POLITIQUE & INSTITUTIONS

Commentaire

Un cliché qui pose question



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Une photo qui a fait le tour des réseaux sociaux et remis un enjeu sociétal au centre des discussions. (Photo: Jacques Shneider/ Facebook)

Une photo sur les réseaux sociaux. Une polémique. Et surtout un véritable enjeu de notre société ultra-consommatrice qu’est celui du gaspillage alimentaire et qui a resurgi dans l’actualité de ce début de semaine.

La publication ce lundi, sur Facebook, de la photo d’une poubelle remplie à ras bord de pains visiblement comestibles a choqué. Elle a aussi fait réagir les internautes, avec des commentaires indignés devant ce qui s’apparentait à un gaspillage ou, pour le moins, une maladresse.

Une erreur d'ailleurs reconnue par Cathy Goedert, puisque le cliché met en cause sa boulangerie qualifiée «de luxe» par des internautes et certains de nos confrères. Une entreprise que la jeune dirigeante mène avec passion, sans forcément devoir être justement cataloguée dans le «luxe» et ainsi forcer un peu le trait, voire le raccourci à la vision de la photo.

La jeune cheffe s'est ainsi fendue très rapidement d'un communiqué de presse: «De par la négligence d’un employé, Cathy Goedert et toute son équipe tiennent à s’excuser pour les photos qui circulent sur les réseaux sociaux montrant des pains dans une poubelle. En aucun cas nous ne tolérons ce qui s’est passé et tenons à informer qu’il s’agissait de pains qui ne pouvaient plus être consommés. Les riverains peuvent attester que nous n’avons jamais jeté de pains. Nous avons toujours redistribué le pain qui n’était plus destiné à la vente auprès de nos employés ou des sans-abri. (…)»

Dans une société aussi paradoxale que la nôtre, le gaspillage alimentaire est mal vu. À juste titre. Alors que nombreux sont les associations et autres organismes œuvrant pour les personnes défavorisées qui accueilleraient volontiers des denrées non utilisées dans l’Horesca et pourtant tout à fait consommables, la législation en vigueur ne le permet que dans des cas très précis. Sécurité sanitaire oblige.

Des données manquantes

Si Cathy Goedert et son équipe peuvent redistribuer des pains, aliments moins sujets à l’évolution rapide des bactéries, d’autres, à l’instar des traiteurs, doivent, faute de permission, jeter d’importants surplus le cas échéant.

Un sujet qui avait déjà valu en février dernier une question parlementaire de la part du député DP Claude Lamberty, dans le sillage du vote en France d’une loi traitant du gaspillage alimentaire. «Le Luxembourg compte-t-il également réagir face au phénomène du gaspillage alimentaire?», demandait le député au ministre de l’Agriculture, de la Viticulture et de la Protection des consommateurs, Fernand Etgen (DP). 

«Nous devons évoluer vers des systèmes de production et de consommation plus durables et trouver des pistes vers une économie circulaire dans le secteur de l'alimentation», reconnaissait le ministre, qui annonçait aussi, dans sa très longue réponse, qu’une étude avait été commanditée fin 2014 par l'Administration de l'environnement.

L’objectif de cette étude est de quantifier le gaspillage alimentaire au niveau national, de repérer les secteurs les plus touchés et d'analyser certaines pistes d'action possibles. «L'étude sera présentée dans les prochains mois», promettait le ministre.

«Où en est-on dans l’élaboration de cette étude? Peut-on déjà tirer des enseignements ou conclusions de cette analyse?», s’interroge le député LSAP Franz Fayot dans une nouvelle question parlementaire adressée lundi, suite aux émois provoqués sur les réseaux sociaux, à la vue du pain jeté.

Des exemples de collaborations entre supermarchés et associations existent, avec un certain succès. Mais la systématisation de l’utilisation des produits proches de leur date de péremption ou non vendus dans la grande distribution ou l’Horesca est loin d’être atteinte.

Si la «photo du jour» aura eu un seul mérite, c’est bien celui de relancer un débat dont l’issue dépend pour beaucoup de la réglementation. L’économie circulaire peut être réalisée dans des secteurs tels que la construction ou les nouveaux modes d’énergie. Elle doit avant tout être un standard dans des domaines sur lesquels nous avons une prise directe, comme notre alimentation.