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Université du Luxembourg

Rainer Klump, l’arbre qui cache la forêt?



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Les frais de fonctionnement du campus Belval expliquent en partie le déficit de 26,8 millions d'euros du budget présenté par Rainer Klump, surtout lesté par l'explosion des dépenses en sécurité informatique. (Photo: Maison moderne / archives)

Si le départ du recteur ne surprend pas au sein de l’Uni, il jette surtout une lumière crue sur les lacunes persistantes en matière de gestion au sein de l’institution.

Un budget 2017 retoqué par le conseil de l’université avant d’être adopté in extremis par le conseil de gouvernance; le départ en arrêt maladie du recteur; l’appel à des consultants externes pour remettre de l’ordre dans le budget: autant de péripéties qui démontrent l’agitation à l’œuvre au sein de l’Uni depuis quelques mois. Et qui ont conduit sans grande surprise à la démission du recteur Rainer Klump.

Les réactions officielles sont trompeuses. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Marc Hansen, a tenu à remercier le recteur pour avoir «contribué au développement et à la consolidation de l’Université» et amené l’Uni à «réussi[r] à s’imposer dans un certain nombre de domaines tout en impactant positivement aussi bien la société luxembourgeoise que son économie». Le conseil de gouvernance de l’Uni estime qu’il a «apporté, dans cette phase de transition entre création et consolidation, des initiatives précieuses au développement de l’Université et a contribué à renforcer la visibilité internationale du Grand-Duché de Luxembourg».

La démission du recteur est un révélateur des problèmes budgétaires de l’Uni.

Une source au sein de l’Université

De chaleureux remerciements qui masquent à peine le soulagement de voir le recteur remettre sa démission et prendre ses responsabilités après un bilan difficile à défendre en termes de gestion de l’institution. C’est en tout cas le sentiment qui domine mercredi dans les couloirs, selon plusieurs sources contactées par Paperjam.lu, et ce dans les trois facultés.

«La démission du recteur est un révélateur des problèmes budgétaires de l’Uni», glisse un enseignant chercheur, averti comme ses collègues par un courriel interne mardi vers 17h, peu avant le communiqué officiel. Le budget 2017 n’a été présenté que fin mars 2017, et celui de 2018 n’est toujours pas en route.

Mais le recteur n’en est pas le seul responsable – les regards se tournent vers la direction administrative de l’Uni. Depuis 10 ans, les représentants des enseignants chercheurs et des étudiants réclament de la transparence et la mise en place de procédures budgétaires qui tiennent la route, notamment un contrôle des dépenses. En vain.

Il s’agissait d’ailleurs de l’une des missions prioritaires de Rainer Klump à son arrivée en janvier 2015: adopter une comptabilité analytique afin de professionnaliser sa gestion. «Les projets de recherche ambitieux, les infrastructures à la pointe et l’amélioration de notre communication ne seront pas sans coûts», avait affirmé Rainer Klump lors d’une allocution à l’Uni. «Tous ces investissements devront être minutieusement planifiés.» Deux ans après, l’échec est cuisant. La dernière évaluation externe de l’Uni ne manquait d’ailleurs pas de souligner ce sérieux bémol dans la conduite de l’institution.

Des facultés étranglées

D’aucuns reprochent à Rainer Klump son manque d’investissement dans l’Université. Et une gestion différenciée de l’administration centrale et des facultés. «Depuis deux ans, le budget de l’Uni a augmenté de 12 millions d’euros, mais les facultés n’ont rien reçu», tonne une source bien informée. «Le management de M. Klump n’était pas approprié.» Les recrutements gelés dans les facultés tranchent avec l’inflation de postes créés au sein de l’administration centrale, entend-on. Certes, celle-ci est passée de 172 à 292 personnes entre 2010 et 2016 (temps plein ou partiel), dans le contexte d'une croissance globale de l'effectif de l'Uni de 1.600 à 2.400, rappelle le service communication de l'Uni. Le remplacement des professeurs dont le départ en retraite ou dans une autre université est prévu est pour l’instant exclu.

L’explosion des dépenses en sécurité informatique – de 7 à 20 millions d’euros – et une probable impréparation budgétaire en amont du déménagement à Belval ont creusé le trou de 26,8 millions d’euros que le recteur a dû reporter dans le budget 2017.

L’Uni doit maintenant remettre de l’ordre dans ses livres. Le renfort de consultants appelés en urgence fin mars est salutaire et aurait dû intervenir il y a déjà deux ans pour certains. Ce n’est pas l’avis de tous. D’autres regardent d’un œil circonspect le gouvernement actuel pousser toujours plus loin vers une gestion de type entrepreneurial, tout en conservant la décision finale concernant le contenu du plan quadriennal exposant les objectifs de l’Uni. Sans recteur ni orientation définie, l’Uni n’aborde pas les négociations du plan 2018-2021 dans les meilleures conditions.