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Oser entreprendre au féminin



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Pour nos championnes, l'engagement, la volonté et la passion permettent de soulever des montagnes. (Photo: Jan Hanrion)

Plafond de verre, quotas ou discrimination positive, ces concepts semblent éculés, mais restent pourtant d’actualité en 2015. Nombreuses à entrer dans l’entreprise, les femmes se raréfient au fil des niveaux hiérarchiques. Avec seulement 20% d’entreprises créées par des femmes au Luxembourg, on est loin de la parité.

Se lancer, foncer, en finir avec la double journée de travail, faire fi de la pression sociale et saisir les opportunités qui se présentent, tels étaient les conseils délivrés par les neuf oratrices de caractère invitées à partager leur parcours dans le cadre d’un 10x6 «profession championne» résolument féminin.

Présentée par France Clarinval, rédactrice en chef d'Explorator, la soirée organisée par le Paperjam Club s’est centrée sur le partage d’expériences. Finance, mode, droit, protection des consommateurs ou encore services publics étaient représentés.

Les femmes sont souvent leurs pires ennemies.

Edith Magyarics

Adapter son management

Le souci de la création de valeurs, l’engagement et le non-intérêt pour les convenances font partie des points communs des oratrices conviées sur la scène du Tramsschapp. «Les femmes sont souvent leurs pires ennemies, constate Edith Magyarics, CEO de Victor Buck Services. Elles espèrent avoir un poste, car elles le méritent, elles ne se battent pas forcément pour l’obtenir.»

Je n’ai pas été confrontée à un plafond de verre, mais à une dalle en béton!

Valérie Dubois-Chahmérian

Ne pas hésiter à revoir sa copie est une autre leçon à tirer. Valérie Dubois-Chahmérian, fondatrice et directrice de Diversity Textile Group, produit 650.000 écharpes par an. «L’évolution de mon activité a toujours été fonction de la manière dont je gérais les obstacles.» Entre la Chine, l’Inde et le Luxembourg, elle a dû tâtonner pour trouver la meilleure manière de collaborer avec ses fournisseurs, en grande majorité des hommes, à distance. «J’ai d’abord testé la méthode forte pour répondre à des problèmes comme le changement de tarifs en cours de route, cela n’a pas été une franche réussite. Je n’ai pas été confrontée à un plafond de verre, mais à une dalle en béton! J’ai choisi ensuite une approche plus collaborative dans une optique de win-win. En leur apportant de la valeur ajoutée, j’ai gagné leur respect et débloqué les choses.»

Être championne, c’est d’abord un choix de vie, celui de mener une carrière active.

Laure Morsy

Tout autre secteur d’activité, la finance n’est a priori pas un biotope très féminin. Quatre de nos oratrices ont pourtant réussi à s’y épanouir et mener de front boulot et famille, dont Edith Magyarics et Laure Morsy, COO et head of corporate & investment banking de la BGL BNP Paribas. «Nous voulons tous une égalité d’opportunité et de traitement, explique la première. La diversité ne se résume pas à une question de genre, mais d’âge, de culture, d’expérience… En tant que manager, il faut en prendre conscience. Je suis convaincue qu’on a beaucoup à apprendre de la jeune génération. Pour être heureuse dans ma vie privée, j’ai besoin d’être heureuse au travail. Je pense que beaucoup de gens fonctionnent comme cela.» Et Laure Morsy de confier: « Être championne, c’est d’abord un choix de vie, celui de mener une carrière active et de conserver l’envie d’entreprendre quelle que soit son organisation. On peut aussi être entrepreneuse dans une entreprise de 180.000 personnes.»

Remballer les clichés

Autre constat partagé de la soirée: l’égalité ne peut se faire qu’avec le concours du sexe fort. C’est dès les premières années que tout se joue. «Il suffit de voir les catalogues de jouets, très segmentants, pour s’en convaincre, soutient Anne-Sophie Preud’homme, associée et compliance and risk leader chez PwC. Le premier modèle d’un enfant ce sont ses parents. J’ai eu la grande chance d’être soutenue par les miens. Actifs tous les deux, ils contribuaient de manière égale à notre éducation.»

Le plus grand problème est le regard que la société porte encore sur les femmes.

Katia Scheidecker

Géraldine Escalier, directrice client invoicing chez RBC Investors & Treasury Services, rappelle le rôle central joué par les biais cognitifs dans la discrimination. «Ces schémas de pensée inconscients nous conditionnent au quotidien. Par exemple, on se rend compte qu’un homme est souvent recruté pour son potentiel futur, quand une femme l’est sur base de sa performance passée. Prendre conscience de ses préjugés, tout le monde en a, est le premier travail. La diversité est une source d’innovation et de performance accrue pour l’entreprise, qui peut aujourd’hui s’en passer?»

Arrêter de diaboliser les femmes qui ont envie de privilégier leur carrière est un autre réflexe à adopter. Pour Katia Scheidecker, managing partner chez MNKS, un cabinet fondé par des femmes, la pression sociale est parfois dure à encaisser. «Le plus grand problème à mon sens est le regard que la société porte encore sur les femmes qui cherchent à tout concilier. L’idéal n’est pas d’être une mère parfaite, mais suffisamment bonne. L’objectif ultime de l’éducation reste l’autonomie.»

Persévérance et engagement

Du côté de la sphère publique, si le secteur semble plus avancé quant à la présence de travailleuses dans les équipes et les possibilités de flexibilisation du temps de travail, il l’est moins quant à la féminisation des postes de hauts fonctionnaires.

Il ne suffit pas d’avoir des compétences, il faut en avoir conscience.

Tine Larsen

Pour Isabelle Schlesser, directrice de l’Adem, il faut aussi pouvoir montrer qu’on est prête à s’engager et travailler parfois plus. «Je crois peu aux plans de carrières. Il faut saisir les opportunités quand elles se présentent, même si on pense que ce n’est pas le meilleur moment. Il faut être prête à faire des choix, le succès ne tombe pas du ciel. Avoir un couple solidaire peut aussi faire la différence.»  

Connaître la valeur de son travail est indispensable pour bien négocier son avancement. «S’il y a bien quelque chose que j’ai appris durant ma carrière, c’est l’importance de savoir se vendre au juste prix, soutient Tine Larsen, présidente de la CNPD. Il ne suffit pas d’avoir des compétences, il faut en avoir conscience. Pour cela, il est important de bien se connaître et faire le bilan de ses compétences. Pour ma part, j’ai toujours su ce que je voulais faire de ma vie: défendre les droits des citoyens. C’est ce que je fais aujourd’hui. Cela n’a, bien sûr, pas été un jeu d’enfant. Les femmes ambitieuses ne sont pas toujours appréciées au travail.»

J’ai dû, comme tout le monde, lutter et faire des choix.

Josée Kirps

Josée Kirps, a été nommée directrice des Archives nationales en 2003 après une longue série de directeurs. Il a lui a fallu imposer son style et son envie de rapprocher l’institution du public. «Mon ambition en acceptant le poste était d’innover et de proposer des idées nouvelles pour ouvrir les portes vers l’extérieur, ce qui n’est, à mon sens, ni masculin ni féminin. J’ai dû, comme tout le monde, lutter et faire des choix, partage-t-elle. La culture étant assez ouverte aux femmes, je ne me suis jamais sentie défavorisée. Il faut de la persévérance et de la passion dans toute carrière.»