POLITIQUE & INSTITUTIONS

Négociations gouvernementales

Un Big Four en piste



kinsch.jpg

La présence d'Alain Kinsch aux côtés du DP dans les négociations gouvernementales suscite pas mal de réactions. (Photo: Julien Becker/archives)

La présence d’un des Big Four dans le tour de piste pour former le prochain gouvernement suscite pas mal d’émotion. Les grands cabinets ont déjà leur mot à dire dans la politique luxembourgeoise. Luc Frieden a même «recruté» l’un d’eux.

La présence d’Alain Kinsch, le patron du cabinet EY, dans la délégation du DP pour former le prochain gouvernement a suscité autant de réactions enthousiastes qu’allergiques dans la population. D’autant que nul ne sait si cette présence aux côtés des libéraux n’est pas un prélude à une participation au gouvernement, même si Alain Kinsch a fait savoir à paperJam.lu qu’il intervenait en tant qu’expert externe. L’intéressé ne souhaitait pas faire d’autres commentaires.

Les libéraux n’ont jamais caché avoir écrit leur programme électoral avec l’aide des Big Four consultés pour déterminer où se trouverait le potentiel susceptible de rendre le paysage fiscal luxembourgeois encore plus attrayant, dixit le député sortant Claude Meisch dans la presse. La marge de manœuvre du futur gouvernement de coalition bleu, rouge et vert, avec ou sans consultant, sera toutefois réduite dans la conduite d’une politique fiscale différente de ce qui a été fait par le CSV aux commandes du ministère des Finances.

L'État bon client

Nos recherches ont établi que l’État luxembourgeois est un bon client des firmes d’audit avec lesquelles il dépense environ 10 millions d’euros par an. En 2012, les prestations facturées à l’État par le cabinet EY se sont élevées, selon nos sources, à 0,0224% du budget des dépenses de l'État, soit 2,5 millions d’euros.

Tous les grands cabinets sont fournisseurs. PwC a même une dizaine de numéros de fournisseurs auprès de l’État. EY n’en a que deux, KPMG une quinzaine et Deloitte six.

Ces collaborations sont rarement étalées au grand jour. On se rappelle, tout de même, que c'est Deloitte qui avait réalisé la série de rapports sur le poids du secteur financier dans l'économie luxembourgeoise, pour le compte du Codeplafi (Comité de développement de la place financière). Plus près de nous, dans le dossier Cargolux, c'est la firme PwC qui était montée en première ligne lorsqu'il avait fallu détailler le «deal» avec Qatar Airways

Même le cabinet Arthur Andersen, qui a disparu depuis des lustres dans le sillage du naufrage d’Enron, dispose encore de pas loin de dix lignes de fournisseurs auprès de l’État, lequel doit visiblement faire un peu d’ordre dans son portefeuille...

Luc Frieden, ministre des Finances sortant, aimait particulièrement la compagnie des Big Four. Il a même loué les services d'un expert externe de Deloitte en la personne de Georges Deitz pour se faire conseiller dans sa politique en matière fiscale.

Et que paie l’État pour les services rendus? Le tarif habituel, c’est-à-dire entre 1.000 et 1.350 euros la journée hors TVA; 1.200 étant un tarif habituel pour des «gros» clients. Dans le cadre de missions ponctuelles, ce tarif peut monter à 1.800 euros.