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Un encombrant trio kazakh à Luxembourg



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Le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, acteur-clé du kazakhgate. (Photo: Licence C. C.)

Selon une enquête des médias belge et français Le Soir et Mediapart, le Luxembourg héberge plus de 50 sociétés d’un trio d’hommes d’affaires kazakhs qui défraient la chronique en Belgique depuis de nombreuses années.

Le kazakhgate, cette histoire belge qui sent le soufre, atteint désormais le Luxembourg. Contre son gré, mais quand même… Au départ de cette affaire de blanchiment d’argent et de corruption visant notamment des politiciens belges, on trouve les noms de trois hommes d’affaires d’origine kazakhe: Patokh Chodiev, Alijan Ibragimov et Alexander Machkevitch. Impliqués dans plusieurs affaires chez nos voisins, ils ont, selon une enquête du Soir et de Mediapart, logé récemment de nombreuses sociétés au Luxembourg.

Le quotidien belge Le Soir parle de 50 sociétés et holdings luxembourgeois créées par les trois hommes et derrière lesquelles on retrouve des membres de leur famille. Un ensemble d’activités qui pèse quelque 13,5 milliards d’euros, dont le géant minier kazakh ERG SARL (Eurasian Resources Group) qui vaut à lui seul 10,3 milliards d’euros. Particularité du groupe: l’État du Kazakhstan en est l’actionnaire principal avec 40%. Selon son site internet, ERG vaut 4% du PIB du Kazakhstan.

Une présence à Arlon

L’élément qui a poussé les deux médias à enquêter sur les activités luxembourgeoises du trio kazakh est une note de la Sûreté de l’État belge qui s’interroge sur l’implantation du «clan Chodiev» à Arlon. La réponse serait une question de proximité avec le Grand-Duché, désormais préféré à des villes comme Londres ou Amsterdam.

Rien d’illégal là-dessous à première vue. Sur le site internet d’ERG, le nom des trois hommes d’affaires apparaît au grand jour. Le problème vient plutôt de leur passé sulfureux. En 1997, déjà, le trio bénéficie d’un appui politique, celui du bourgmestre libéral de Waterloo, Serge Kubla (MR), pour obtenir la nationalité belge sans présenter toutes les conditions nécessaires.

Mais c’est en 2011 que le kazakhgate prend l’allure d’un scandale politique national. Pour faire bref, lorsque le président français Sarkozy rencontre l’autoritaire président kazakh Noursoultan Nazarbaïev en 2009, un contrat de 2,5 milliards d’euros est quasiment signé pour la vente par la France de locomotives et d’hélicoptères.

Mais en échange de ce juteux accord, Nazarbaïev demande un petit service à son nouvel ami: son intervention pour mettre fin à un procès dans lequel sont impliqués les trois hommes d’affaires en Belgique.

Tour de passe-passe

Par accointances, les intermédiaires désignés par l’Élysée pour mener à bien cette demande entrent en contact avec l’avocat et ex-président du Sénat belge, Armand De Decker (MR). On le soupçonne désormais d’avoir joué de son influence politique grassement rémunérée (plus de 700.000 euros) pour parvenir à faire voter une loi élargissant le régime de la transaction pénale. Ce qui a ensuite permis aux trois milliardaires d’échapper à un jugement contre versement de 23 millions d’euros.

Une commission d’enquête parlementaire «kazakhgate» est en cours en Belgique depuis plus de 7 mois. Elle tente d’apprécier les circonstances dans lesquelles ces faits se sont vraiment passés. La myriade de sociétés détectée sur le sol luxembourgeois risque à nouveau de faire douter de la nouvelle transparence que revendique le Grand-Duché par rapport aux sociétés internationales.