COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Ressources humaines

Santé au travail

«Six employés sur dix souffrent»



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Annemieke Garskamp (Steelcase Benelux): «Se déconnecter est devenu un luxe et le temps libre est la nouvelle richesse.» (Photo : Steelcase)

Trois questions à Annemieke Garskamp (Steelcase).Spécialisée dans l’aménagement des espaces de travail, la consultante, qui interviendra ce mardi à l’occasion d’une conférence organisée par l’IFMA et le POG sur le stress et le burnout au travail, estime que le temps libre est devenu la nouvelle richesse.

Madame Garskamp, quel est l’état des lieux et l’évolution récente en matière de burnout professionnel au Benelux?

«Il n’existe pas vraiment de chiffres spécifiques pour le Benelux. Mais il faut bien voir que dans ce monde globalisé, mobile 24/24h et 7/7 jours, nous sommes toujours ‘en ligne’. Cela constitue probablement la plus grande pression exercée sur l'ensemble des travailleurs. Se déconnecter est devenu un luxe et le temps libre est la nouvelle richesse.

En fait, nous disons souvent que nous ne sommes plus ‘au travail’, mais plutôt que nous sommes ‘sur le travail’. Combien d’entre nous ont été confrontés au conjoint ou aux enfants nous menaçant de jeter le smartphone par la fenêtre?

Les recherches de la Global Organization for Stress montrent que le stress est une épidémie globale. Selon leurs chiffres, six employés sur dix au niveau mondial souffrent du stress au travail.


Ressentez-vous une réelle prise de conscience de la part des entreprises pour faire évoluer les choses?

«Les organisations sont en effet de plus en plus conscientes de l'importance du bien-être des employés. Cela devient crucial pour un certain nombre de raisons, parmi lesquelles les implications de coût, ainsi que la nécessité d’attirer de nouveaux employés, à l’heure où le monde des affaires est plus compétitif que jamais.

D’ailleurs, une autre étude mondiale, que nous avons menée cette année avec Corenet (association mondiale regroupant des professionnels de l'immobilier d'entreprise, de l’aménagement des espaces de travail, des prestataires de services et de promoteurs, ndlr.) le confirme: les principales motivations pour la mise en place d’initiatives touchant au bien-être des employés sont l’attraction des talents (36%), la réduction des coûts (25%) et l’amélioration de la productivité (18%).


Comment les aménagements de bureaux peuvent-ils contribuer à réduire le mal-être des employés dans leur environnement de travail?

«La question du bien-être au travail est une des plus importantes, et c'est un regard global sur le bien-être qui doit être posé: le bien-être physique, émotionnel et cognitif des salariés.

L'ergonomie est l'aspect le plus connu du bien-être physique: une bonne acoustique et qualité de l'air, la lumière, qu’elle soit naturelle ou artificielle, et un mobilier ergonomique sont les bases pour un bureau sain. Du bruit, un mauvais éclairage ou de mauvaises postures sont très souvent la source de maladies professionnelles et d'absentéisme.

Peu importe combien les nouvelles technologies ont changé nos vies et notre façon de travailler: les gens ont encore besoin des gens. Le bien-être émotionnel est lié à notre sentiment de faire partie de l'équipe et de pouvoir interagir avec les autres. Traiter l'importance de la cohésion sociale témoigne de l'importance de la socialisation pendant la journée de travail.

Un bon environnement de travail est aujourd'hui un environnement qui nous donne envie de se réunir, de travailler ensemble et de nous faire sentir que nous appartenons à un groupe. Beaucoup de travailleurs mobiles viennent au bureau pour être avec leurs collègues et faire partie du tissu social global.

Notre cerveau est conçu pour mieux se concentrer sur une tâche à la fois. Quand nous basculons entre les tâches, en particulier complexes, nous devenons moins efficaces. Au cours de ces dernières années, de plus en plus de bureaux de type ‘open space’ ont été aménagés. Ils ont démontré leur efficacité dans l’amélioration de la circulation de l'information, la culture organisationnelle. Ils contribuent aussi à améliorer la transparence et à encourager l'esprit d'équipe. En revanche, ils ne peuvent pas offrir le même degré d'isolation ou de concentration.

Le bien-être cognitif peut alors être abordé dans le lieu de travail, en fournissant du choix et du contrôle: un choix entre différentes zones et types de bureaux, qui vont de l'activité trépidante à la concentration calme; et le contrôle de choisir un emplacement dans le bureau qui s'adapte à la tâche.»