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Le blog de Carlo Thelen

Quo vadis télétravail?



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Pour Carlo Thelen, le télétravail «permet une grande concentration de la part du salarié sur ses missions et contribue à mieux concilier vie professionnelle et privée». (Photo: Sven Becker / Archives)

Il est sur toutes les lèvres et il interpelle: le télétravail. Si l’idée de travailler à partir d’un endroit qui n’est pas le lieu de l’entreprise n’est en rien révolutionnaire, c’est plutôt la possibilité donnée par les ordinateurs, tablettes et autres artefacts connectés qui le rend a priori plus abordable. Plus besoin de clés USB, de documents imprimés, de versions parallèles: la connectivité et la numérisation rendent possible le travail, quasi indépendamment du lieu. 

Le télétravail est un vecteur de productivité, d’aucuns estiment même qu’il réduit l’absentéisme. Il réduit les besoins de déplacement, permet une grande concentration de la part du salarié sur ses missions, et contribue à mieux concilier vie professionnelle et privée. Ainsi, la disruption du monde du travail dans le sillage de la troisième révolution industrielle, avec le potentiel d’une organisation plus flexible du (temps de) travail et la mise en pratique de nouveaux modes de fonctionnement, tels que le télétravail, peut donc apporter son lot d’avantages. Évidemment, le télétravail ne saurait être la solution à tous les problèmes: les échanges physiques, les liens sociaux et l’identification avec son entreprise sont tout aussi importants. Ainsi, le télétravail apparaît plus comme une «pièce du puzzle» qu’une panacée.

Forte d’une population de 11,5 millions, de 400.000 entreprises et de 220.000 frontaliers, la Grande Région constitue le plus grand marché du travail transfrontalier de l’UE. Il serait alors étonnant que le télétravail ne trouve pas d’adeptes au sein de cette région. Surtout si l’on sait que la situation sur les routes et dans les trains peut être difficile… Or, force est de constater qu’actuellement, les exemples de télétravail transfrontalier restent limités, et sa mise en place, compliquée. En l’absence d’un cadre légal approprié et d’accords bi-/multilatéraux pour le traitement fiscal et social des frontaliers, le télétravail continue à se heurter à de nombreux obstacles d’ordre juridique et administratif. Les contraintes en matière de protection des données, ou encore la responsabilité en cas d’accident, constituent autant de freins en vue de sa mise en œuvre dans le contexte frontalier.

D’après une étude menée par l’agence Eurofound, l’incidence du télétravail varie considérablement, touchant entre 2 à 40% des employés, selon le pays, la profession et le secteur d’activité. Selon le Statec, le Grand-Duché a vu le nombre de personnes concernées par cette pratique doubler entre 2011 et 2016, pour passer de 3% à 6%. Même si ce chiffre est encourageant et place le Luxembourg en tête des pays où la pratique est la plus répandue, des efforts considérables restent à faire en termes de télétravail transfrontalier, qui reste aujourd’hui peu pratiqué.

Enfin, si les bienfaits du télétravail méritent d’être soulignés, je tiens à préciser que les règles à appliquer au Luxembourg devront tenir compte des besoins réels et de la structure des entreprises. 88% de nos entreprises sont des TPE. La flexibilité se développera donc essentiellement en fonction de la taille des entreprises et de leurs activités.

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