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Novabus : une mobilité beaucoup moins réduite



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Georges Carbon (Novabus) : « Il faut être un peu psychologue, avoir le sens de l’écoute, de l’aide à autrui » (Photo : Luc Deflorenne)

Georges Carbon a lancé Novabus le 1er mai 2007 il y a cinq ans presque jour pour jour. Le véhicule à la demande, réservé aux personnes handicapées, est devenu un vrai service public piloté par le privé.

Novabus est un système national, subventionné par l’État et assuré par une vingtaine d’entreprises de transports, qui se répartissent la desserte des zones géographiques. Et le succès est au rendez-vous, pour ce service qui rencontre un vrai besoin : véhiculer les personnes à mobilité réduite – en chaise roulante, malvoyantes, détentrices d’une carte d’invalidité B ou C soit un handicap de 50 % au moins – pour leurs activités du quotidien. « Et leur permettre une véritable participation à la vie sociale », insiste Georges Carbon.

L’homme a beaucoup roulé pour ce système, dont il a été précurseur. Sa réflexion est née de son vécu, d’une part de ses contacts privés avec une personne aveugle et avec l’AMVA (association pour malvoyants et aveugles), d’autre part de son autorisation de transports, héritée d’une lignée familiale remontant à 1927. Georges Carbon, après avoir un temps travaillé dans l’entreprise familiale, était parti sur d’autres routes, en tant que commercial.
Mais la fibre entrepreneuriale allait se tisser avec la fibre sociale. « Vers les années 2004-2005, je me suis renseigné un peu partout. En fait, le transport collectif, avec des véhicules adaptés, pour les personnes handicapées, était quelque chose d’inconnu au Luxembourg. » La directive euro­pé­enne sur le droit à la mobilité pour tous n’était d’ailleurs pas encore transposée en droit lux­em­bourgeois.

M. Carbon, enrichi des expériences similaires observées au-delà des frontières, a proposé le concept Novabus, en 2006, au tandem ministériel Marie-Josée Jacobs, en charge de la Famille et de l’Intégration, et Lucien Lux, alors à la tête des Transports. « J’ai obtenu le feu vert en 2007, pour une phase de projet pilote. »

Un projet social, une embauche locale

De mai 2007 à mai 2008, Novabus a ouvert la route. Le principe était déjà le même : un numéro d’appel gratuit, une demande de prise en charge sur rendez-vous, l’assistance à la personne et, bien entendu, des véhicules spécialement équipés. « Au départ, on a fonctionné à nos frais. Le bureau où je prenais les appels, c’était la stuff à la maison », se souvient Georges Carbon. Pour cette période pionnière, il y avait trois chauffeurs, dont le « patron » qui (s’)investissait, et trois minibus, dotés notamment d’une rampe d’accès amovible, de rails avec fixations dans l’habitacle, pour permettre l’utilisation en toute sécurité par des personnes en chaise roulante. Aujourd’hui, il y a une petite vingtaine de personnes dans les installations hébergées sur le site ArcelorMittal de Dommeldange, aux portes de la ville. Et un millier d’utilisateurs, en moyenne mensuelle, ont recours au service.

Depuis le 1er mai 2008, Novabus a intégré le régime général des transports. « Le projet a pris de l’ampleur et permet vraiment d’apporter une autonomie à ces personnes, qui vont faire leurs courses, à la visite médicale, voir des amis ou de la famille, au théâtre… » L’initiative privée qui pilote un projet social, a trouvé toute sa justification. Le Novabus-Carbon a 10 véhicules qui roulent par jour. Et 14 chauffeurs, tous résidents et repré­sentant la diversité culturelle et linguistique du pays, tous recrutés via l’Adem et formés spécia-lement. « Il ne faut pas juste posséder le permis. Il faut être un peu psychologue, avoir le sens de l’écoute, de l’aide à autrui », insiste M. Carbon.

Sept jours sur sept, les minibus assurent le service, en porte à porte, à la demande, pour 8 euros l’aller-retour. Novabus a trouvé son chemin et a permis de limiter le caractère réduit de la mobilité pour plusieurs milliers de personnes.