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Nomination

OneCoin: le pari inattendu de Pitt Arens



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Pitt Arens: «Je suis un père de famille responsable. Je n’aurais jamais pris le risque de m’associer à une telle organisation illégale frauduleuse.» (Photo: Fabrizio Maltese / archives)

L’ancien banquier luxembourgeois a surpris tout son monde en devenant le CEO de la très controversée société OneCoin, régulièrement soupçonnée d’abriter un modèle frauduleux de type Ponzi. L’intéressé dément ces allégations et préfère se concentrer sur le potentiel de croissance d’une technologie (les crypto-monnaies) encore méconnue.

C’est ce qui s’appelle un sacré défi, un pari qui peut même paraître un peu fou. Pitt Arens, 55 ans, qui fut notamment, au Luxembourg, CEO de la Banque Invik puis head of corporate finance origination chez ING ou encore co-head of corporate finance à la Bil, est désormais le CEO de la société OneCoin, active dans le domaine de la crypto-monnaie.

Effective depuis mars, cette prise de fonction a été officiellement communiquée le week-end dernier à l’occasion d’un événement organisé par le groupe faîtier OneLife, créé par une femme d’affaires bulgare, Ruja Ignatova (et qui n'a strictement rien à voir, donc, avec le groupe d'assurance-vie du même nom établi au Luxembourg). Le siège de OneCoin, société qui emploie directement quelque 200 personnes, est basé à Dubaï, mais les principales infrastructures techniques sont en Bulgarie, le pays d’origine de Mme Ignatova.

Mais OneCoin est aussi et surtout une société pour le moins controversée qui, depuis un an, est l’objet de multiples soupçons très largement relayés sur internet. À commencer par celui de n’être rien d’autre qu’une vaste escroquerie de type Ponzi (un montage financier frauduleux qui consiste à rémunérer les investissements des clients existants par les fonds apportés par de nouveaux entrants; un modèle qui valut à Bernard Madoff une condamnation à 150 ans de prison aux États-Unis…).

OneCoin a tout simplement été victime d’une vaste et massive campagne de dénigrement.

Pitt Arens, CEO de OneCoin

«Vous pensez bien que j’ai étudié de près tout ce dossier, pendant près de quatre mois», explique Pitt Arens à Paperjam.lu. «OneCoin a tout simplement été victime d’une vaste et massive campagne de dénigrement, très bien préparée et organisée principalement depuis l’Europe. Nous avons identifié les sources de ces attaques et les procédures judiciaires sont en cours. Pour l’heure, sur aucun marché au monde OneCoin n’a été concrètement accusée ou condamnée pour une quelconque infraction criminelle.»

La BaFin a sévi

Cela n’empêche pas certaines autorités de se montrer encore très méfiantes. Pas plus tard que le 17 avril dernier, la BaFin (l’autorité allemande de surveillance du secteur financier) a demandé la cessation pure et simple des activités de OneCoin en Allemagne. «Je suis un père de famille responsable. Je n’aurais jamais pris le risque de m’associer à une telle organisation illégale frauduleuse», se défend M. Arens, qui préfère se concentrer sur le potentiel de croissance de l’activité des crypto-monnaies.

Il met ainsi en avant le mode opératoire de la société qui «contrôle et audite tous ceux qui veulent faire affaire avec nous via un processus de type KYC (know your customer, ndlr) stocké dans notre propre système blockchain. Dans chaque transaction, l’expéditeur et le receveur sont totalement identifiés. Il n’y a pas de place pour ceux qui voudraient conclure des transactions cachées.»

Nous visons les 100.000 relais marchands d’ici à la fin de l’année.

Pitt Arens, CEO de OneCoin

L’activité de OneCoin, qui n’est pas soumise au contrôle d’autorités de régulation, consiste dans la vente de matériel de formation en ligne afin de démocratiser l’usage des crypto-monnaies. Les différentes formules proposées sont assorties de «jetons» qu’il faut ensuite convertir en monnaie digitale en l’utilisant pour l’achat de services ou de biens.

«À l’heure actuelle, nous comptons 3,3 millions de détenteurs, alors que la société n’est active que depuis deux ans. Nous tablons sur 5 millions d’ici à un an. Dans le même temps, nous comptons plus de 30.000 sites marchands sur notre plateforme de transaction. Nous visons les 100.000 avant la fin de l’année. Et nous venons de signer un contrat avec un grand groupe de voyages en ligne qui sera prochainement rendu public.»