COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Ressources humaines

Yves Jeanbaptiste (Imprimerie Faber)

Profession: diffuseur d’information



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La machine offset de Faber affiche une vitesse de 17.000 feuilles recto verso par heure. (Photo: Jessica Theis)

L’Imprimerie Faber poursuit ses investissements dans le digital.

Le marché des imprimeurs est amené à évoluer profondément.

«Le statut PSF nous a permis de compenser une baisse de volumedans l’imprimerie traditionnelle.»

Monsieur Jeanbaptiste, quel premier bilan tirez-vous de votre prise de fonction à la tête des deux entités du groupe Faber?

«Je me félicite tout d’abord des succès engendrés avec notre pôle digital qui possède le statut de PSF depuis 2007. Cette orientation nous a permis d’élargir notre clientèle en signant, par exemple, un contrat d’externalisation de services auprès de plusieurs gran­des banques de la Place. Je pense par ailleurs que nous avions tout à gagner en centralisant la direction de nos deux pôles d’activité, l’imprimerie traditionnelle et notre activité digitale. L’une de mes grandes missions est ainsi de trouver le bon équilibre entre le développement de l’impression offset qui véhicule naturellement, via le papier, beaucoup d’émotions et un secteur digital très prometteur.

Comment percevez-vous justement l’évolution des deux branches à terme?

«D’une manière générale, nous voulons nous positionner dans le créneau digital en tant que prestataire dans la diffusion de l’information via différents canaux qui sont issus des évolutions technologiques, comme les smartphones ou les tablettes. Si la branche offset concentre encore la majeure partie de nos activités, nous souhaitons appliquer le principe du transfert des compétences dans nos processus métier pour accroître notre présence digitale. Pour atteindre ce but, nous comptons capitaliser sur l’expérience de l’entreprise familiale, tout en complétant notre gamme de produits et services.

Quels seront les changements pour vos collaborateurs dans le cadre de cette stratégie?

«Nous employons actuellement 80 personnes en offset pour une vingtaine de collaborateurs dans la filiale Faber Digital Solutions. Logiquement, nous rééquilibrons nos forces vers le digital. Cela signifie que nos collaborateurs reçoivent les formations nécessaires pour apprendre les nouvelles techniques qui s’y rapportent.

Le statut de PSF était-il incontournable?

«Nous nous sommes posé la question en 2006 et nous avons rapidement décidé que cet agrément était incontournable dans le cadre du développement de nos activités. Le cadre prudentiel nous a poussés à effectuer des investissements techniques importants et ceux-ci nous ont ouvert la porte à une nouvelle clientèle dans le secteur bancaire, mais aussi des assurances. Nous avons, dans le même temps, étendu notre gamme de services pour répondre aux professionnels de ces secteurs, qu’il s’agisse du traitement informatique des données à caractère confidentiel ou encore de l’impression et la mise sous pli des documents traités.

Concernant le volume de nos activités, le statut PSF nous a permis de compenser une baisse de volume dans l’imprimerie traditionnelle en ouvrant de nouveaux marchés axés sur la technologie ou les services de support aux opérations transactionnelles. Dans un futur plus ou moins proche, nous pensons d’ailleurs que les nouvelles technologies nous apporteront la majeure partie de nos revenus.

Quel a été l’impact du digital sur le développement de nouveaux services?

«Dans ce cas également, nous avons investi en matière technologique pour offrir à nos clients les moyens de transmettre leur information via les outils mobiles existants. Nous mettons aussi à disposition des ressources en mode SaaS afin de les aider à mieux communiquer avec leurs propres clients. Cela peut par exemple donner lieu à la prise en charge de campagnes de mailing traditionnel ou d’e-mailing, d’un bout à l’autre de la chaîne de production. Nous adaptons également des publications papier aux formats tablette et smartphone et proposons à nos clients des outils de reporting statistiques quant à l’audience de ces publications numériques. Notre objectif est donc de les aider à optimiser et à augmenter l’impact de leur image via les différents canaux d’information digitaux, y compris en développant des applications métier propres à la société demandeuse.

Comment vous positionnez-vous par rapport aux agences de communication?

«Nous ne voulons certainement pas nous substituer aux agences dont la raison d’être est d’aider leurs clients dans leur stratégie de communication. En revanche, nous voulons capitaliser sur notre expérience de diffuseur de l’information via les processus offset que nous transposons et faisons évoluer vers les nouvelles technologies. Nous voulons donc être complémentaires aux agences et les accompagner dans la diffusion des campagnes de communication qu’elles ont élaborées avec leurs clients.

N’est-ce pas plus difficile de bâtir des partenariats avec ses clients dans le contexte économique actuel?

«Même si la concurrence augmente, notamment sur le terrain de l’offset, nous remarquons que beaucoup de clients sont demandeurs de parcourir le même chemin ensemble. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous misons beaucoup sur, outre notre caractère familial, une approche ‘one stop shop’. Nous nous sommes organisés pour que chaque client dispose de son interlocuteur dédié, celui-ci étant chargé de coordonner sa demande au sein de l’imprimerie.

Comment est organisée votre équipe commerciale afin d’atteindre ces objectifs?

«Nous disposons d’une équipe de six personnes, dont deux dédiées à la Grande Région, respectivement la France et la Belgique. Nous envisageons d’ailleurs le marché de la Grande Région avec intérêt pour nos solutions digitales dont l’avantage est de supprimer les contraintes géographiques liées à nos activités traditionnelles. Cela étant dit, ces deux médias de communication sont et resteront complémentaires dans notre approche stratégique.

Devez-vous vous battre sur le terrain du prix, notamment dans l’offset?

«Le prix restera un élément clé tant dans notre modèle d’affaires que dans la décision du client. En revanche, ce n’est pas le seul. Il revient donc à notre équipe commerciale de démontrer notre valeur ajoutée auprès de nos clients et prospects. Le conseil adapté et personnalisé est un atout que nous voulons mettre en avant. Concernant l’offset, nous ressentons bien entendu la concurrence d’imprimeurs actifs à l’étranger, accessibles via internet et proposant des prix très concurrentiels. Chacun se positionne dans un créneau d’affaires qu’il définit et nous devons avancer en tenant compte de cela. Nous misons, ici aussi, de plus en plus sur la valeur ajoutée que nous pouvons proposer à nos clients. On parle ici d’ennoblissement de documents, c’est-à-dire de techniques plus élaborées, qu’il s’agisse de dorures, d’impressions en relief…

Il s’agit donc encore d’un métier partiellement artisanal…

«Les machines se perfectionnent et produisent jusqu’à un certain point, mais pour différents types de finition, le façonnage doit toujours s’effectuer manuellement. Nous maintenons aussi notre boutique au sein de notre siège afin de répondre aux besoins spécifiques de notre clientèle locale. Cela fait partie de l’historique de la maison que nous voulons perpétuer.

De quelles compétences humaines avez-vous besoin pour vos différents métiers?

«Nous avons besoin de toutes les compétences liées aux métiers de l’impression de documents, tant en offset qu’en digital, du travail fichier en amont, jusqu’au façonnage en bout de ligne de production. Les activités de support sont également essentielles à notre métier. Je pense ici aux aspects achats, commerciaux, mais également logistiques. Concernant le développement des activités liées aux nouvelles technologies, les profils sont essentiellement axés IT et développement d’applications mobiles. La flexibilité et la complémentarité font donc partie de notre culture d’entreprise, y compris dans notre branche digitale. J’ajoute par ailleurs que nous dédions une équipe de huit personnes au contrôle des phases importantes du processus d’impression, dont un service de relecture des documents. Notre regard externe permet souvent de déceler certaines anomalies.

Nous avons aussi recruté une responsable marketing et communication afin de véhiculer l’image de la société et donc son positionnement sur le marché. Nous prévoyons de nouvelles actions de communication vers l’extérieur dans les prochains mois, tout en accentuant notre communication internet, très importante lors de nouvelles orientations au sein d’une entreprise. D’ici quelques mois, nous serons naturellement amenés à communiquer puisque nous fêterons notre centenaire tout au long de l’année 2014.

Quelle est votre vision quant à l’évolution du secteur de l’imprimerie au Luxembourg?

«Je pense que la notion de conseil va prendre beaucoup d’importance dans nos différents métiers. Cette approche va nous aider à aborder de nouveaux clients en leur proposant un seul point de contact pour avoir accès aux différentes technologies de la diffusion de l’information. Nous serons parallèlement amenés à considérer en permanence les opportunités d’investissement technologique pour fidéliser notre clientèle.

Pensez-vous que le nombre d’acteurs luxembourgeois du secteur est inexorablement amené à se réduire?

«C’est indéniable. Il est difficile d’estimer le nombre d’acteurs dans les prochaines années, mais le marché nous amène, tout en conservant le métier de base, à évoluer et à adopter des approches visionnaires. Je crains que les acteurs qui ne seront pas en mesure de faire les investissements nécessaires pour embrasser les mutations du digital ne puissent survivre à l’avenir.

Vous avez côtoyé de grands groupes et opérez désormais dans une entreprise familiale, quels bénéfices en tirez-vous?

«Chaque type de structure présente des avantages et des inconvénients. Ceci étant dit, je pense qu’il est plus facile de passer d’une grande structure à une entreprise familiale que l’inverse. L’entreprise familiale est aussi très enrichissante car elle véhicule différentes valeurs liées à son historique, à son fondateur. Je note aussi que la marge de manœuvre est plus réduite dans les structures internationales et que les processus décisionnels y sont plus lents.

Quels sont vos autres projets pour la fin 2013 et le début 2014?

«Nous allons poursuivre, intensifier et réaliser une évaluation de notre démarche RSE par rapport à nos objectifs initiaux. D’un point de vue opérationnel, nous travaillons à l’optimisation de nos processus de production, afin de gagner en compétitivité, donc en positionnement stratégique sur le marché. D’autre part, nous continuons à travailler au déploiement de notre visibilité sur le marché, entre autres par le développement de notre propre application mobile, qui servira de support à notre image digitale.»

Parcours

Choisir la bonne casse

Après des études d’informatique à Namur (B), Yves Jeanbaptiste, 48 ans, a abordé le monde de l’entreprise en 1989 via un grand nom de l’informatique: Apple. Une expérience qui lui a permis de diriger progres­sivement des équipes, jusqu’à sa fonction de sales managers de l’Apple Education Center à Bruxelles. C’est en 1994 qu’il a pris le cap vers le Luxembourg, pour intégrer une équipe locale d’un autre grand nom: Canon, à l’époque où les équipements (fax, photo­copieuses…) n’étaient pas encore connectés. Yves Jeanbaptise y a occupé la fonction de responsable du service de consultance, en support de la force de vente. Ce parcours alliant aspects commerciaux et de conseil lui a permis de rejoindre l’Imprimerie Faber en 2005 pour prendre en charge le développement des services d’impression digitale de l’en­treprise fondée en 1914. Il est devenu, en 2007, directeur de Faber Digital Solution, la branche PSF de l’imprimerie. Depuis mai 2013, il dirige l'ensemble des opérations de l'entreprise, succédant à François Faber, qui occupait le poste depuis mi-2011. Celui-ci a quitté ses fonctions opérationnelles en février dernier, tout en restant administrateur et actionnaire de la société.