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Six mois pour convaincre



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Luxair, au sortir d'une mauvaise année 2003, s'est engagée dans une profond chantier de restructuration.

Voilà Luxair placée au pied du mur... Les résultats 2003 de la compagnie, présentés le 12 mai, ne laissent en effet plus aucune possibilité d'attendre. Au contraire, il faut agir. Et vite. La nomination de Marc Hoffmann, président du comité de direction et administrateur délégué de Dexia-BIL, comme nouveau président du conseil d'administration de Luxair est, dans ce contexte très difficile, considérée partout comme un signe positif.

Si le groupe Luxair affiche un bilan 2003 tout a fait respectable, c'est essentiellement grâce aux activités de cargo handling et, dans une moindre mesure, au handling passagers, au catering, aux airport shops et à Luxair Tours (ce dernier étant toutefois toujours en négatif, mais en redressement, selon la direction). Au total, ces activités ont généré 9,8 millions d'euros de bénéfices.

A l'inverse, l'activité de transport aérien est en plein marasme et a affiché 10,6 millions de pertes en 2003, avec un chiffre d'affaires en chute de 9%, à 172,3 millions d'euros. Du coup, le bénéfice net du groupe devient quasi symbolique, à 3,6 millions d'euros, contre 29,6 millions en 2002. De quoi s'interroger ouvertement sur l'avenir de Luxair...

En soi, ce mauvais bilan 2003 n'est pas une surprise et chacun s'attendait d'ailleurs à des résultats inquiétants. La compagnie souffre, comme toutes les autres, de la crise la plus grave de toute l'histoire de ce secteur, à laquelle vient s'ajouter la pression de plus en plus forte des compagnies à coûts et tarifs bas (qui, elles, sont florissantes, pour l'heure), qui se trouvent aux portes du Luxembourg. Sans oublier, évidemment, les effets du crash du 6 novembre 2002 et la crise interne qui a alors éclaté au sein de la compagnie. Un ensemble très difficile à gérer en même temps.

Si la page du crash semble tournée, et la remise en ordre interne à ce niveau est achevée ou presque, Luxair souffre néanmoins de la lourdeur des structures et des frais de personnel dont la hausse ( 9% en 2003, soit 106,9 millions d'euros) est devenue intenable face à la réalité du secteur. "Là, il faut prendre en compte l'implication de l'Etat, l'actionnaire majoritaire, et donc pour Luxair une fonction, une responsabilité qui vont parfois au-delà de l'entreprise et de sa gestion. Certaines décisions peuvent être prises dans l'intérêt de l'Etat, mais peut-être pas dans celle de la rentabilité de l'activité", notent des observateurs, qui insistent sur l'urgence d'agir sur la structure et les frais de personnel, sans quoi tout redressement sera impossible.

Le processus est en route, puisque Christian Heinzmann, le Directeur général et président du Comité de direction de Luxair, a annoncé que le conseil d'administration venait d'approuver un plan - "qui a reçu l'aval du politique", a-t-il précisé - visant à retrouver l'équilibre en 2005. "Il y aura des décisions impopulaires mais pas de plan social, a ajouté M.Heinzmann, Il faudra se remettre en question, surtout dans l'airline. Nous allons analyser toutes les faiblesses de la société, nous comparer au niveau européen et revoir la structure de la société pour une hausse de la productivité. A nous de faire mieux ce que nous faisons déjà bien et d'arrêter ce que nous ne faisons pas bien. Cette restructuration sera menée avec les partenaires sociaux. Nous nous sommes donné six mois pour cela".

Il est dans les attributions du président du Conseil d'administration de définir les grandes orientations stratégiques de la société. C'est donc à Marc Hoffmann, nommé à la succession d'Alain Georges, que revient cette lourde tâche. "La première chose sera de redéfinir les attentes de chacun de nos actionnaires, nous a-t-il expliqué. Nous avons des actionnaires privés et publics et il est important de clarifier les visions et les stratégies souhaitées par chacun. Il est également important que Luxair se redéfinisse elle-même".

Luxair est une compagnie "régionale" et, aux yeux du nouveau président de son C.A., est capable de tirer son épingle du jeu de cette position. "A condition d'opérer à partir d'une base de coûts basse et d'exploiter les niches rentables. Il est impératif que nous soyons flexibles et capable de réagir rapidement aux menaces, tout en allant chercher les opportunités quand elles existent". Dans cette optique, M. Hoffmann juge le plan de restructuration mis en oeuvre "extrêmement bien articulé".

Arrivant avec, derrière lui, une gestion pour le moins réussie des adaptations structurelles entreprises chez Dexia-BIL, Marc Hoffmann entend bien "exporter" son expérience chez Luxair. "Fondamentalement, quelle que soit l'activité d'une entreprise, il y a de nombreux points communs dans la façon de la gérer, au niveau des ressources humaines, des relations avec les partenaires sociaux ou des volets financiers. Que je n'ai pas, au départ, un "passé" important dasns le secteur aérien, n'est pas un handicap, surtout dans le rôle spécifique de président de Conseil d'Administration', estime-t-il.

Au sortir de la période de fortes turbulences qu'a traversé Luxair dans la continuité du crash du 6 novembre 2002, Marc Hoffmann aura donc aussi la tâche de rendre un maximum de sérénité et d'apaisement au sein d'une société particulièrement secouée par les événements. "Ces tragiques événements ont mis en lumière des retards que nous avions dans certains aspects de la gestion de l'entreprise, mais nous avons su les résorber depuis. La sérénité et l'apaisement viendront avec les résultats de la mise en place de notre nouvelle stratégie", assure M. Hoffmann.

Quelles seront, au final, les conséquences sur l'équipe de direction de Luxair de ce changement de présidence et ce plan de restructuration' Il est évoqué, par exemple, des retouches dans certains modes de fonctionnement, comme par exemple l'abolition du système de prise décision à l'unanimité, au sein du comité de direction. Mais un signe fort est à souligner: ce comité de direction a survécu aux fortes turbulences sans qu'aucune tête ne tombe...

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Pierre Gramegna (Cargolux): "Le modèle d'affaires de Cargolux a de beaux jours devant lui"

Pratiquement dans le même temps que Luxair, Cargolux (dont Luxair est un des actionnaires fondateurs et qui représente un partenaire d'affaires essentiel dans les activités de Cargo handling) a également changé la tête de son Conseil d'Administration. Pierre Gramegna, l'actuel Directeur de la Chambre de Commerce, y a remplacé Roger Sietzen, dont l'intérim à ce poste (il avait remplacé à titre provisoire, Heiner Wilkens, poussé dehors par son conseil d'administration, en total désaccord avec sa vision d'entreprise) durait depuis... avril 2001.

Compte tenu des liens unissant les deux compagnies, Luxair a évidemment tout intérêt à ce que Cargolux continue sur sa croissance, dont il en bénéficie pleinement. "Pierre Gramegna est un politique qui a été choisi par l'Etat avec une casquette Luxair, tandis que Heinzmann était sorti du comité de direction de Cargolux", notent d'ailleurs certains observateurs, qui s'inquiètent de cette sorte de "mainmise" de l'Etat sur Cargolux.

Contrairement aux apparences, Pierre Gramegna - qui fut également administrateur Luxair entre 2002 et 2003 - n'est pas forcément un "novice" dans le métier: "J'ai eu la chance au cours de ma carrière de diplomate d'être souvent amené à m'intéresser au secteur aérien. J'ai par exemple été, en tant que directeur des relations économiques internationales au ministère des Affaires Etrangères, responsable de la politique aérienne du Luxembourg dans ses aspects juridiques et diplomatiques en étroite coopération avec le ministère des Transports. La plupart des négociations en cours avaient le plus souvent pour objet d'assurer des droits d'atterrissage pour la société Cargolux. J'ai dans le passé également été engagé de près dans les négociations de droits aériens en faveur de Cargolux au Japon à l'époque où j'y étais Ambassadeur".

Dans un contexte autrement plus confortable que celui de Luxair, Pierre Gramegna arrive au moment où la compagnie cargo affiche un résultat record pour 2003. "Le modèle d'affaires de Cargolux a fait ses preuves et a de beaux jours devant lui", estime-t-il, n'écartant pas l'hypothèse, encore floue, certes, d'une future entrée en Bourse. "Il s'agit d'une solution parmi d'autres pour donner à Cargolux les structures de capital nécessaires pour son développement futur. Je prendrai le temps nécessaire pour consulter tous les actionnaires et toutes les parties intéressées pour apprécier les avantages et inconvénients de toutes les options".

Pour l'heure, Pierre Gramegna en est encore au stade de l'information: "M'informer et mieux comprendre le potentiel de Cargolux et les défis qui s'offrent à elle".