ENTREPRISES & STRATÉGIES

Marc Wengler, directeur général des CFL

«Un changement profond dans notre réseau»



Marc Wengler entend miser sur les compétences des CFL pour faire davantage rayonner le groupe à l'international. (photo: Jessica Theis / archives)

Marc Wengler entend miser sur les compétences des CFL pour faire davantage rayonner le groupe à l'international. (photo: Jessica Theis / archives)

Élargissement de la gare centrale, liaison directe avec le Kirchberg, suppression des passages à niveau, multimodal sur un mode international… Les CFL poursuivent un agenda ambitieux rythmé par une volonté politique. Le point avec le grand architecte de ces chantiers, Marc Wengler, patron des CFL.

Monsieur Wengler, deux événements récents survenus sur le réseau des chemins de fer ont remis la thématique de la sécurité sur le rail et dans les gares au-devant de l’actualité. Comment cette problématique est-elle traitée au niveau des CFL?

«Il faut tout d’abord préciser que nous distinguons la sécurité ferroviaire – au niveau opérationnel – et la sûreté des voyageurs. Nous effectuons un suivi systématique des incidents avec l’objectif d’adapter continuellement les mesures qui s’imposent, car la sûreté de nos clients et de notre personnel a priorité, de même que, évidemment, la sécurité ferroviaire. En termes de tendances, nous remarquons une diminution des agressions vis-à-vis de notre personnel, mais une augmentation des agressions sur les personnes tierces. L’activité autour d’une gare est en quelque sorte le reflet des rapports au sein de la société. Ceci dit, par rapport à 21 millions de passagers transportés en 2014 il y a eu, si on peut se permettre de relativiser, 61 agressions.

Quelles sont vos actions sur le terrain en matière de sûreté?

«Elles reposent sur trois piliers: technique, humain et la sensibilisation. Le pilier technique concerne par exemple les caméras qui sont présentes dans quasiment l’ensemble du parc de trains voyageurs. 13 gares sont aussi dotées de vidéosurveillance ainsi que tous les ascenseurs. Il en est de même pour tous nos bus. Soit au total quelque 2.000 caméras. L’éclairage, le choix du mobilier, le recours à des ascenseurs transparents font aussi partie de cette démarche. Au niveau humain, tout train des CFL est accompagné par un agent, ce qui nous distingue d’autres compagnies. En Allemagne, ce quota ne dépasse pas 20% dans les trains régionaux. Nous disposons aussi, depuis 2006, d’une équipe de sûreté d’une trentaine de personnes qui effectue des tournées de surveillance avec une mission préventive. Nous participons à des campagnes de sensibilisation dans des lycées, entre autres initiatives. Prochainement, nous allons installer une structure d’accueil en collaboration avec la Ville de Luxembourg pour accueillir et soutenir les personnes en difficulté qui gravitent autour de la gare. L’ensemble de ces mesures sont suivies systématiquement par un comité de pilotage.

Considérez-vous que vous disposez des moyens nécessaires pour assurer la sûreté des voyageurs?

«À ce stade, nous préférons jouer un rôle préventif et assurer le lien avec les forces de police lorsqu’une intervention est nécessaire, plutôt que d’élargir nos prérogatives. Nous allons continuer à investir au niveau technique dans le cadre de projets de rénovation ou de nouvelles infrastructures. Je pense notamment à la nouvelle plateforme multimodale dont les travaux commenceront en 2017 à Ettelbruck. En attendant la livraison des nouvelles infrastructures, des moyens supplémentaires (p.ex. des caméras, tournées supplémentaires d’une équipe de sûreté…) seront déjà déployés.

Le visage du futur pôle multimodal stratégique pour le nord du pays.136 millions d'euros ont été débloqués pour le projet.

Quels sont vos objectifs généraux pour les prochains mois? 

«Nous poursuivons les grands projets d’infrastructures planifiés et déjà entamés pour certains, dont la nouvelle ligne Luxembourg-Bettembourg pour laquelle les premiers travaux de déboisement ont débuté. La mise à double voie de la ligne Luxembourg-Sandweiler avance aussi. Ces deux projets concernent respectivement 300 et 215 millions d’euros.

Les arrêts Cents et Sandweiler-Contern seront renouvelés. Nous allons aussi finaliser en 2015 les travaux de suppression de deux passages à niveau à Oberkorn. Les premiers travaux de déboisement ont aussi été réalisés pour la construction du nouvel arrêt Kirchberg-Pfaffenthal. 

Sur le plan du fret, le chantier majeur concerne la mise en place de la plateforme multimodale de Bettembourg dont la deuxième phase de financement – 39 millions – a été votée la semaine dernière à la Chambre des députés. La première phase du site sera opérationnelle en juillet 2016, la seconde en décembre 2016 et le bâtiment administratif en juillet 2017. Nous envisageons les travaux de finition d’ici mi-2018.

 

Entendez-vous vous attaquer à d’autres passages à niveau pour des raisons de sécurité? 

«Une des prochaines phases concernera la suppression du passage à niveau 56 de Cents ainsi que le passage à niveau 4a à Bettembourg. Depuis 10 ans, ce sont en moyenne un, voire deux passages à niveau qui sont supprimés par année. Nous relevons une quarantaine d’incidents par an liés aux passages à niveau. Leur suppression est donc dans l’intérêt de la fluidité et de la sécurité du trafic. Elle doit se faire en coordination étroite avec les communes.

Le nouvel arrêt «Pont-Rouge» est attendu pour fin 2017, l’agenda sera-t-il tenu?

«Précisons tout d’abord que l’arrêt porte le nom de ‘Kirchberg-Pfaffenthal’ puisque les arrêts ferroviaires portent le nom des villages qu’ils traversent. Le timing est certes serré, mais nous mettons tout en œuvre pour amener un changement profond dans notre réseau, à savoir la connexion directe du Kirchberg via le rail, soit un gain estimé d’au moins 10 minutes en provenance du sud et de 20 minutes pour les usagers de la ligne du nord qui ne devront plus passer par la gare centrale. Au stade actuel, les travaux de déboisement sont terminés et nous sommes au cœur du processus d’appel à candidatures pour le gros œuvre.

Un arrêt qui sera adossé au futur tracé du tram.

Quelle sera la cadence des trains vers le Kirchberg?

«La vision ultime est de procéder à des liaisons toutes les 10 minutes. Nous devrons aussi reconsidérer la cadence générale du trafic ainsi que le nombre de nos trains.

La gare centrale sera-t-elle encore adaptée à ces nouveaux flux? 

«Nous allons devoir progressivement élargir la gare pour éviter un effet de goulot d’étranglement compte tenu des nouvelles lignes et liaisons. Nous comptons déjà un train toutes les minutes aux heures de pointe. Il serait difficile de faire plus dans les conditions actuelles. Nous envisageons donc un cinquième, voire un sixième quai à l’échéance de 2020.

Les gouvernements belge et luxembourgeois ont annoncé lors de la dernière réunion dite Gäichel VIII qu’une tarification unique entre la Belgique et le Luxembourg serait mise en place d’ici juillet prochain. Est-ce réalisable selon vous?   

«Il s’agit d’un dossier qui doit évoluer en premier lieu sur le plan politique. Nous avons aussi des contacts avec nos collègues belges, donc le point est à l’ordre du jour d’une réunion conjointe des directions générales des deux compagnies planifiée en mai.

Quel bilan tirez-vous de la collaboration avec DB pour offrir des trains vers Coblence en couplage avec ceux venant de Sarrebruck? 

«Les liaisons sont en place depuis le 1er janvier 2015. D’ici la fin du mois, nous devrions régler les quelques dernières adaptations techniques, avec une offre de 18 trains journaliers comme prévu. La région allemande va aussi être mieux desservie par la réhabilitation pour le trafic voyageur de la ligne ‘Weststrecke’ que le gouvernement a officialisée.

De nouveaux P+R sont-ils prévus?

«Nous allons mener des études de faisabilité en différents endroits à ce sujet, notamment à Wasserbillig, Rodange et Mersch suivant les lignes directrices du Fonds du rail. Wasserbillig et Rodange font du sens au niveau des liaisons frontalières, Mersch est important pour la ligne du nord.

Quelles sont vos ambitions avec CFL cargo?

«Nous ne pouvons pas encore dévoiler les résultats 2014 dans le détail, mais on peut d’ores et déjà parler des meilleurs résultats de l’histoire de CFL cargo. Ceci nous conforte dans notre conviction de la prise d’importance du transport combiné dans les années à venir. Nous expédions cinq trains par semaine vers Trieste avec un potentiel intéressant pour 2016. Trois trains relient Lyon, il est envisagé de doubler la cadence d’ici à la fin de l’année. Nous ambitionnons aussi d’étendre nos antennes vers le nord via Duisbourg en Allemagne.

Dans le domaine du fret conventionnel, nous voulons développer davantage la Lorraine ainsi que l’Europe de l’Est. Grâce à nos cinq filiales à l’étranger, nous avons réussi à capter des revenus supplémentaires. Nous voulons dupliquer ce modèle dans le domaine de la maintenance des wagons dédiés aux autoroutes ferroviaires avec l’idée à terme de créer à l’étranger des pôles de compétence autour des terminaux.»