ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

SMS, So Many Services

SMS, So Many Services



Paperjam

Gadget incontournable pour toute une génération, le SMS peut également être un formidable outil professionnel. Les technologies de la communication offrent une variété infinie de possibilités. 

N'est-il pas devenu, aujourd'hui, pour le moins réducteur de parler encore de téléphone mobile, au vu de tout ce qu'il est possible de faire avec les équipements actuels du marché? SMS, MMS, appareil photo, caméra, console de jeu, organizer, navigateur Internet, terminal de paiement, géolocalisation': les possibilités ne manquent pas, et même si la "killer application' reste encore et toujours la transmission de la voix, toutes les fonctionnalités et services associés prennent aujourd'hui de plus en plus d'importance.

De fait, les initiatives ne manquent pas pour exploiter au mieux les presque infinies possibilités qu'offrent les technologies de communication actuelles, en particulier dans le monde de la mobilité. Avec comme principale nécessité, celle de pouvoir assurer une continuité des services, particulièrement pour les échanges de données. "Avec le réseau GSM, on dispose d'un système permettant des communications point à point. Grâce au développement des normes GPRS et, bientôt, UMTS, on constitue vraiment un réseau de télécommunications complet à haut débit, qui n'est autre qu'une réelle extension vers l'extérieur du réseau d'entreprise existant, explique Hervé Schroeder, membre du comité de Direction de P&T Consulting. Outre les aspects de débits, ces nouvelles technologies permettent une permanence de la liaison, tout en présentant des aspects de sécurité équivalents à la technologie fixe". Autant de facteurs devant, à ses yeux, favoriser les nouveaux usages de la mobilité.

En matière de sécurité, la société Secaron, par exemple, propose une solution sécurisée d'accès à distance développée par Nokia, qui fait appel à une authentification forte par voie de certificat, ainsi qu'à l'encryption des communications. Indépendamment de la plate-forme (Internet ou Extranet) utilisée, les accès sécurisés FTP, http, Windows et Unix NFS sont donc accessibles par un PC, laptop ou un simple communicateur.

Ce n'est évidemment qu'un exemple parmi d'autres et il n'existe plus vraiment de limite technologique à la transmission de l'information et ce sera encore plus le cas lorsque l'UMTS sera vraiment opérationnel, permettant des transmissions à réel haut débit (par rapport au GPRS). Tout sera fonction de la politique prônée par l'entreprise en matière de communication, qui voudra privilégier tel ou tel support entre le "téléphone" mobile, l'ordinateur portable, le PDA... "C'est clairement par l'apport de ces nouvelles technologies que l'on peut envisager sereinement l'intégration des applications et des services dont on a besoin', ajoute M. Schroeder.

Mais de quels besoins parle-t-on, justement? Quelle est la maturité des entreprises en matière de mobilité? Quelles sont les véritables applications de contenu appropriées et disponibles? Les besoins en communication se limitent-ils à la voix et aux SMS? Quelle sera la "killer application' qui pourra générer du contenu avec un intérêt économique démontré? Autant d'interrogations qui constituent aujourd'hui encore, bon nombre de freins aux investissements possibles en matière d'applications mobiles.

Mais, clairement, de nouvelles perspectives s'ouvrent, dans un concept M to M (machine to machine), exploitant le déclenchement de certains processus à distance. Un appareil distributeur automatique de boissons est parfaitement en mesure de signaler automatiquement, à la société qui assure son approvisionnement, qu'il approche de la rupture de stock... "C'est vraiment une application basique, qui met en jeu des capteurs et l'envoi d'un message au travers d'une connexion permanente, résume M. Schroeder. Ce business M to M est sans doute porteur, mais l'application qui génère du contenu n'est pas encore vraiment définie. Nous en sommes encore encore à une sorte de phase de veille technologique, car on constate que le besoin actuel en communication entre les hommes n'a pas forcément attendu l'avènement de ce type de technologies pour se développer". Le succès mondial du GSM et du SMS est là pour le démontrer.

Le besoin reste-t-il à créer ou doit-il seulement être qualifié autour des nouveaux usages? Là est toute la question dans le contexte économique actuel et les opérateurs, autant que les fournisseurs de services, doivent faire la part des choses entre le besoin en communication et l'opportunité réelle d'un nouveau besoin, en gardant à l'esprit que ce besoin sera loin d'être le même pour une entreprise que pour un particulier. "On note tout de même, aujourd'hui, qu'un certain nombre de barrières et de contraintes technologiques se lèvent, qui vont favoriser le développement de la mobilité tant pour le grand public que pour les professionnels", observe Hervé Schroeder, qui prend à témoin la récente annonce de la mise en place du système de micro-paiement par la ville de Luxembourg: plus la peine de se déplacer physiquement pour accomplir certains actes administratifs. "Qui sait si le téléphone ne sera pas la carte de paiement de demain' L'évolution de la technologie mobile et d'Internet, par leurs capacités de sécurité et de débit, permettront d'envisager de tels scénarios. Quant à savoir si l'aspect sociologique de cette évolution représente une bonne chose ou pas, c'est un autre débat. Personnellement, j'avoue que je ne souhaiterais pas piloter toute ma vie depuis mon terminal mobile...besoin en communication oblige !"

Micro-paiements par SMS: c'est parti!

La ville de Luxembourg, avec son projet e-City/I-C-M (Internet-Connecté-Mobile), est très avancée en matière d'applications mobiles. Avec un peu de retard sur ce qui était initialement prévu, elle vient donc de rendre possible les micro-paiements via SMS, pour toute une série d'actes administratifs payants, réalisés sur le site Internet de la ville.

Le principe est simple: le serveur de la ville de Luxembourg demande à l'internaute son numéro de GSM, qui sera transmis au serveur de l'opérateur de téléphonie mobile. Celui-ci vérifie qu'il s'agit bien d'un abonné (ou d'une carte prépayée de son réseau) et envoie un numéro de transaction au serveur de la ville. Le client reçoit ensuite un SMS lui demandant de confirmer le paiement, lequel sera facturé directement par l'opérateur GSM (ou prélevé sur la carte prépayée) puis redistribué à la ville de Luxembourg.

Cette solution de micro-paiement par SMS a été développée par la ville de Luxembourg, en collaboration avec l'Entreprise des P&T, Tango/Tele2 et P&T Consulting. Les communications entre le serveur de la ville et les serveurs des opérateurs se font par Webservice, via le protocole SOAP (Simple object access protocol), qui assure l'interopérabilité des systèmes. Une convention devrait également être signée avec le 3e opérateur, VOX.mobile, quand son offre de services sera lancée.

Le citoyen a, bien sûr, toujours la possibilité d'effectuer un paiement bancaire, mais le micro-paiement offre la rapidité, puisque les documents ne sont envoyés qu'une fois la facture acquittée. Mais, comme on l'a déjà évoqué, cette rapidité n'est pas gratuite, puisque pour un document d'une valeur de 2 euros, il en coûtera finalement 2,60 euros. Une tarification qui comprend les 2 SMS et les frais de transaction correspondant à 15% du montant de base, le tout facturé par l'opérateur téléphonique. Reste que ce coût peut être relativisé en prenant en compte le fait de ne pas avoir à se déplacer en ville pour venir chercher les documents, économisant ainsi temps et frais de stationnement ou de transports en commun.

"Je crois que le micro-paiement va se développer car les systèmes de cartes de paiement actuels ne sont pas suffisants", estime Alex Zivoder, CEO de Tango. "C'est un système génial qui se prête aux petits paiements jusqu'à 20 euros", se réjouit pour sa part le bourgmestre de la ville, Paul Helminger.

Pour l'heure, le système permet de commander une quinzaine de documents administratifs dans différentes versions, soit une cinquantaine de documents au total, tels que certificat de résidence, de composition de ménage, fiche d'état civil, acte de naissance, de mariage, de divorce et de décès, ou encore l'inscription sur les listes électorales.

A l'avenir, les micro-paiements permettront bien d'autres possibilités comme le paiement du parking par SMS, ce qui devrait être le cas à Luxembourg-ville d'ici six mois, assure Jim Wanderscheid, coordinateur e-city. "Il y aura un numéro d'appel par zone, qui sera indiqué sur le parcmètre, et l'agent sera directement relié au système pour vérifier que la voiture stationnée n'est pas en infraction', précise-t-il. Il y aura même la possibilité d'envoyer un SMS au conducteur pour lui demander s'il veut prolonger le paiement mais aussi celle de se faire rembourser ce qui n'aura pas été consommé. Ces possibilités existent, reste à voir si elles seront exploitées, pour des questions d'intérêt et de... rentabilité.

Développer la communication horizontale

Manipuler des SMS est, aujourd'hui, devenu on ne peut plus courant et il suffit de voir l'engouement sans précédent rencontré auprès des jeunes pour imaginer que dans quelques années, ce mode de communication sera particulièrement dominant dans nos habitudes.

La jeune société luxembourgeoise m-plify l'a bien compris et s'est concentrée sur la notion de communication critique: être sûr de pouvoir communiquer à plusieurs personnes simultanément, qu'un événement, quel qu'il soit, est survenu, en faisant totalement abstraction des réseaux de télécommunication, qui ne sont finalement qu'une voie parmi d'autres pour atteindre l'utilisateur final. "Nous proposons des applications qui sont indépendantes de l'opérateur télécom et du pays et nous avons déjà des clients en Australie ou aux Etats-Unis", précise Alex Alexandrino, responsable du Business development chez m-plify.

Recevoir un rappel d'horaire de départ de bus, une date de ramassage de poubelles, ou bien une "alerte" rappelant la prise d'un médicament à une heure précise: voilà le type de services proposé par la société qui, outre un système d'envoi ou de réception de messages, propose également leur archivage et leur gestion.

Mais la solution sur laquelle m-plify concentre actuellement ses efforts, c'est Alarm-TILT, dont la version 4.0 vient de sortir. Il s'agit d'une transmission ciblée de messages à partir de l'analyse d'une alerte provenant de n'importe quel système automatisé (surveillance incendie, réseau informatique, contrôle des températures dans une pièce...). "Selon le type et le niveau des alertes, le ou les destinataires du message ne sont pas les mêmes, précise Hubert Schumacher, fondateur et CEO de m-plify. Cela permet une réelle systématisation des procédures d'urgence, selon un principe de communication horizontale, entre destinataires, en plus de la communication verticale, entre un système et un utilisateur". A charge pour le destinataire d'un message d'alerte d'en accuser réception, ce qui sera signifié à tous les autres destinataires.

Toutes les communications sont archivées au niveau du serveur de m-plify, ce qui permet ensuite de faire un reporting complet de la gestion du moindre incident et de connaître toutes les étapes dans la chaîne de notification. "Si un destinataire n'a pas reçu d'alerte, nous savons parfaitement identifier à quel endroit le processus a été interrompu", note M. Alexandrino. La liaison avec le client se fait via une connexion IP (Internet, VPN, ...) ou mobile (SMS, GPRS, ...) et le support final sur lequel le message d'alerte doit être envoyé (SMS, e-mail, alertes vocales).

Aujourd'hui, l'activité de la société est à 75% internationale, avec un bureau à Bruxelles (spécialisé dans la commercialisation à destination des sociétés pharmaceutiques) et un à Munich (pour la commercialisation des produits, principalement AlarmTILT, aux opérateurs télécoms).

Libéraliser l'utilisation des SMS et MMS

L'intérêt de travailler dans le domaine des services de messageries n'a pas échappé à une autre jeune société luxembourgeoise, Nvision, créée en 2000 et initialement active en tant que "simple" Web agency, spécialisée dans les développements techniques de sites Internet.

Il y a deux ans et demi, pourtant, la société s'est tournée vers une autre direction, certes très proche: la téléphonie mobile, en visant concrètement le créneau des SMS et de leur extension multimédia, les MMS. C'est ainsi que Nvision a développé, pour le compte de LuxGSM, une "Messaging Platform', sur laquelle tout le monde peut se connecter pour envoyer et recevoir des messages. "L'idée est de libéraliser l'envoi et la réception des SMS, à partir d'applications non connectées au réseau", explique Raoul Mulheims, administrateur, project management chez Nvision.

Cette plate-forme est déjà opérationnelle pour les SMS, et ne devrait pas tarder à l'être pour les MMS, une fois qu'auront été résolues les dernières impasses technologiques.

Fort de ce premier succès, Nvision a développé sa propre solution, SMS Clearing, qui permet l'envoi et la réception de SMS par tous types d'applications, à tous les réseaux mobiles luxembourgeois. Il n'y en a que deux pour le moment; mais dès que le troisième ? VOXmobile ? sera opérationnel, il devrait s'ajouter à la liste. "Cette plate-forme est destinée à servir à tous genres d'applications, comme les micro-paiements ou les envois automatiques de messages. Le routage est défini en fonction de chaque client, pour chaque service", précise Mike Sergonne, administrateur, Sales & Marketing, chez Nvision.

Objectif avoué: parvenir à une certaine universalité dans l'échange de messages. La société a, par exemple, développé un service pour le compte de la protection civile, qui gère le centre d'appels 112. Afin de réduire la quantité d'appels qui ne concernent qu'une demande d'information sur l'endroit où se trouvent les pharmacies de garde, il sera très bientôt possible d'envoyer un simple SMS en mentionnant son code postal, et on recevra en retour un message indiquant l'adresse des deux officines les plus proches.

Reste que si tout semble possible, tout ne se réalisera pas. "Les applications de micro-paiement sont intéressantes à développer, mais il convient de préparer des modèles appropriés pour des marchés spécifiques, tempère ainsi Mike Sergonne. Il est par exemple inimaginable de penser pouvoir payer une bière au comptoir avec un SMS. En revanche, pour des transactions via Internet, c'est déjà plus adapté".

De même, les contraintes de tarifications appliquées par les opérateurs lors des échanges de SMS dits "surtaxés" (ceux échangés dans le cadre de jeux télévisés ou de demande de services particuliers ? horoscope, météo, ...) font que, dans les modèles actuels en vigueur, le fournisseur de contenu ne touche que 50% à 70% du prix final payé par l'utilisateur. "Mais en matière de SMS surtaxés, le Luxembourg a encore au moins un an de retard sur les autres pays, constate M. Mulheims. On préféré attendre de voir comment cela se passait: une approche très conservatrice qui s'explique aussi par la spécificité du marché. Le boom de ces services ne fait que commencer".

Ainsi, même si le Luxembourg apparaît plutôt bien équipé en terminaux mobiles (le pays n'affiche-t-il pas un taux de pénétration supérieur à 100%, selon les données de la commission européenne?), il subsiste toujours le vague sentiment que tout ce qui aurait pu être fait pour que le marché se développe plus vite ne l'a pas forcément été. Mais mieux vaut tard que jamais...