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#CelebratingLuxembourg

«Un pays plutôt exceptionnel mais peu connu»



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«Notre spécificité, c’est le multilinguisme, et tout ce qui va avec, internationalisation, une certaine modestie, une flexibilité adaptative, des chemins courts et un grand pragmatisme», estime Rolf Tarrach, président de l’Association des universités européennes. ( Photo : Julien Becker / archives )

Maison Moderne a choisi de placer l’année 2017 sous le signe de #CelebratingLuxembourg pour mettre en lumière celles et ceux qui contribuent au rayonnement du pays à l’étranger. La série se poursuit avec Rolf Tarrach, président de l’Association des universités européennes.

Rolf Tarrach restera au Luxembourg l’artisan de l’Université, celui qui a œuvré sur le terrain aux premiers pas de l’institution créée par une loi de 2003. Recteur emblématique et ambassadeur infatigable de la qualité académique luxembourgeoise, il a accompagné l’Uni jusqu’en 2015, avant de suivre une destinée européenne.

Monsieur Tarrach, votre décennie à la tête de l’Université du Luxembourg et votre présidence de l’Association des universités européennes contribuent au rayonnement à l’international du Luxembourg. Quand en avez-vous pris conscience pour la première fois?

«Quand nous avons fait la demande d’admission à un réseau, l’International Sustainable Campus Network, créé par le Global University Leaders Forum du World Economic Forum. C’était peut-être en 2007 ou 2008, quand l’Université du Luxembourg était encore embryonnaire. Le Network était très exclusif et sa petite vingtaine de membres étaient les meilleures universités du monde, comme Harvard, le MIT, l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETHZ), Yale et l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Et grande surprise… nous avons été admis! Mon interprétation est qu’ils avaient quelque curiosité pour cette très jeune université du 21e siècle, la seule d’un pays plutôt exceptionnel mais peu connu, qui montrait que les deux, pays et université, avaient un certain courage et des ambitions certaines. 

Comment se positionne le milieu académique luxembourgeois à l’international?

«Très, très bien. C’est le grand niveau d’internationalisation de l’Université qui est la première explication de la très bonne place qu’on occupe dans les rankings internationaux, où on est en général parmi les 200 meilleures universités du monde, et parmi les 20 meilleures de moins de 50 ans, ce qui, pour une université qui n’a même pas 15 ans, est un petit miracle. On nous connaît, et on se demande comment le petit Luxembourg a pu faire cela. La question qu’on se pose souvent, que j’ai posée à beaucoup de personnalités du pays, est: ‘Pourquoi le pays n’est pas fier de cette exceptionnelle réussite internationale, qui finalement est la sienne?’. 

Peut-on parler d’une empreinte académique luxembourgeoise, ou d’une spécificité du milieu académique luxembourgeois?

«Oui, mais au fond ce sont les spécificités du pays: multilinguisme, et tout ce qui va avec, internationalisation, une certaine modestie, une flexibilité adaptative, des chemins courts et un grand pragmatisme. Mais il est encore en train de se former, parce que quelques grandes questions n’ont pas encore reçu de réponse adéquate, comme: ‘Veut-on une université qui côtoie les meilleures du monde, qui sert le pays d’abord grâce à son prestige, ou une bonne université régionale qui sert plus directement la société luxembourgeoise?’, ‘Quel doit être le poids des sciences humaines?’ ou encore ‘Quel doit être le poids des études du premier cycle?’. D’ailleurs, la loi de l’université montre une spécificité très unique, qu’on ne retrouve presque nulle part: le conseil de gouvernance est formé exclusivement par des membres externes à l’Université. Dans les 10 années de mon rectorat, cette gouvernance a très bien fonctionné.

Le Luxembourg est un pays fiable, dynamique et ouvert. Reconnaissez-vous le Luxembourg dans ces mots-clés retenus par le gouvernement?

«Oui, absolument, mais il ne serait pas de cette façon s’il n’était pas aussi multilingue! Cette puissante source de diversité de perspectives est le trait le plus luxembourgeois qui soit!

Que vous disent vos interlocuteurs à l’étranger sur le Luxembourg?

«Pour les pays avancés, c’est une certaine admiration qui domine, pour les pays moins chanceux, c’est plutôt la jalousie et l’accusation de profiter des autres qui dominent. Comme pour chaque pays, on fait des choses bien et d’autres moins bien, mais quand on pondère, le côté positif est mis en valeur. C’est cela que j’explique à mes amis à l’étranger.

Celebrating Luxembourg

Et qu’est-ce que vous leur répondez pour leur donner envie de visiter le Luxembourg?

«Nulle part un étranger n’est aussi bienvenu qu’au Luxembourg. Nulle part — particulièrement si on tient en compte que, bientôt, la moitié des résidents seront étrangers — le niveau de xénophobie n’est aussi bas. Et je leur offre toujours de faire une promenade dans les beaux bois luxembourgeois, connaître la variété de la cuisine internationale et aller à la Philharmonie, tout cela au centre de l’Europe.

À quelle occasion avez-vous été particulièrement fier du Luxembourg?

«Quand Jules Hoffmann a reçu le prix Nobel de médecine et physiologie. Bien sûr, il compte comme Français, puisque c’est en France qu’il a fait la plus grande partie de ses recherches, mais son succès montre que l’éducation reçue de la famille et à l’école chez nous est si bonne qu’elle permet d’arriver au sommet de la science mondiale. Cela donne beaucoup d’espoir pour une société basée sur la connaissance, comme nous la voulons.»

L’aventure #CelebratingLuxembourg continue sur celebratingluxembourg.com pour découvrir toutes les personnalités.