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Slate.fr sous pavillon luxembourgeois



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L’ancien président du directoire du journal Le Monde, Jean-Marie Colombani, un des cofondateurs de Slate.fr, préside le nouveau conseil d’administration de la société éditrice du site français d’information en ligne. (Photo: Youtube France 3 Corse)

Le magazine français d’information en ligne est désormais majoritairement contrôlé par les banquiers Benjamin et Ariane de Rothschild, à partir de holdings familiales établies au Grand-Duché. Gros plan sur les nouveaux actionnaires forts d’un des médias français de référence.

Déjà actionnaires principaux du site français d’information en ligne Slate.fr, Benjamin et Ariane de Rothschild, baron et baronne de leur état, ont franchi un cap supplémentaire. Comme l’a révélé récemment le quotidien Libération, les deux banquiers genevois ont ainsi pris le contrôle majoritaire du média français qui, depuis sa création en 2009, a toujours eu du mal à joindre les deux bouts.

L’opération s’est faite via Cattleya Finance, une des sociétés holdings familiales établies au Luxembourg, créée en juillet 2010. D’abord logée à la même adresse que la banque, boulevard Emmanuel Servais, la société a «émigré» à Leudelange début 2016.

Ainsi, le 30 juin dernier, les associés de la société française E2J2 (dont le nom reprend les initiales de ses associés fondateurs, les journalistes Éric Leser, Johan Hufnagel et Éric Le Boucher et l’économiste Jacques Attali), éditrice de Slate.fr, ont acté, à l’unanimité, une augmentation de capital d’un montant global «d’environ 2,15 millions d’euros».

Cette recapitalisation s’est faite via l’émission d’un maximum de 252.942 actions dites «de préférence», qui confèrent un droit de priorité, par rapport aux actions ordinaires, sur toutes les distributions et sur l’actif net de liquidation de la société.

27 associés qui s’effacent

Cette décision a été motivée par «les difficultés financières que rencontre la société», comme le mentionne le procès-verbal de la réunion d’actionnaires qui a validé l’opération prévue de se dérouler en trois étapes endéans 18 mois.

Les 27 autres associés d’E2J2 ont renoncé à leur droit préférentiel de souscription au profit de Cattleya Finance. Une première augmentation de capital de 1,15 million d’euros a ainsi été validée, le reste devant être injecté dans le cadre de deux autres augmentations portant, chacune, sur un montant de 500.000 euros, déjà inscrites au programme.

La structure de gouvernance d’E2J2 a, par la même occasion, été changée, le conseil de surveillance jusqu’alors en place étant supprimé au profit d’un conseil d’administration présidé par Jean-Marie Colombani et dans lequel siège le Libanais Johnny El Hachem, par ailleurs CEO d’Edmond de Rothschild Private Equity et également administrateur de Cattleya.

Une assemblée générale d’E2J2, prévue à la mi-septembre, devrait donner l’occasion à M. Colombani de donner davantage de précisions quant à la teneur du projet éditorial qui suivra ces changements capitalistiques et organisationnels.

À noter que lors de cette même réunion des associés, le projet d’augmentation de capital réservée aux salariés, et qui portait sur un total de 30.000 actions ordinaires nouvelles d’une valeur nominale unitaire de 1 euro, a été rejeté par les associés, «en l’absence d’obligation légale de décider une telle augmentation (…) et compte tenu du contexte de l’opération».

Actionnaires depuis 2015

Cattleya Finance (dont le nom évoque un genre d’orchidée originaire des forêts tropicales d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud) était déjà présente dans le capital d’E2J2. Au 31 décembre 2016, elle indiquait ainsi dans son rapport annuel être actionnaire de la société française pour un montant total de 2,08 millions d’euros.

En mars 2015, Cattleya avait déjà souscrit à près de 110.000 obligations convertibles de la société E2J2, transformées, en octobre, en capital pour un montant de 1,61 million d’euros. E2J2 avait affiché, en 2015, des pertes de 1,93 million puis de 2,60 millions en 2016. Le tout assorti d’un actif net négatif de 1,43 million d’euros.

Dans le même temps, une autre holding familiale affichant également des accents botaniques, Lampsane Investissement (il s’agit d’une plante herbacée annuelle à petites fleurs jaunes, aussi appelée poule grasse…), détenue à 100% par Cattleya, avait elle aussi souscrit à des obligations convertibles. L’opération n’avait porté «que» sur 99.000 obligations pour un montant total de 1,35 million d’euros.

L’ensemble de ces obligations, libérées en plusieurs tranches, avait été converti en capital en juin 2016, portant alors la participation de Lampsane à 18,65% du capital de E2J2. D’après le journal français Les Échos, en deux ans, la part du capital du couple Rothschild était alors passée de 29,3% à 46,2%.

À noter enfin que chez les Rothschild, l’attirance pour les médias n’est pas nouvelle. Dans une autre branche de la famille – avec laquelle, du reste, les relations sont parfois tendues, comme en témoigne le conflit judiciaire autour de l’utilisation même du prestigieux nom de famille –, Édouard de Rothschild, un cousin, avait un temps été l’actionnaire majoritaire du quotidien français Libération, désormais contrôlé par l’homme d’affaires franco-luso-israélien Patrick Drahi (groupe Altice, ex-SFR).