POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Carte blanche

«Nous sommes Charlie, nous sommes le monde»



Plusieurs centaines de personnes ont répondu au rassemblement organisé à 11h 30 place Clairefontaine. Des journalistes. Des responsables politiques. Et des citoyens. Tout simplement. (Photo: Christophe Olinger)

Plusieurs centaines de personnes ont répondu au rassemblement organisé à 11h 30 place Clairefontaine. Des journalistes. Des responsables politiques. Et des citoyens. Tout simplement. (Photo: Christophe Olinger)

L’attentat qui a touché la rédaction de Charlie Hebdo ce mercredi 7 janvier a ému de nombreuses personnes, au sein de Maison Moderne également. Carte blanche de Vincent Ruck, project manager du Paperjam Club.

Hier dans le monde, il y a des milliers de personnes qui sont tombées amoureuses.

Hier dans le monde, il y a des milliers d’enfants qui sont nés, et qui ont fait le bonheur de leurs parents.

Hier à Paris, il y a quelques personnes qui ont perdu leur vie.

Les noms les plus connus? Charb, Tignous, Cabu, Wolinski, Bernard Maris.

Hier, à Paris, il y a des personnes qui ont perdu leur humanité, en exécutant de sang-froid des gens qui avaient décidé de combattre un extrémisme religieux par l’humour, et d’autres qui travaillaient avec eux ou les protégeaient.

Hier, à Paris, parmi les victimes, deux noms m’ont sauté à la figure. Un des policiers tués: Ahmed Merabet. Une des victimes: le correcteur du journal, Moustapha Ourrad.

J’espère de nombreuses choses.

J’espère que les auteurs de cet attentat soient retrouvés et arrêtés, vivants. Pour être jugés, et punis de manière civilisée.

J’espère que la France se souviendra qu’elle est la France. Que ce nom n’est pas que creux. Que ce nom est celui d’une nation capable du pire, mais aussi du meilleur. Et que ce meilleur, c’est de comprendre que si nous sommes tous Charlie, nous sommes tous la France. Même plus: nous sommes le monde.

J’espère que la France saura sortir par le haut, en se souvenant qu’elle est elle-même. Que ce qui nous fait français, c’est l’importance de trois mots: liberté, égalité, fraternité. Ces mots sont trois. Chacun compte. Chacun renforce les autres.

Hier, je viens de comprendre la beauté de cette devise. Et j’espère que tous les Français, que le monde entier les comprendra.

Nous voulons vivre en paix avec nos voisins, les plus proches et les plus lointains.

Nous voulons que tout le monde puisse vivre de manière digne.

Nous voulons que l’intelligence vainque l’ignorance.

Nous voulons que l’amour efface la haine.

Nous voulons construire un monde meilleur.

Je pense que ceux qui ont commis l’attentat, à leur naissance, étaient comme moi. Qu’ils voulaient la même chose que nous. Que le destin les a transformés de la pire des manières. S’ils étaient capables de commettre un attentat, imaginez quelles grandes choses positives ils auraient réussi à faire, s’ils n’étaient pas déjà morts à l’intérieur, si la vie ne les avait pas transformés en zombies.

Je souhaite que nous tous, collectivement et individuellement, nous fassions ce que nous pouvons pour que de tels actes deviennent une aberration dans quelques années.

Hier, mes enfants m’ont fait sourire, à se disputer pour savoir qui était le petit grognon d’amour de son papa ou la petite grognonne d’amour de sa maman.

Hier, j’ai eu envie de pleurer en pensant à ces enfants – qu’ils soient jeunes ou adultes, peu m’importe – qui doivent apprendre à parler au passé d’un de leurs parents dont l’heure n’était pas arrivée.

Hier devrait être un déclic pour nous tous, Français ou autres, qui affirmons que nous sommes Charlie. Nous sommes le peuple. Nous sommes des légions. Changer le monde est dans nos mains, et dans celles de personne d’autre.

Et pas la peine de le changer en appelant un grand homme – ou une grande femme – au secours. À nous de le changer maintenant, tout de suite, par nos actes. Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

J’ai un rêve. Que dans 50 ans je sois encore là, frais d’esprit, et que mes enfants m’interpellent en disant: «Mais dis-donc, Papa, en 2015, vous étiez vraiment des barbares, vous tous! Heureusement, aujourd’hui, tout ça est derrière nous.»

La rédaction de Paperjam s'est également mobilisée pour soutenir Charlie Hebdo et défendre la liberté de la presse: