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Histoire

Un quart de siècle d'IT au Luxembourg



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Présents depuis 25 ans dans le pays, Telindus et Canon ont sans cesse dû se diversifier et anticiper les besoins du marché.

Deux sociétés liées au marché des nouvelles technologies fêtent cette année leur 25 ans de présence sur le sol luxembourgeois: Telindus et Canon. Si ces deux entreprises ne sont pas concurrentes - Telindus se positionne en tant qu'intégrateur de solutions en informatique et télécommunications, et Canon en tant que fournisseur de solutions globales en bureautique - elles ne peuvent que constater, de concert, que le marché luxembourgeois est comparable à nul autre et que l'ancrage local est très important pour séduire cette clientèle à fort pouvoir d'achat.

Les deux sociétés sont donc arrivées à la même période au Grand-Duché, mais les raisons n'étaient pas forcément les mêmes. "A l'époque, l'entreprise avait pour mission première d'unifier les opérations de marketing et de vente des produits bureautiques. Canon a choisi à l'époque de s'implanter au Luxembourg pour opérer avec des réseaux de vendeurs, parce qu'elle ne trouvait pas de revendeurs à son goût", résume Pierre Semeelen, directeur général de Canon Luxembourg, dans l'entreprise depuis 17 ans.

Dans le cas de Telindus Luxembourg, il s'agissait de la première filiale du groupe belge établie à l'étranger. "A l'époque, c'est la diversification de l'Arbed - aujourd'hui Arcelor - actionnaire à 35% de Telindus Luxembourg, dans le domaine des nouvelles technologies, qui a poussé feu John Cordier, fondateur en 1969 de Telindus Belgique, à ouvrir cette filiale", explique Armand Meyers, directeur général de Telindus Luxembourg, dans la société depuis 1980.

Telindus, tout comme Canon, peut être la fierté du groupe, réalisant un chiffre d'affaires qui a de quoi faire pâlir les autres filiales. Ces deux sociétés ont compris qu'il ne suffisait pas d'avoir un bureaux de représentation dans le pays - le marché luxembourgeois étant souvent assimilé à la Belgique - mais qu'un véritable ancrage et une équipe proche des clients étaient indispensables.

Ancrage local

"Le partenariat local a permis un développement plus important que dans d'autres pays. Telindus Luxembourg a réalisé presque 60 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2003, pour 518 millions pour le groupe, soit autant que ce que Telindus a réalisé aux Pays-Bas ou en France. Notre chiffre d'affaires a triplé entre 1990 et 2001. Nous sommes relativement importants par rapport à la taille du pays, dû à un enracinement local', explique Gérard Hoffmann, président du conseil d'administration et administrateur-delégué de Telindus Luxembourg. Et M. Meyers d'ajouter: "Telindus Luxembourg est très autonome et bénéficie d'une grande liberté d'action pour développer ses propres solutions pour le marché luxembourgeois. Nous disposons de centres de compétences qui développent des solutions pour le Luxembourg mais également pour les autres pays où Telindus est présent".

La sidérurgie a constitué, dans les premières années, le plus grand client de telindus. Sous la pression incessante de la concurrence et des coûts, elle a dû innover en matière d'achat informatique. "Ceci a nécessité une flexibilité importante dès notre création, poursuit M. Hoffmann. La notion de productivité est arrivée plus tôt chez Telindus à Luxembourg que dans les autres pays. Nous avons profité de l'adaptation continuelle du marché luxembourgeois".

Telindus Luxembourg se positionne sur l'exploitation de trois centres de compétences pour le groupe: conseil en matière de sécurité informatique et des télécommunications; systèmes et applications, dont surtout la gestion opérationnelle à distance (activités pour lesquelles le Luxembourg a connu des demandes importantes); et gestion du contenu, à partir du département eSolutions. "La taille du marché nous a forcé à nous diversifier très tôt. C'est un avantage", estime M. Meyers.

Pour Telindus, le Luxembourg constitue un peu le marché test dans ces domaines, avec des contraintes élevées imposées par les banques et les institutions européennes. C'est une chance, estime M. Meyers car "en raison du secret bancaire, nous devons être très performants dans la sécurité informatique et nous pouvons ainsi exporter notre savoir-faire. Pendant 10 ans, notre portefeuille se partageait entre le secteur financier, à 50%, industriel et les PME, 25%, et le gouvernement. C'était atypique dans le groupe d'avoir 50% de son chiffre d'affaires provenant des banques. Depuis 2002-2003, on est devenu plus 'normal', ces trois secteurs représentant chacun environ 1/3 de notre chiffre d'affaires. Cela ne veut pas dire que l'on peut traiter le marché luxembourgeois comme les autres marchés", affirme M. Hoffmann.

Cette volonté de posséder une identité luxembourgeoise propre se retrouve dans le discours de M. Smeelen. "Nous avons une vraie organisation et implantation locales et le Luxembourg est très reconnaissant de cela. Pour bien réussir, il faut une qualité de service optimale au niveau local. Selon moi, le service client passe avant la technologie. Nous sommes convaincus que la proximité, c'est la clé du succès", résume-t-il. Tout comme l'évolution de Telindus Luxembourg, celle de Canon a été assez rapide, "mais comparable aux meilleurs pays d'Europe", se réjouit M. Semeelen.

A ses yeux, le Luxembourg se distingue des autres pays par les moyens financiers des Luxembourgeois, en général plus élevés. "Ils s'offrent un modèle plus élaboré, plus évolué que dans les autres pays. Les quantités ne sont pas comparables aux sociétés étrangères, ce qui nous pose des problèmes de comparaison. Cependant, l'analyse du marketing, faite en Belgique, estime que, théoriquement, nous devrions représenter 5% de parts de la Belgique dans les chiffres consolidés alors que nous affichons 15%. Nous avons une meilleure pénétration que la Belgique. Nos principaux confrères vous diront sans doute la même chose", indique-t-il.

En 1987, Canon Luxembourg a réalisé un chiffre d'affaires de 1,239 million d'euros pour atteindre en 2003, 10,5 millions. Depuis 1987, la progression moyenne est de 10% par an.

Les deux sociétés se trouvent sur un marché en perpétuelle évolution, où il faut sans cesse se remettre en question. Ce sont également ces secteurs qui font évoluer l'économie en fournissant de nouvelles solutions, facilitant le travail au sein des entreprises. Canon et Telindus se doivent d'être toujours en avance sur le marché. Implantées dans le pays depuis 1979, elles ont connu une réelle croissance à partir de 1987

Grandes étapes

"A l'époque de l'implantation de Telindus au Luxembourg - avec seulement trois personnes nous nous trouvions sur le secteur des télécommunications pures et dures, souligne M. Meyers. La technologie était au coeur des débats, alors qu'aujourd'hui, ce sont les processus, l'organisation, la qualité, le retour sur investissement qui priment souvent ", poursuit-il. Depuis 1985, Telindus propose des solutions globales en télécommunications et en informatique, une direction qui ne sera prise que plus tard par le groupe. A cette époque, la société compte alors 70 employés. Ils sont 320 aujourd'hui.

"Les TIC sont devenus un réel outil d'amélioration de la productivité dans les économies nationales. Nous avons dû élargir nos compétences pour ne plus parler que de prix, mais aussi de retour sur investissement", souligne M. Hoffmann. "Aujourd'hui, il faut aussi aider le client à mieux exercer son métier", ajoute M. Meyers.

"Nous sommes dans un secteur à la pointe de l'évolution technologique. C'est fascinant mais aussi très stressant car il faut être en mesure de s'adapter en permanence aux nouveaux besoins de la clientèle. Le life long learning est une réalité pour nous depuis le début. La vie est devenue plus rapide, tout a changé", résume encore le directeur général. "C'est le secteur qui a le plus évolué ces 25 dernières années", complète M. Hoffmann.

De son côté, Canon copieurs était resté une petite structure pendant des années. Au commencement, la marque était davantage connue dans le domaine de la photo que sur le marché du copieur et de la bureautique. En 1994, la société avait rejoint le giron de Canon Benelux, pour redevenir vraiment indépendante en janvier 2000, sous le nom de Canon Luxembourg. "C'était lié à l'essor. Nous nous sommes rendus compte que nous pouvions voler de nos propres ailes", explique M. Smeelens.

Il y quelques années, la division CCI, Canon Consumer Imagine, c'est-à-dire les produits grand public, a été reprise par Canon Europe. Canon Luxembourg n'a conservé que la division CBS, Canon Business Solution, à savoir le matériel professionnel et les solutions bureautiques. L'entité luxembourgeoise a opté pour le conseil en solutions globales pour ses clients.

L'essor réel de Canon sur le marché de la bureautique a démarré en 1987, se souvient Pierre Semeelen qui est arrivé chez Canon Luxembourg à la même époque. De 4-5 personnes à ses débuts, l'équipe compte aujourd'hui 43 employés. Pour arriver à se positionner aujourd'hui parmi les leaders, Canon consacre chaque année 10% de son chiffre d'affaire en recherche et développement.

M. Semeelen a pu constater depuis son arrivée chez Canon qu'il est important d'être le premier et de fournir des solutions clés sur porte plutôt que nouveaux produits. Il est loin le temps de la copie lente et sale...

Aussi bien du côté de la bureautique que de l'informatique et des télécommunications, on voit l'avenir du secteur passer par l'e-business et l'outsourcing.

"La taille du marché est déjà importante, quelles sont les perspectives de croissance pour le futur'", s'interroge le président de Telindus, qui rappelle qu'en 1985, l'entreprise s'est déjà diversifiée en entrant dans le métier de l'informatique de sorte que, aujourd'hui, elle couvre une grande diversité d'aspects de l'infrastructure et de l'informatique. "D'une part, nous étendons la géographie, nous l'avons fait en Grande Région, d'autre part, nous exportons notre compétence dans le réseau du groupe. Cela ne se fait pas du jour au lendemain'.

Nouvelles tendances

Cependant, M. Hoffmann prédit une nouvelle tendance, celle de l'outsourcing. "Actuellement, l'outsourcing est encore moins développé que dans les autres pays mais cela viendra. Nous pensons que le conseil et la gestion vont gagner en importance. C'est vers quoi va évoluer le marché. Nous devenons une société de services, nous nous orientons davantage vers des solutions complètes. Le chiffre d'affaires en services autour de l'infrastructure augmente sensiblement depuis quelques années alors que la fraction revente de matériel devient en conséquence relativement moins importante. Il y a 5 ans, le service représentait 25% du chiffre d'affaires, nous sommes aujourd'hui à 40% et ambitionnons de dépasser les 50% en 2005".

Le statut de PSF que devrait obtenir, l'an prochain, Telindus pour CF6, société de consultants en informatique qu'elle a racheté en 2000, pourra être une porte d'entrée pour pratiquer davantage d'outsourcing dans le secteur financier.

Dans sa vision à long terme, Gérard Hoffmann perçoit trois grandes tendances: un impact croissant des TIC sur la productivité dans les services; la convergence vers le tout-digital des métiers TIC sur une toile de fond de réseaux à bande passante quasi-illimitée et, enfin, l'omniprésence des contraintes de sécurité. "Nous espérons que cette 3e vague d'exportation de l'économie luxembourgeoise, celle des communications et de l'e-business, après celles de la sidérurgie et de la place financière, génèrera des opportunités pour Telindus", conclut-il.

Le futur, pour Pierre Semeelen, c'est également la maintenance, celle de la bureautique, bien sûr, qu'il voit comme "une révolution'. "La bureautique, cela embête tout le monde mais c'est un mal nécessaire. Les machines seront contrôlées de chez nous directement. C'est là où je vois le plus grand avenir. Grâce à l'e-maintenance, nous pourrons tout surveiller et anticiper. Nous sommes en train d'installer les programmes et estimons que d'ici 2-3 ans, les plus grands patrons l'auront déjà installé. Ce sont là des réponses à ce que les clients demandent", avance-t-il.

"Nous voulons de plus en plus proposer au client des solutions clés en main. Pour cela, il faut des liens assez forts avec le client, c'est ce qui nous donne de l'essor. La révolution prendra fin quand le client pourra dire: 'la bureautique, ce n'est pas notre problème'. Nous offrirons la maintenance bureautique comme il existe la maintenance informatique ou le service de nettoyage", conclut M. Semeelen.

Les acteurs du secteur de l'informatique et de la bureautique ont encore du pain sur la planche pour faire évoluer le marché, mais l'avenir qui s'offre à eux semble encore radieux.