ENTREPRISES & STRATÉGIES

Économie circulaire

Quand le produit devient service



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Les M-Blocs, développés par Chaux de Contern, s’emboîtent sans mortier. Leur démontage ultérieur est ainsi facilité. (Photo: Mike Zenari)

Louer sur du long terme un produit qui pourra alors être réutilisé plutôt que de l’acheter: le modèle commence à faire ses preuves dans tous les pans de l’économie. Au-delà des offres, ce sont aussi les mentalités des consommateurs qu’il faut faire évoluer.

Il y a ceux qui ne vendent plus de pneus, mais des kilomètres parcourus (Michelin); plus d’ascenseurs, mais des solutions de transport vertical (Mitsubishi); plus de lampes, mais des solutions d’éclairage (Philips); plus de lave-linge, mais des cycles de lavage (Miele)… Les exemples se déclineront peut-être bientôt à l’infini en matière de «produit en tant que service», ce qui constitue un des principes directeurs de l’économie circulaire.

Et cela peut même s’appliquer dans des domaines plus inattendus… Pourquoi offrir encore des jouets en tant qu’objet, quand on peut les offrir en tant que service? C’est à cette question que répondent la société Kounitoys et sa fondatrice Patricia Dor. «L’idée m’est venue en observant mes propres enfants et en me rendant compte que bon nombre de jouets n’étaient rapidement plus utilisés et devenaient alors inutiles. J’ai vu qu’il existait des modèles similaires aux États-Unis, et après avoir constaté l’intérêt des gens au travers d’une étude de marché, je me suis lancée.»

Et c’est ainsi que le site kounitoys.com est né, en 2015. Il propose la location de jouets, principalement en bois, pour les tout-petits (jusqu’à 4-5 ans). Le principe est simple: en s’abonnant, l’utilisateur a la possibilité de louer jusqu’à quatre jouets pour un ou deux mois et de se les faire livrer directement à domicile ou au bureau. Une fois la période terminée, s’il ne souhaite pas le relouer, il peut alors rendre le jouet, lequel, après un nettoyage et une désinfection méticuleuse («également avec des produits écoresponsables», précise Mme Dor), est remis dans le circuit.

C’est au premier étage de sa maison que Mme Dor assure le stockage des quelque 300 jouets qu’elle propose en catalogue, acquis auprès de fournisseurs qui, eux aussi, travaillent de manière responsable, avec le bois comme matière première. «Tegu, par exemple, est une entreprise sociale du Honduras qui a bâti des communautés autour du jouet plutôt que dans l’exploitation du bois», explique Mme Dor. «Elle utilise du bois arrivé en fin de cycle et qui, ainsi, est revalorisé. Et derrière leur activité, c’est la scolarisation des enfants et le bien-être des familles de la communauté qui est assuré.»

Actuellement en discussion avec la marque danoise Lego (elle aussi très impliquée dans le socialement responsable), Patricia Dor espère élargir très vite la gamme de ses jouets et, surtout, «faire changer les mentalités et rendre la démarche plus automatique dans les esprits. ‘Kouni’, ça veut dire ‘cadeau’. On fait à la fois aux enfants le cadeau d’apprendre une nouvelle manière de faire les choses, et à la nature celui d’utiliser au maximum la ressource qu’on lui a prélevée.»

Dans un tout autre contexte, la démarche de Chaux de Contern n’est pas si éloignée que cela dans l’esprit. La firme, spécialisée dans la fabrication de béton, se fait un devoir de réutiliser – après traitement – sa surproduction, mais aussi les déchets de bétons de haute qualité notamment issus des communes. Ce qui a représenté, en 2016, quelque 7.000 tonnes de béton ainsi récupérées.

La société développe également des productions à base de produits biosourcés. «Nous n’utilisons plus tellement les produits finis», témoigne Carlo Spina, head of construction, green building and innovation chez Chaux de Contern. «Nous privilégions les blocs à base de miscanthus, ce qui réduit fortement l’utilisation de sable et de gravier.»

Et là aussi, au lieu d’acheter la production, il est désormais possible de la louer. «Pour des parkings, par exemple, nous mettons à disposition les pavés pour quelques années en location et nous les récupérons ensuite pour les broyer et les réutiliser. Il est peut-être moins élaboré dans le design, mais il est fait pour durer.» Si un tel système n’est pas forcément adapté pour un particulier qui veut refaire son allée de garage, il est parfait dans le cas d’ouvrages provisoires. Ainsi la Ville de Wiltz a-t-elle commandé du matériel pour une surface prévue d’être utilisée comme parking pendant 10 ans avant d’être affectée à d’autres usages. Et cela revient au final moins cher en faisant le total des coûts. «Nous savons que la matière première que l’on fournit aujourd’hui aura une plus-value dans 10 ou 20 ans», explique M. Spina. «Il faut aussi tenir compte de cet aspect dans le calcul quand on compare un achat brut ou une location longue durée.»

Ce modèle est sur le point d’être décliné également avec le M-Bloc, la dernière «invention» en cours de brevetage, développée en partenariat avec l’Université du Luxembourg et avec le soutien d’une aide RDI de l’État. «C’est un bloc qui se monte sans mortier, un peu comme un Lego», explique M. Spina. «Là aussi, on va proposer des ouvrages en location, sachant que dans 10 ou 20 ans, il sera facile de les démonter et de les remonter ailleurs.»

Autant de modèles et d’approches qui seront présentés lors du Luxembourg Circular Economy Hotspot 2017, qui se tiendra du 20 au 22  juin 2017.