COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Ressources humaines

Enseignement

Pour une Université de la Grande Région



Rolf Tarrach: «L’Université de la Grande Région ne doit pas se substituer aux universités existantes.» (Photo: Julien Becker/archives)

Rolf Tarrach: «L’Université de la Grande Région ne doit pas se substituer aux universités existantes.» (Photo: Julien Becker/archives)

Pour Rolf Tarrach, recteur de l’Université du Luxembourg, il y a beaucoup à gagner dans le développement d’un enseignement multiculturel, multilingue et international à travers le réseau des universités de la Grande Région.

Dans quelle mesure et pourquoi les universités de la Grande Région devraient-elles se rapprocher? Quelles sont les perspectives de convergence entre ces universités? Les questions abordées lors du débat proposé mercredi soir par Gréng Stëftung et la Green European Foundation étaient nombreuses.

«L’objectif est d’essayer d’imaginer l’enseignement au cœur de la Grande Région à l’horizon 2030», a introduit Robert Garcia, président de Gréng Stëftung. Pas simple. Car si des initiatives de collaboration entre les structures d’enseignement existent, elles sont actuellement peu connues du grand public et même des étudiants.

Parmi elles, celle de la création de l’Université de la Grande Région. «Il s’agit d’un projet assez neuf, cofinancé au niveau européen, a assuré Rolf Tarrach, recteur de l’Université du Luxembourg. A travers ce projet, nous travaillons à créer des échanges, des collaborations, entre les universités participantes.» L’enjeu est plus de créer un cadre d’enseignement multiculturel, multilingue que de développer une méga-université qui s’affiche en haut des classements internationaux. «L’Université de la Grande Région ne doit pas se substituer aux universités existantes, qui ont leur culture propre, leurs spécificités, a précisé le recteur. Mais nous aimerions créer des possibilités d’échanges pour nos étudiants, leur permettre de voyager entre les différents campus des quatre pays concernés.»

Une vision plus ouverte

Ainsi, ces étudiants pourraient évoluer dans plusieurs langues, apprendre autrement. En passant une semaine dans une autre université, les étudiants auraient la possibilité de découvrir d’autres cultures, d’évoluer dans un contexte plus international.

«Il n’y a pas beaucoup d’autres endroits dans le monde où quatre pays partagent des frontières sur une aussi petite portion de territoire, a ajouté Rolf Tarrach, qui voit un enjeu, des opportunités à développer dans ce contexte international. Cela doit nous permettre de dépasser le sentiment national, de former de vrais Européens, des jeunes qui pensent de manière européenne plus que ne le font leurs parents, qui parviennent à s’exprimer dans plusieurs langues et qui comprennent la culture du voisin, qui ont une vision plus ouverte.»

A l’heure actuelle, si le projet est beau, il y a encore beaucoup à faire, tant le développement de convergences à l’échelle internationale est complexe et les freins sont nombreux. Mais, selon le recteur, nous ne sommes qu’au début d’un long processus.  La création d’une Université de la Grande Région ne sera possible que si la mobilité est améliorée, notamment par un accès aux transports en commun facilité pour les étudiants, a commenté Lisa Harms, étudiante luxembourgeoise en master transfrontalier. Mais beaucoup d’autres projets, très concrets peuvent être mis en place, comme des universités d’été transfrontalières par exemple.»

Et l’étudiante de préciser, qu’à ses yeux, il importe que, dans le développement de ce réseau, les universités de chaque pays puissent coopérer en gardant leurs spécificités. «Il faut que chacune d’elle arrive à coopérer sans que l’on ne limite la diversité, qui constitue la richesse d’une expérience internationale», a-t-elle précisé.

Enfin, Rolf Tarrach a mis en garde contre certains modèles que les universités pourraient adopter. «Le développement de l’enseignement au cœur de la Grande Région, à l’horizon 2030, dépendra surtout de l’orientation que prendront les universités belge, allemande et française au niveau de la langue privilégiée pour l’enseignement. Si, comme les Pays-Bas, la Suède et le Danemark, elles adoptent l’anglais comme langue unique, l’Université de la Grande Région disparaît. Mais si elles considèrent le multilinguisme qui, par ailleurs, constitue un coût important pour ces structures, comme un avantage, comme quelque chose d’important, l’Université de la Grande Région a toutes ses raisons d’être.»