POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Le Brexit vu par l’OMC

Un «no deal» ne serait «pas la fin du monde»



Pour Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC, le commerce entre le Royaume-Uni et l’UE se poursuivra après le Brexit, avec un impact «parfaitement gérable». (Photo: Licence C.C.)

Pour Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC, le commerce entre le Royaume-Uni et l’UE se poursuivra après le Brexit, avec un impact «parfaitement gérable». (Photo: Licence C.C.)

À en croire l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’absence d’accord commercial entre les autorités britanniques et européennes ne mettrait pas en péril la situation du Royaume-Uni, même si cette situation entraînerait «des rigidités et des coûts».

Évoquée officiellement de part et d’autre de la Manche depuis quelques semaines, l’hypothèse d’une séparation du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord apparaît de plus en plus plausible. Car si aucun compromis n’est trouvé d’ici la mi-décembre, date du prochain conseil européen, ce qui n’est encore qu’une option de travail devrait se transformer en solution officielle. Ce qui, du point de vue de l’OMC, ne serait «pas la fin du monde».

Dans une interview accordée dimanche au journal britannique The Sunday Telegraph, Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC, estime que dans un tel cas de figure, le Royaume-Uni se verrait appliquer les règles de l’organisation, à savoir des barrières douanières et tarifaires. «Environ la moitié du commerce du Royaume-Uni est déjà soumise aux règles de l’OMC – avec les États-Unis, la Chine et plusieurs grands pays émergents où l’UE ne dispose pas d’accords commerciaux», assure-t-il, en plaidant toutefois pour la conclusion d’un accord de libre-échange entre les deux parties.

Ce n’est pas comme si le commerce entre le Royaume-Uni et l’UE allait s’arrêter.

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC

À ce jour, les négociations entre Londres et Bruxelles piétinent encore et toujours autour des trois conséquences principales liées au Brexit: la question de la garantie des droits des 3,2 millions de citoyens européens implantés au Royaume-Uni, le montant de la facture du divorce et la frontière nord-irlandaise. Si les deux premiers points semblent faire l’objet d’intenses tractations qui pourraient aboutir, le 3e semble à ce jour insoluble, au point que le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, menace d’opposer son veto lors du prochain conseil européen si le rétablissement d’une frontière est décidé entre l’Irlande et l’Irlande du Nord.

«Si vous ne disposez pas d’un accord de libre-échange totalement fonctionnel avec l’UE, il pourrait y avoir des rigidités et des coûts, mais ce n’est pas comme si le commerce entre le Royaume-Uni et l’UE allait s’arrêter», ajoute Roberto Azevêdo en précisant qu’«il y aura un impact, mais je suppose qu’il est parfaitement gérable». Selon les estimations de l’OMC publiées avant le référendum du 23 juin 2016, le Brexit pourrait coûter chaque année quelque 5,6 milliards de livres (6,2 milliards d’euros) aux exportateurs britanniques en vertu des droits de douane supplémentaires.

Interrogé dimanche sur cette question par Sky News, le ministre britannique du Commerce, Liam Fox, a assuré que le gouvernement «préférerait conclure un accord avec l’Union européenne, mais nous ne craignons pas de ne pas en avoir.»