POLITIQUE & INSTITUTIONS

Bitburg Airport

Qui veut miser des millions  ?



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La base de Bitburg, vue du ciel il y a plus de 20 ans. Son avenir passerait-il par Luxembourg ? (Photo  : USAF-Nato)

L’ancienne base militaire espère un décollage international. Le Luxembourgeois Frank Lamparski et ses partenaires réussiront-ils à lever les fonds et les doutes ?

C’est une improbable saga. Elle a pour décor Bitburg, en Rhénanie-Palatinat. À 30 km au nord de Trèves. À 60 km de Luxembourg, à vol d’oiseau. En avion, c’est juste le temps de s’asseoir… Car l’enjeu est une ancienne base militaire, jadis occupée par l’Otan et les forces américaines en Allemagne. Rendue à la vie civile, cette immense zone toujours stratégiquement située ne demande qu’à redécoller. Et les autorités s’y emploient, de même que des investisseurs privés. L’espace a vu arriver des PME. Mais le gros morceau reste à venir.

Aussi, Frank Lamparski, citoyen de Mamer-Capellen, a-t-il littéralement vendu du rêve – le sien – en déboulant, à l’été 2010, avec un projet pour dynamiser 500 ha et générer 2.000 emplois ! Un projet ambitieux, une mise de quelque 400 millions sur 15 ans, pour un véritable Bitburg International Airport, avec un transit de 2,5 millions de passagers et même une grosse zone de fret aérien.

En gros, ce serait le Findel, avec une activité façon Luxair et Cargolux, au beau milieu d’une zone déjà bien dotée en aéroports de différentes envergures.
Une folie ? Beaucoup, à vrai dire, y ont vu une chimère. Le « projet Lamparski » a même, un temps, été glissé sous les yeux de responsables de Luxair, qui souhaitaient évaluer le risque de concurrence: ils ont été vite rassurés, notamment par des auditeurs avisés.

Parcours d’ingénieur

En Rhénanie-Palatinat, en revanche, le promoteur luxembourgeois a reçu le feu vert – au forceps et conditionnel – pour développer son idée et trouver les fonds. Pas la plus mince affaire. La région de l’Eifel et la ville de Bitburg, propriétaires des terrains, lui ont réservé une option d’achat, jusqu’à fin de cette année 2011. Selon nos confrères du Trierischer Volksfreund, l’affaire est mal embarquée. L’investisseur luxembourgeois semble caler, bien qu’il assure avoir des accords de partenaires, pour les 30 millions d’euros nécessaires à la crédibilité du premier montage financier. Quels investisseurs ?

Difficile à dire. Difficile, d’ailleurs, de joindre Frank Lamparski. Malgré plusieurs messages (vocaux, informatiques ou via des connaissances), il n’a pas donné signe de vie en retour. Qui est-il ? Il ne sort pas de nulle part mais n’a pas non plus une expérience entrepreneuriale de premier plan.

Frank Lamparski, 47 ans, est ingénieur, formé en Allemagne, féru d’aviation et de golf. Il a eu son propre bureau d’études, entre juillet 1999 et juin 2001. Aujourd’hui, il détient la sàrl IAD (International Airport Development). Créée en août 2010, domiciliée à Luxembourg et entièrement vouée au projet Bitburg, elle est aussi capitalisée (25 parts sur 125) par SFD sàrl (Luxembourg), représentée par un administrateur de sociétés diverses et entièrement détenue par Flora Business Management, de Tortola, dans les îles Vierges… Il y a aussi le Lamparski Bitburg Airport Group, société en commandite par actions créée en septembre 2010, par Lamparski et un gérant de société, de nationalité française et résidant à Luxembourg. C’est la société de financement et de gestion, censée porter les parts de souscripteurs au départ de son siège à Luxembourg.

Avant, Frank Lamparski était administrateur délégué de Stintec Luxembourg, une société de conseil en engineering créée chez lui à Mamer. Le 30 juillet 2010, Stintec actait la démission de l’administrateur délégué Lamparski et nommait à ce poste un Belge habitant près d’Arlon. Mais le 10 septembre 2010, Stintec, lors d’une assemblée générale présidée par… Frank Lamparski, décidait de changer de nom. Devenue Europrimatec, la société a été déclarée en faillite par jugement au tribunal de Luxembourg le 21 septembre dernier et placée aux mains d’un curateur judiciaire.

Bitburg, lieu de décollage, de rebond ou d’échec pour l’ingénieur Lamparski ? On le saura très vite.