vite et en s’adaptant.»

La white money policy d’un Luxembourg compliant, mise en avant dans un document à valeur prospective et proactive, n’est donc vraiment pas neutre, à l’heure où la charte ICMA ne passe parfois – en Suisse par exemple – que par des voies plus contraignantes, en tout cas moins volontaristes. «Le futur est à 100% onshore, prédit Christian Eilert. Nous avons le triangle de sécurité, qui est une garantie pour les avoirs de clients fortunés.» Et, alors que le marché international semble être en augmentation – certains la voient fulgurante – sur ces créneaux de hauts patrimoines, associer la réputation de la place luxembourgeoise à une recherche de sécurité qui rassure semble être une position de bon aloi.

Contexte

Cross-border et besoins locaux

Dans la charte de qualité promulguée par l’Aca, on parle clairement de «règles de conduite» et de «bonne réputation», pour développer la place financière luxembourgeoise de «façon appropriée, saine, professionnelle et efficace».

Les acteurs de terrain insistent, au demeurant, sur le fait qu’il ne s’agit pas d’interagir les uns contre les autres, pas davantage d’opposer les assureurs aux banquiers, sachant que leurs domaines de prédilection, parfois, se recoupent sur des produits pointus. Et sachant que, dans les groupes financiers, banques et assurances jouent dans la même cour, celle qui apporte de bons résultats.

Mais il est clair que l’ensemble ne peut, effectivement, pas s’affranchir du contexte, celui d’un marché transfrontalier, de la libre prestation de services, où interviennent les produits et les affectations, les effets cross-border et les besoins locaux…