POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Georges Schmit, consul général du Luxembourg à San Francisco

«Un État a besoin d’ambition économique, sinon il disparaît»



gd_entretien_option_1_pour_opener.jpg

Entre deux vols, Georges Schmit nous a livré son regard sur sa carrière et l'évolution économique du pays. (Photo: Mike Zenari)

Le «Monsieur Silicon Valley» prendra sa retraite – active – cet été. À la manœuvre dans l’ombre de la vague ICT, ce défenseur de la chose publique prône une vision pragmatique, en mode agile. Monté à bord de Spaceresources.lu, il veut désormais jouer le rôle de trait d’union entre deux mondes.

Cet été marquera le début de votre retraite que l’on imagine active. Comment abordez-vous cette nouvelle étape?

«Je la laisse venir. Je suis certain qu’elle se remplira de belles choses. J’essaie d’entrevoir des activités nouvelles durant cette période de ma vie où le rythme journalier changera forcément.

J’ai beaucoup voyagé dans ma carrière, mais les richesses naturelles et culturelles de mes destinations sont trop souvent passées au second plan.

J’ai envie de combler ces déficits. Je m’engagerai sans doute aussi pour l’une ou l’autre cause. Mais avant tout, j’entends prendre un peu de recul.

En quoi consiste la vie d’un haut fonctionnaire?

«C’est une vie en seconde rangée. Les responsables politiques donnent les orientations à travers différents outils comme le programme gouvernemental.

Comme fonctionnaires, nous avons un rôle de conseil et de traduction, un rôle de formulation aussi, qu’il s’agisse de la stratégie ou du cadre juridique. Car que vaudrait une politique sans mise en œuvre?

La politique, une passion exercée donc dans l’ombre...

«Outre un petit passage dans le privé au début de ma carrière, je reste fasciné, depuis 35 ans, par la sphère publique, par la politique, au sens d’action dans l’intérêt général, sans pour autant prendre parti en public pour telle ou telle cause idéologique.

Oui, comme haut fonctionnaire, je pense que pour servir l’intérêt général au mieux et dans la durée, indépendamment des constellations politiques, il faut forcément agir à l’ombre; je m’y sens d’ailleurs plus à l’aise qu’au devant de la scène.

Une approche pragmatique ou visionnaire?

«J’ai côtoyé, durant ma carrière, bien des hommes politiques et des collègues qui proposaient de nouvelles idées d’action politique tout à fait valables sur le fond.

J’ai toujours gardé comme critère principal de sélection leur possibilité de réalisation. L’intérêt d’une mesure politique doit non seulement être jugé en fonction de sa valeur intrinsèque, mais aussi à la lumière de la simplicité et de l’efficacité de sa mise en œuvre.

Une approche donc plutôt pragmatique qui doit prévaloir, surtout dans un pays comme le nôtre.

Vous évoquiez votre court passage dans le privé, que retenez-vous de cette expérience?

«Cette courte expérience professionnelle dans un petit cabinet de conseil économique et social en Allemagne travaillant surtout pour le gouvernement allemand était intéressante, mais trop éloignée de l’action proprement dite.

J’ai nettement préféré les missions qui m’ont été confiées par la suite dans le secteur public, car elles m’offraient la possibilité de contribuer à créer un cadre de politique économique structurelle et de le mettre en œuvre.    

Mon séjour d’études aux États-Unis, de même que ce passage dans le privé, ont sans doute nourri un sens pragmatique, orienté vers le résultat dans les contacts quotidiens avec les entreprises et contribué à aider quelque 200 d’entre elles à naître, à s’établir, à se développer ou à se restructurer.

Je garde aussi en mémoire la participation, pour le compte de l’État, dans les instances dirigeantes d’une série d‘entreprises à des périodes intéressantes, qu’elles aient été marquées par une croissance rapide ou une restructuration profonde permettant d’agir en quelque sorte comme trait d’union entre les intérêts privé et général.

J’ai toujours été fasciné par les processus de fabrication et l’interaction entre les hommes et les machines.

Georges Schmit, consul général du Luxembourg à San Francisco

10 ans après la fusion d’Arcelor avec Mittal Steel, que retenez-vous de ce chapitre dans l’histoire industrielle du pays?

«Cette première moitié de l’année 2006 fut marquée de grandes tensions alors que le symbole de notre histoire industrielle, qui était devenu un peu le symbole de notre ‘indépendance’, une marque luxembourgeoise, fut sous ce que beaucoup considéraient comme une menace – même si Arcelor n’était depuis longtemps plus dans des mains luxembourgeoises.

Comme fonctionnaire au ministère de l’Économie, j’étais appelé à conseiller le gouvernement sur les positions à prendre à l’égard d’une offre hostile d’un concurrent en essayant de concilier l’intérêt de toutes les parties prenantes – actionnaires, salariés, fournisseurs, clients, enfin et surtout l’État luxembourgeois, qui détenait un peu plus de 5% du capital d’Arcelor – compte tenu aussi des grandes tendances sur les marchés de l’acier qui se globalisaient à grande vitesse et qui étaient en train de générer de nouvelles surcapacités, surtout en Asie.

Avec le temps qui passait et l’évaluation et la confrontation de toutes les options possibles, il fallait reconnaître que le moment était venu pour l’entreprise Arcelor de tourner la page et de participer à un nouveau modèle, plus résistant sur les marchés internationaux. Et si pour certains, cela faisait mal d’envisager une nouvelle étape dans l’histoire industrielle et sidérurgique du pays, il fallait reconnaître les réalités économiques et trouver des solutions.

Avec le recul, je pense que le résultat pour le Luxembourg est tout à fait honorable avec le maintien du siège de la société fusionnée et des capacités de production hautement productives dans des produits à valeur ajoutée élevée.

Car, en fin de compte, qui sait quelle aurait été l’évolution d’une entreprise moitié moins grande qu’actuellement dans une industrie mondiale dont la capacité de production a augmenté de plus de 50% et dont la Chine détient la moitié?

Il est beaucoup question de start-up et de recherche de nos jours, des matières que vous avez abordées il y a déjà une trentaine d’années…

«C’est en effet dans les années 80 qu’une politique de la recherche structurée a été initiée avec, dès 1983, la mise en place d’un cadre politique pour la promotion de l’innovation dont la conception fut ma première mission. Ce qui a permis de voir apparaître la mise en œuvre d’instruments d’aides financières et fiscales à la R&D des entreprises, de même que la naissance de Luxinnovation en 1984.

Ce cadre politique envisageait également le renforcement de la collaboration en matière de R&D entre les entreprises et les établissements publics, notamment d’enseignement supérieur. Ainsi en 1986, une nouvelle loi sur la promotion de la recherche publique permettait la naissance des CRP Henri Tudor et Gabriel Lippmann, fusionnés entre-temps dans le List, de même que le CRP-Santé, aujourd’hui LIH.

Que retenez-vous de vos nombreux contacts avec des entreprises?

«La rencontre avec des entreprises dans les quatre coins du monde fut parmi mes expériences les plus satisfaisantes de ma carrière professionnelle.

Et je ne parle pas que de l’interaction avec les dirigeants que nous rencontrions ou avec qui nous étions en négociation, mais également l’interaction avec les travailleurs dans les usines: en fait, j’ai toujours été fasciné par les processus de fabrication et l’interaction entre les hommes et les machines.

La visite d’une usine a toujours été pour moi le highlight d’une visite d’entreprise, essentielle à la compréhension d’un projet d’investissement qu’il fallait apprécier et négocier.

Il est vrai qu’une minorité de ces rencontres génère une création d’entreprise, de valeur, d’emplois et le hasard est souvent de la partie. Mais le souvenir de l’interaction humaine reste dans tous les cas.

Que peut-on faire pour encourager les entreprises à innover davantage?

«Je remarque qu’une grande dynamique locale d’innovation s’est créée depuis une dizaine d’années, à la fois en provenance d’acteurs étrangers qui ont décidé de profiter du cadre luxembourgeois, mais aussi par des entrepreneurs luxembourgeois. Plusieurs incubateurs, y compris d’initiative privée, se sont mis en place pour accueillir les jeunes start-up.

Nous continuons à souffrir d'un manque de taille critique de diversité des compétences au niveau des investisseurs.

Georges Schmit, consul général du Luxembourg à San Francisco

Des événements d’échange, des conférences, séminaires, workshops, présentations dans les technologies nouvelles sont offerts chaque semaine.

Des publications autour de l’innovation, de l’entrepreneuriat, des technologies nouvelles sont apparues; des concours pour start-up sont mis en place, des événements reconnaissant publiquement des entrepreneurs, créateurs, scientifiques, sont organisés.

Enfin, le cadre de financement public de l’innovation est sur le point d’être réformé et des instruments de capital-risque nouveaux et innovateurs sont mis en place. Que peut-on faire davantage?

«Même si je dirais qu’il est vain d’essayer d’imiter d’autres pays ou régions telle la Silicon Valley, on peut s’en inspirer et essayer de comprendre quelle en est la 'sauce secrète'.

Si nous avons déjà parcouru du chemin, nous continuons à souffrir d'un manque de taille critique, de diversité des compétences au niveau des investisseurs, qu’ils soient 'business angels' ou sociétés de capital-risque, voire même de grandes entreprises, les 'corporate', qui s’engagent de plus en plus dans l’écosystème des start-up.

Et surtout, je pense qu’il faut avoir de l’ambition et engager les moyens. Lorsque je prends du recul, je constate que ce trait d’ambition et de moyens est commun à toutes les vagues économiques qu’a connues et traversées le pays dans son histoire économique.

Le défi sera de trouver une mesure générale ciblée pour que les investissements soient drainés vers les start-up technologiques.

Georges Schmit, consul général du Luxembourg à San Francisco

Je pense à l’ambition de nos sidérurgistes des 19e et 20e siècles, à celle des gouvernements qui, après avoir reconnu que le secteur s’essoufflait, ont reconnu qu’il fallait se transformer et susciter d’autres sources de création de valeur comme les services financiers puis l’ICT avec la communication par satellite, puis le commerce électronique et les infrastructures, techniques et juridiques, afférentes.  

Faut-il une incitation fiscale pour les business angels?

Comme je le disais, nous avons fait beaucoup de progrès, par exemple avec la création récente d’un fonds d’investissement limité au digital.

Nous avons des instruments de financement pour les start-up plus évoluées, mais moins pour celles au niveau des phases initiales où l’on voit un certain nombre d’investisseurs de type ‘angels’ qui seraient disposés à investir.

Ce genre d’incitant, en particulier fiscal, à leur destination semble faire encore défaut, mais je crois comprendre que le gouvernement y réfléchit. Le défi sera de trouver une mesure générale ciblée pour que les investissements soient drainés vers les start-up technologiques. Il ne s’agit pas en effet de cibler d’autres activités.

La nouvelle ambition du Luxembourg est spatiale. Un nouveau créneau difficile à expliquer?

«Il est vrai que les ambitions dans l’exploitation de matériaux spatiaux peuvent être difficiles à expliquer, comparées aux soucis journaliers que peuvent vivre nos concitoyens. Je me rappelle qu’il y a 30 ans, tout le monde n’était pas d’accord pour engager des deniers publics dans l’envoi de satellites dans l’espace destinés à la transmission d’image de télévision.

Cette activité fait désormais partie de l’ADN du pays. Expliquer des idées un peu hors du commun prend du temps et il faudra s’y atteler, mais je pense qu’un État a besoin d’ambition économique, au risque de disparaître dans l’indifférence.

L’État doit-il avoir d’autres ambitions?

«Au niveau économique, l’ambition de créer les bases de revenus futurs pour la population est certainement la plus louable. Mais la satisfaction des besoins primaires et l’amélioration des conditions matérielles de vie et de santé débouchent sur d’autres besoins humains, culturels, créatifs ou cognitifs, par exemple.

L’extension quantitative et qualitative de l’offre culturelle, d’enseignement et de recherche sont sans doute parmi ces ambitions que l’État doit poursuivre. Les infrastructures culturelles créées au cours des 20 dernières années de même que la fondation de l’Université du Luxembourg en sont de bons exemples.

La 3e révolution industrielle, le concept mû par l’économiste Jeremy Rifkin, fait l’objet d’une étude d’adaptabilité au Luxembourg. Est-ce réaliste?

«Nous vivons et vivrons dans un monde où les nouveaux modes de consommation et de distribution sont de plus en plus fonction de la technologie. Le digital s’infiltre dans tous les secteurs de l’économie et de la vie et donne lieu à la création de nouveaux modes de consommation et de distribution, permettant une plus grande diversité de modes de vie, les uns plus 'partagés', les autres plus 'individuels'.

Je ne dis pas que ces nouveaux modes de vie sont bons ou mauvais, mais la technologie les permet et on voit les gens qui les adoptent: achats en ligne et fourniture à domicile, 'car sharing', location de chambres touristiques, déplacements en voiture à conduite assistée ou autonome… le tout assisté par téléphone portable…

Ce qui est différent des révolutions industrielles précédentes, c’est le caractère exponentiel de la vitesse de cette transformation technologique.

Ce n’est donc pas seulement réaliste de réfléchir à la prochaine révolution industrielle: il est urgent de le faire et de s’y préparer, car la technologie met en question nos modes de vie, de consommation et de déplacement traditionnels.

Comment ces changements peuvent-ils s’appliquer au Luxembourg?

«L’initiative Rifkin nous donne surtout une bonne occasion de faire avancer la réflexion sur les opportunités et les risques que les nouvelles technologies nous apportent, de comprendre les grandes tendances de l’évolution, d’adapter ce modèle de pensée à notre écosystème, dans un contexte européen aussi.

C’est donc un cadre de pensée qu’il faut remplir de vie locale, tout en devenant plus 'resilient', donc plus capable d’adaptation aux conditions technologiques futures.

La recherche privée est plutôt à la traîne au Luxembourg. Comment peut-on la stimuler?

«Il ne faut pas ignorer que nous sortons d’une crise, dont les entreprises, surtout industrielles opérant sur les marchés globalisés, ont eu du mal à se remettre. Je pense à la sidérurgie, aux fournisseurs d’équipements automobiles, des industries qui traditionnellement investissaient beaucoup dans la recherche. Mais il faut aussi relever que nos statistiques en la matière ne reflètent peut-être pas suffisamment la transformation structurelle de notre économie, la notion de recherche-développement étant trop souvent associée au secteur industriel.

Je m’interroge donc dans quelle mesure nos statistiques reflètent l’activité de recherche de l’ensemble de l’économie, y compris les activités de service. Par ailleurs, la recherche n’est pas le seul indicateur du dynamisme innovateur d’une économie.

En revanche, la recherche publique, à travers l’université et les centres de recherche publics, a connu un renforcement substantiel au cours des dernières années et a permis d’attirer des moyens de financement privés et publics internationaux importants.

La recherche publique est donc appelée dans les années qui viennent à tirer la recherche privée vers de nouveaux sommets d’investissements et de performance.

Vous considérez-vous comme un ambassadeur du Luxembourg?

«Un de mes rôles depuis le début de ma carrière, et forcément depuis que j’occupe mon poste à San Francisco, est de promouvoir et de défendre les intérêts du Luxembourg à l’étranger. Je dirais donc oui, un ambassadeur 'économique'.

Nous ne sommes pas encore une nation d’investisseurs.

Georges Schmit, consul général du Luxembourg à San Francisco

Quelles sont les améliorations à apporter dans la promotion économique du pays?

«Il y a toujours des choses à améliorer. Le monde change autour de soi et donc le travail de promotion est en perpétuelle évolution.

La réorganisation autour de la promotion des investissements et le travail de nation branding sont importants pour l’image de marque et la visibilité de notre pays, pour définir qui nous sommes, ce que nous avons d’unique et d’attractif pour les investisseurs.

La question est comment nous pouvons perpétuer ce mouvement d’investissements étrangers, de transfert de technologie, de productivité et donc de croissance vers notre pays, puisque les investissements d’origine strictement luxembourgeoise restent forcément défaillants.

Nous ne sommes pas encore une nation d’investisseurs, même si du chemin a été parcouru.

Rester ce que nous sommes… tout en nous adaptant…

«Dans la mesure où nous sommes un petit pays, nous devons rester agiles, ne pas nous figer dans des structures et comportements rigides. Nous devons accroître notre capacité à nous adapter rapidement, car le monde change rapidement et nous ne sommes pas un ilot autosuffisant.

Le nation branding du Luxembourg, comment est-il perçu en Californie?

«Dans la Silicon Valley, le Luxembourg dispose d’une assez bonne visibilité, en grande partie de par son centre financier, ce qui est compréhensible puisque San Francisco est aussi un centre financier régional.

Nous devons nous améliorer au niveau de la reconnaissance comme centre pour les technologies, même si, une fois de plus, du chemin a été parcouru depuis une dizaine d’années avec des marques comme Amazon, PayPal ou Rakuten, mais aussi avec nos centres de données hautement sécurisés et notre connectivité internationale.

Par ailleurs, notre positionnement sur les technologies financières donne un beau coup de pouce à cette reconnaissance.

Construire une marque prend beaucoup de temps. L’initiative prise dans les ressources spatiales est un bon exemple de nation branding, dans un milieu qui est certes relativement limité, mais qui nous a offert une couverture internationale.

Elle répand un esprit d’ouverture et de confiance auprès des investisseurs.

Le gouvernement a-t-il réussi un coup en osant le pari, à terme, de l’exploitation des ressources issues des matériaux spatiaux?

«Je ne voudrais pas utiliser le terme de «coup». Nous avons, grâce à cette initiative, attiré l’attention autour d’une ambition qui, si elle fait sourire certains, donne à réfléchir à de nouveaux horizons d’activité humaine.

Vous n’en parlez pas, mais ce nouveau projet, ainsi que la vague ICT que nous avons connue ces dernières années sont dus à votre action. J’imagine que vous éprouvez tout de même un sentiment de fierté?

«J’ai eu le grand privilège de travailler ces dernières années dans la région de la Baie de San Francisco qui comprend la Silicon Valley, la région sans doute la plus dynamique du monde sur le plan des développements technologiques.

J’ai eu l’occasion d’y rencontrer un grand nombre d’acteurs et de prendre la mesure des vagues technologiques à un stade très précoce de leur percée économique, telles la vague des jeux électroniques en ligne, le cloud computing ou encore les fintech.

En ce qui concerne les ressources spatiales, mes interactions avec un grand nombre de dirigeants et chercheurs de la Nasa et de nombreuses entreprises qui gravitent autour de son centre de recherche Ames à Mountain View m’ont donné l’occasion de comprendre le potentiel de l’exploration spatiale et m’ont incité à réfléchir, ensemble avec ces interlocuteurs, à la façon dont le Luxembourg pouvait apporter une plus-value en contrepartie desquelles ces entreprises participeraient au futur développement économique du Luxembourg.

Leur besoin essentiel est de disposer d’un cadre juridique stable et crédible leur permettant d’entrevoir un retour sur l’investissement qu’elles engagent dans l’exploitation des ressources spatiales.

En assemblant les innovations juridique et technologique dans le contexte singulier de l’espace, nous essayons d’apporter notre pierre à l’édifice pour donner confiance aux investisseurs, avec pour objectif de créer de la valeur et des emplois au Luxembourg.

Ceux-ci seront hautement qualifiés et nous nous attendons évidemment à des retombées dans bien des domaines technologiques liés à l’exploitation des ressources spatiales telles les technologies de communication, d’observation, d’analyse de données, de robotique, d’intelligence artificielle…

Ce projet et d’autres ont remis la SNCI sur le devant de la scène. Devrait-elle davantage intervenir en faveur des entreprises?

«Il faut souligner que la SNCI a déjà été très active dans le passé pour financer l’innovation par un certain nombre d’instruments soit sous forme de prêts soit sous forme de participations, soit sous forme d’instruments hybrides.

La SNCI a sans doute un rôle à jouer en tant qu’instrument de politique économique, dans la mise en œuvre de projets stratégiques tels celui de la SES ou de l’exploitation des ressources spatiales.

Au-delà, on pourrait considérer que le développement de start-up technologiques, le cas échéant dans des secteurs bien définis, constituent des axes de développement à caractère stratégique dans lesquels le retour sur investissement n’est pas le critère déterminant de son engagement.

La SNCI pourrait s’y engager aux côtés d’autres investisseurs, comme le nouveau Fonds d’investissement digital ou d’autres fonds, selon le cas. Peut-être la réactivation de CDPME pourrait-il aussi contribuer à combler cette lacune au niveau des start-up?

Est-il déjà possible de prévoir la prochaine vague ICT?

«Le Trade and Investment Office à San Francisco apporte chaque année son soutien à une conférence 'Top Ten Tech Trends' du 'Churchill Club' pendant laquelle un panel d’acteurs du capital-risque propose et discute des tendances technologiques des cinq prochaines années.

Les éditions antérieures de cet événement avaient placé la communication mobile, le cloud computing, les voitures sans chauffeur, les fintech et la blockchain comme les lames de fond à surveiller.

L’exploitation des ressources spatiales n’est peut-être pas encore sur la liste, mais elle est soutenue par d’autres tendances que sont la robotique, au sens large, l’impression 3D et surtout l’intelligence artificielle que nous voyons apparaître dans bon nombre d’applications.

Qu’est-ce que le Luxembourg peut faire dans l’intelligence artificielle?

L’intelligence artificielle apparaît déjà dans bon nombre d’applications comme le commerce électronique et la distribution ou dans la finance, la reconnaissance visuelle ou vocale. Elle fait partie des axes de recherche à l’université et dans les centres de recherche publics.

Il faut espérer que davantage de jeunes s’orientent vers des curricula d’études qui incluent les techniques d’application de l’intelligence artificielle.

Celle-ci ne constitue d’ailleurs pas un secteur à proprement parler, mais plutôt une technologie qui sera utilisée dans un grand nombre d’applications.

Comment envisagez-vous votre rôle de membre du «board» de Spaceresources.lu?

«L’advisory board de l’initiative Spaceresources.lu a pour mission de conseiller le gouvernement sur des aspects stratégiques de l’initiative et de leur mise en œuvre.

Je pense pouvoir jouer un rôle de trait d’union entre les attentes et aspirations des entreprises et le gouvernement.

Georges Schmit, membre du board de Spaceresources.lu

Au cours des dernières années, j’ai eu l’occasion de construire un réseau assez étendu de connaissances, de spécialistes et d’entreprises actives dans le domaine de l’étude et de l’exploration spatiale qui m’ont apporté des informations et enseignements utiles à la définition et la mise en œuvre de la stratégie du gouvernement.

Il faudra à l’avenir parfaire ce réseau et l’étendre vers d’autres acteurs sur le plan international.

Je pense ainsi contribuer à traduire les informations et messages de ces acteurs et sources dans un langage stratégique luxembourgeois qui tienne compte de l’environnement international...

Je pense aussi pouvoir jouer un rôle de trait d’union entre les attentes et aspirations des entreprises, notamment américaines, et le gouvernement et apporter mon regard sur la mise en œuvre du plan d’action du gouvernement.

Quelle est votre plus grande satisfaction?

«Difficile! J’en ai eu beaucoup. Je me suis toujours senti une vocation de servir la chose publique et de contribuer à créer de la valeur au profit du pays et de sa population..

Il y a beaucoup de choses qui valent dans une carrière professionnelle, mais contribuer, sur le terrain de façon si visible à la prospérité, à la création d’emplois, de revenu, de conditions de vie améliorées de familles entières est sans doute une des plus grandes satisfactions pour quelqu’un qui s’est engagé au service de l’intérêt général.

J’ai eu le grand privilège et la grande satisfaction de pouvoir servir pendant une période unique de l’histoire économique du pays.

Un regret?

«Non. Mais des moments de frustration et de déception, certes! Qui aime perdre? Un projet pour lequel on s’est beaucoup engagé qu’on n’a pas gagné, des fermetures d’entreprises, des restructurations douloureuses, des pertes d’emplois et de revenu pour des familles entières...

Ce ne sont pas des moments de joie! Mais il faut se relever et regarder de l’avant.

Un conseil pour votre successeur?

«Je lui en ferai part sans intermédiation.»