ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Rolf-Mathias Alter (Euro-Composites): "Le Luxembourg est l'endroit idéal pour la fondation d'une entreprise"



Le plus âgé des lauréats au concours de "l'Entrepreneur de l'année", Rolf Mathias Alter, 70 ans, père de deux enfants, a créé sa première société à la fin des années 60. Mais, c'est à l'âge de 50 ans qu'il a lancé Euro-Composites, à Echternach, en 1984-1985, entreprise pour laquelle il a été sélectionné en finale par Ernst & Young. La société, qui n'a réellement démarré ses activités qu'en 1986, a fait, depuis, des "petits", avec notamment la création, en 1988, d'Euro-Composites Corp., dans l'Etat du Delaware, aux Etats-Unis. D'autres activités sont actuellement en cours sur le continent asiatique.

Le groupe Euro-Composites - qui compte 406 salariés dont 363 au Luxembourg - se définit comme l'un des leaders mondiaux de la fabrication des produits ultra-légers à base de nid d'abeille destinés principalement à l'industrie aéronautique. Doté d'un capital de 15,4 millions d'euros, le groupe a réalisé, en 2002, un chiffre d'affaires de plus de 45 millions d'euros. L'an dernier, Euro-Composites S.A. a, quant à elle, réalisé un chiffre d'affaires de 37 millions d'euros contre 8 millions d'US dollars pour Euro-Composites Corp.

M. Alter, diplômé en business et en anglais, qui a réalisé une partie de sa carrière en Allemagne - il est apparu, pour la première fois, dans le livre officiel des Top Managers allemands en 1979 - a gagné le Luxembourg la même année, pour le lancement de I.P.E., Luxembourg, (International Plastic Engineering).

M. Alter estime qu'"avec son plurilinguisme, son influence importante et avérée que le pays exerce généralement en Europe, l'attitude positive du ministère de l'Economie à chaque nouvelle implantation, la structure moderne des grandes banques au Luxembourg et les universités situées autour du Luxembourg, la position centrale du pays crée, de façon générale, un contexte favorable à la fondation d'une entreprise".

Revoir l'index

Si M. Alter pense que le nouveau gouvernement continue à promouvoir le renforcement et le développement des entreprises, "du moins en donne-t-il des signes positifs", il souligne aussi le besoin urgent de revoir les critères de l'indexation automatique. "L'accroissement de la productivité des entreprises dépendant de l'exportation, et celle d'autres groupes également, est inférieur aux hausses de l'index qui surviennent annuellement dans l'économie générale. L'index annuel de 2,5% met progressivement l'industrie, l'artisanat et les syndicats dans une situation difficile, car on ne peut tenir compte qu'une seule fois d'un accroissement de la productivité. L'index est particulièrement pesant pour des entreprises moyennes dépendant de l'exportation, qui doivent conclure des contrats à moyen terme".

Le président et CEO d'Euro-Composites définit l'esprit entrepreneurial comme le fait d'être animé par l'idée de fonder une entreprise faite pour des hommes. "Cela exige une planification systématique, une définition nette des objectifs avec des perspectives, une coopération, un contrôle et des activités visant à adapter l'entreprise aux marchés existants. Cela favorise un comportement décidé, un haut niveau d'information et la construction d'une entreprise d'une grande flexibilité, d'une grande créativité, sensible aux grands processus de changement, un style de direction, un management qualifié. Sans cela on ne peut mener une entreprise aujourd'hui. En un mot, il s'agit d'un automatisme de fonctionnement, dans lequel chacun des domaines pris séparément peut et doit fonctionner de manière autonome et en même temps orientée vers le but de l'entreprise. L'enthousiasme et le plaisir de l'action sont deux autres éléments capitaux. Beaucoup le veulent, peu le peuvent et très peu le font".

Au long de sa carrière, un entrepreneur sera confronté à de multiples défis. De nos jours, l'organisation est un élément essentiel, selon Rolf Alter. "Il faut faire preuve de compétences techniques, et d'une responsabilité sociale auprès des collaborateurs. Tout cela sans restriction'. Et d'ajouter qu'il faut, pour mener son entreprise au succès, disposer d'une excellente organisation, des collaborateurs qualifiés dans leur responsabilité propre et travaillant dans le cadre des objectifs fixés par l'entreprise, mais aussi un esprit d'équipe.

L'esprit d'entreprise va de pair avec l'innovation, affirme le patron. "Sans un esprit de pionnier on ne peut conduire aujourd'hui une entreprise. Tout le reste n'est que stagnation et recul. Ma génération a eu la chance, au travers de la deuxième guerre mondiale, d'apprendre à construire d'une manière engagée, avec le souci constant d'innover. C'est un des plus grands défis de notre temps", insiste-t-il.

Rolf-Mathias Alter fait partie de ceux qui estiment que l'esprit d'entreprise est développé au Grand-Duché. "Notre expérience avec le ministère de l'Economie est unique. Si cela ne dépendait que de moi, le ministère de l'Economie mériterait le titre de 'ministère des Managers de l'Economie".

Le chef d'entreprise ne tarit pas d'éloge à propos du pays qui lui a ouvert ses portes. "Le plurilinguisme, l'engagement, la position centrale, les chances à long terme, la promotion de l'investissement, en un mot, le Luxembourg est, pour un jeune entrepreneur qui veut s'investir, l'endroit idéal pour la fondation d'une entreprise et le développement de l'esprit d'entreprise. Nos expériences sont fantastiques. Elles se passent d'exemples. Le Luxembourg a ouvert à Euro-Composites une activité globale. Le Luxembourg est central, apprécié de toutes parts et exempt de luttes nationalistes. Ceci ne serait pas possible sous cette forme en France et/ou en Allemagne".

Ce qui compte aussi, selon lui, c'est une conduite habile des négociations, sans perdre de vue les objectifs propres. "Pour nous, comme entreprise luxembourgeoise, la localisation au Luxembourg est irremplaçable. Cet endroit ne nous ouvre pas seulement les portes de l'Europe, mais aussi celles des activités globales".

Quant au rôle citoyen de l'entreprise, "il était, est et demeure pour le futur une réalité concrète et est un élément constitutif essentiel et incontournable de notre société. Cela suppose, de toute évidence, une formation, une évolution, des encouragements, et dans la même proportion une préoccupation sociale".

Si Rolf Alter a été sélectionné parmi 6 finalistes au concours d'entrepreneur de l'année, c'est, à ses yeux, un signe de succès. Un terme qui, pour lui, correspond au fait d'avoir atteint des objectifs fixés à l'avance. "Le succès, c'est quand une entreprise fonctionne automatiquement de manière autonome, dans l'esprit d'un 'teamwork' et que l'on peut ainsi façonner son propre avenir. Le succès aide, lorsqu'on vient à bout des tâches, à accélérer le progrès de l'apprentissage. C'est aussi l'expression d'un gain ou d'une perte d'une activité économique et d'une responsabilité sociale vécue".

Relève assurée

Malgré son parcours élogieux, il pense qu'il lui serait difficile de conseiller à d'autres ce qu'il y a lieu de faire, "car chaque personne doit se développer en fonction de ses dispositions et capacités propres".

Si le chef d'entreprise chevronné qu'il est pouvait revenir en arrière, il referait sans doute les mêmes erreurs que celles que celle qu'il a pu commettre dans le passé. "J'ai toujours agi avec la conviction que ce que je faisais était ce qu'il fallait faire. C'est ainsi que j'ai certainement commis une série d'erreurs".

La philosophie du travail, "c'est une pulsion intérieure, enfouie dans l'homme et qui le pousse à vouloir atteindre et faire bouger quelque chose". Actuellement, Euro-Composites travaille à une planification jusqu'en 2020. "Dans 10 ans, nous voulons avoir grandi et avoir diversifié l'entreprise de manière significative. Dans 10 ans nous voulons aussi, suivant la loi de l'interdépendance, avoir poursuivi le développement de l'entreprise avec un management autonome et responsable, à tel point qu'elle puisse surmonter avec succès des jours difficiles".

"Professionnellement, je voudrais pouvoir transmettre au management actuel, d'ici 2020, une entreprise qui occupe environ 450 à 500 collaborateurs en Europe et environ 120 à 150 collaborateurs aux Etats-Unis, qui y représente une force bien établie et globalement active dans les différents secteurs d'activité sur lesquels elle se positionne".

La succession, il y a déjà songé. "Le management existe. La succession est clairement résolue, c'est une évidence pour moi. Sans travail, je ne peux pas vivre. Pour moi le travail est un élixir de vie. Toutefois, la structure de l'entreprise est conçue, depuis des années, de telle manière que, à tout moment, elle puisse être conduite par le management existant, comme on l'a vu ces dernières semaines suite à ma maladie inattendue".

La société tient, deux fois par an, des réunions stratégiques, auxquelles participent tous les responsables de l'entreprise, de manière à ce que les grandes perspectives soient portées collégialement par tous les collaborateurs responsables. "Nous sommes et restons une entreprise luxembourgeoise autonome et indépendante qui n'est pas à acheter et qui n'a pas l'intention d'aller en Bourse".